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Pour une reconquête de la souveraineté économique du Sénégal


Rédigé par leral.net le Vendredi 20 Mars 2026 à 11:05 | | 0 commentaire(s)|

Pour une reconquête de la souveraineté économique du Sénégal
L’économie sénégalaise présente aujourd’hui, une caractéristique structurelle trop peu débattue ; elle est profondément extravertie, c’est-à-dire largement dépendante de capitaux, d’entreprises et de centres de décision étrangers.

Les chiffres sont sans ambiguïté. Le stock d’investissements directs étrangers représente désormais plus de 50 % du PIB, traduisant une forte présence d’acteurs étrangers dans l’appareil productif. Dans le même temps, les entreprises nationales contribuent de manière encore limitée à la création de richesse, avec une part estimée autour de 20 % du PIB. Ce déséquilibre est particulièrement marqué dans les secteurs stratégiques, notamment les hydrocarbures, les mines et certaines infrastructures.

Cette extraversion se manifeste également dans la structure du commerce : le Sénégal reste fortement dépendant des importations, y compris pour des biens essentiels. Autrement dit, une part importante de la richesse produite ou consommée échappe au contrôle national.

Dans ce contexte, il convient de saluer l’orientation stratégique engagée par le Premier ministre et son gouvernement, notamment à travers la renégociation de certains contrats pétroliers et gaziers et la résiliation de ceux jugés déséquilibrés. Cette démarche s’inscrit clairement dans une volonté de reprendre le contrôle sur les ressources nationales et de rééquilibrer les rapports avec les multinationales. Elle constitue une première étape importante vers une véritable souveraineté économique.

Toutefois, cette dynamique doit être élargie et approfondie. Le problème n’est pas l’investissement étranger en soi. Il peut être un levier de croissance. Le véritable enjeu est l’absence de contrôle stratégique national et la faiblesse du tissu entrepreneurial local.

À cet égard, l’exemple de l’Éthiopie mérite réflexion. Ce pays a adopté une approche volontariste en réservant certains secteurs clés (distribution, logistique, banque) exclusivement aux nationaux. Cette stratégie lui a permis de structurer un capitalisme local, de faire émerger des champions nationaux et de limiter la captation externe de la valeur.

Le Sénégal gagnerait à s’inspirer de cette logique, non pas en fermant son économie, mais en la rééquilibrant autour de trois axes :

 Réserver certains secteurs aux nationaux (commerce de détail, transport, distribution), afin de créer un socle entrepreneurial solide.

 Conditionner les IDE à des exigences strictes : transfert de compétences, participation locale, contenu local obligatoire.

 Soutenir l’émergence de champions nationaux, notamment via un meilleur accès au financement et aux marchés publics.

Sans cette inflexion, le risque est clair ; une croissance sans souveraineté, où le Sénégal produit sans véritablement décider, et surtout, sans capter durablement les fruits de sa propre richesse.

L’enjeu n’est pas idéologique. Il est économique, stratégique et profondément politique.


Cheikh Sène

Économiste, Essayiste
Enseignant UCAD

Mame Fatou Kebe