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Mardi 8 Septembre 2026

Note de lecture : « Une si longue lettre » de Mariama Bâ




Note de lecture : « Une si longue lettre » de Mariama Bâ

Publié en 1979 aux Nouvelles Éditions Africaines, Une si longue lettre de Mariama Bâ tient en moins de cent cinquante pages. C’est pourtant le livre sénégalais le plus lu dans le monde, traduit dans une vingtaine de langues et couronné par le prix Noma en 1980.

Le dispositif

Ramatoulaye vient de perdre son mari. Pendant les quarante jours de veuvage, elle écrit à son amie Aissatou, partie vivre à l’étranger. Tout le roman tient dans cette lettre : une femme fait le compte de trente années de mariage, de la polygamie qui lui a été imposée sur le tard, des enfants élevés, des choix qu’elle n’a pas faits.

Deux réponses à la même blessure

La force du livre tient à son couple de personnages. Aissatou, devant la seconde épouse, est partie. Ramatoulaye est restée. Mariama Bâ ne désigne pas de gagnante : elle montre deux femmes instruites, de la même génération, qui tranchent différemment et en paient chacune le prix. C’est ce refus du jugement qui a fait la postérité du roman.

Ce que le livre a ouvert

  • Une parole de femme à la première personne, dans une littérature africaine alors très masculine.
  • Une critique de la polygamie menée de l’intérieur, sans reniement de la culture ni de la religion.
  • Un regard sur la première génération de femmes sénégalaises diplômées et sur ce que l’école leur a promis.

Pourquoi le relire aujourd’hui

Parce que les questions qu’il pose n’ont pas été réglées : le poids de la belle-famille, la place de l’argent dans le mariage, l’écart entre l’éducation reçue et la vie qu’on mène. Et parce que Mariama Bâ, morte en 1981 à cinquante-deux ans, n’a eu le temps d’écrire que deux romans. Celui-là suffit.

Une si longue lettre, Mariama Bâ, Nouvelles Éditions Africaines, 1979. Prix Noma 1980.

( Les News )