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Pouvoir, leadership et responsabilité : Ce que révèle l’épreuve du temps politique (Par Abdoul Wahab Ka, coordonnateur national de l'ADS)


Rédigé par leral.net le Mercredi 18 Mars 2026 à 10:56 | | 0 commentaire(s)|

Le 24 mars 2024 restera, dans l’histoire politique récente du Sénégal, comme une date de rupture majeure. Ce jour-là, une dynamique populaire exceptionnelle portait au sommet de l’État, un projet politique dont Ousmane Sonko constituait incontestablement la principale force d’inspiration.

À travers le slogan « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye », une large partie de l’opinion exprimait alors, moins une simple adhésion électorale qu’une projection collective : celle d’un leadership capable de transformer la contestation en refondation.

Mais en politique, la conquête du pouvoir n’est jamais que le commencement d’une autre épreuve : celle de la durée.

Deux années d’exercice suffisent souvent à révéler ce que la ferveur initiale dissimule encore : les limites d’une méthode, les contradictions d’un style, les fragilités d’une parole confrontée aux exigences concrètes de l’État.

Le leadership, lorsqu’il s’installe durablement, se nourrit de trois ressorts essentiels : la crédibilité, la cohérence et la capacité d’adaptation.

Or, sur plusieurs séquences récentes, ces trois dimensions semblent soumises à rude tension.

La rigidité de certaines positions, sur des questions aussi bien politiques qu’administratives, a parfois donné le sentiment que la posture l’emportait sur la recherche pragmatique de solutions. Or, l’État ne se gouverne ni dans l’absolu ni dans la seule logique de conviction ; il se gouverne dans l’équilibre, l’arbitrage et la hiérarchisation permanente des urgences.

À cela s’ajoute une réalité plus sensible encore : la parole publique ne produit plus systématiquement l’effet mobilisateur d’hier. La confiance populaire, lorsqu’elle commence à se fissurer, ne disparaît pas brutalement ; elle s’érode progressivement, au rythme des attentes non satisfaites et des contradictions perçues.

L’écart entre les exigences éthiques proclamées et certaines pratiques observées, nourrit également le débat. En démocratie, l’exemplarité ne relève pas de l’ornement moral ; elle constitue l’un des fondements les plus solides de la légitimité politique.

Autre signal notable : la tendance croissante à personnaliser le débat public. Lorsqu’un leader concentre trop fortement le discours sur lui-même, il expose son autorité à une usure accélérée. L’autorité véritable ne se renforce pas dans l’omniprésence ; elle se consolide dans la maîtrise.

Un leadership durable ne menace pas ; il rassure. Il n’exacerbe pas ; il stabilise.

Dans ce contexte, Bassirou Diomaye Faye se trouve placé devant une responsabilité singulière : préserver la cohérence de l’action publique, tout en assumant pleinement la centralité institutionnelle que lui confère la légitimité populaire.

Car au sommet de l’État, l’histoire distingue toujours clairement les rôles : l’influence peut se partager, mais la responsabilité ultime demeure indivisible.

L’enjeu n’est donc ni personnel ni partisan.

Il réside dans une question simple : comment empêcher qu’un compagnonnage politique, aussi fondateur fût-il, ne devienne à terme un facteur de ralentissement pour l’appareil d’État et pour les attentes concrètes des citoyens ?

Au terme du mandat, ce n’est ni la ferveur militante ni la puissance des relais numériques qui rendront compte devant le peuple.

C’est l’autorité investie de la confiance nationale.

Et l’Histoire, comme toujours, jugera moins les intentions que la capacité à décider au moment opportun.



Adama Sall (Saint-Louis)

Mame Fatou Kebe