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Nous avons peut-être confondu stabilité et démocratie (Mohamed NDIAYE )

Rédigé par leral.net le Mercredi 1 Juillet 2026 à 23:56 | | 0 commentaire(s)|

Nous avons peut-être confondu stabilité et démocratie (Mohamed NDIAYE )
Depuis plusieurs semaines, un même diagnostic s'impose dans le débat public : le Sénégal traverserait une crise institutionnelle.

Le mot est fort. Il mérite d'être interrogé.

Une crise suppose qu'un système ne fonctionne plus comme il le devrait. Or, ce qui se produit aujourd'hui pourrait relever du phénomène inverse : des institutions qui exercent enfin des pouvoirs qu'elles détenaient déjà en droit, mais qu'elles utilisaient peu dans la pratique.

Pendant des décennies, la stabilité politique sénégalaise s'est largement appuyée sur une majorité parlementaire acquise à l'exécutif. Cette configuration permettait de gouverner avec efficacité. Elle limitait aussi la capacité du Parlement à peser réellement sur les grandes décisions nationales.

Cette réalité était souvent présentée comme un gage de stabilité.

Elle était peut-être aussi le signe d'un déséquilibre.

Aujourd'hui, la situation est différente. L'exécutif doit composer avec une Assemblée nationale plus indépendante. Les débats sont plus longs. Les compromis deviennent nécessaires. Les désaccords sont publics. Les juristes eux-mêmes proposent des interprétations concurrentes d'un même texte constitutionnel.

Beaucoup y voient une fragilité.

Pourtant, c'est précisément dans ces moments que la séparation des pouvoirs prend son sens.

Dans une démocratie, les institutions ne sont pas conçues pour avancer au même rythme ni pour partager les mêmes priorités. Elles sont organisées pour se contrôler mutuellement. Cette tension n'est pas une anomalie ; elle constitue l'une des garanties essentielles contre la concentration du pouvoir.

Cela ne signifie pas que toute confrontation soit souhaitable. Une démocratie peut être affaiblie par le blocage autant que par l'hyperconcentration du pouvoir. L'équilibre reste fragile. Il exige des institutions qu'elles défendent leurs prérogatives sans perdre de vue l'intérêt général.

La question posée par la séquence actuelle dépasse donc la seule révision constitutionnelle.

Elle nous oblige à choisir entre deux conceptions de la stabilité.

La première privilégie la rapidité de la décision, quitte à réduire le rôle des contre-pouvoirs.

La seconde accepte que les décisions soient parfois plus lentes parce qu'elles résultent d'un véritable dialogue entre des institutions autonomes.

Aucune démocratie ne peut durablement se passer d'efficacité. Mais aucune démocratie solide ne peut davantage se passer de contre-pouvoirs.

C'est pourquoi le débat actuel mérite d'être abordé avec prudence. Les acteurs politiques passeront. Les majorités évolueront. Les institutions, elles, resteront.

La question que l'histoire retiendra ne sera peut-être pas de savoir qui a remporté cette confrontation.

Elle sera de savoir si le Sénégal a su transformer une période de tension en une étape de consolidation de son État de droit.

Car il arrive que les démocraties paraissent plus désordonnées au moment même où elles deviennent plus équilibrées.

Mohamed NDIAYE