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Professeur Seydi, un immense médecin face à la tentation populiste


Rédigé par leral.net le Lundi 2 Août 2021 à 18:33 | | 8 commentaire(s)|

J'ai beaucoup de respect pour le Professeur Moussa Seydi. Je lui porte également un profond sentiment de reconnaissance pour tous les efforts qu'il ne cesse de déployer depuis le début de la crise sanitaire pour soulager et sauver nos compatriotes.Il n'empêche que je ne puis ne pas m'inscrire en faux contre ses récentes déclarations à la 7tv, incriminant la communication gouvernementale sur le vaccin.

Ce grand médecin a accusé les autorités sénégalaises d'avoir mal communiqué, laissant le champ aux colporteurs de fakenews qui auraient semé le doute dans l'esprit des populations. D'où, selon lui, le peu d'engouement manifesté par celles-ci pour le vaccin.Pour illustrer son propos, il montre les USA comme exemple. Selon lui, dans ce pays, les autorités ont communiqué vite et bien sur le vaccin, au point qu'ils ont pu anéantir l'effet des fakenews.

Je suis en désaccord avec cette prise de position tant sur l'appréciation qu'elle porte sur la communication du gouvernement sénégalais que sur l'exemple américain qu'elle brandit.

Certes, le Sénégal est l'un des premiers pays africains à avoir pu disposer du précieux vaccin et à lancer une campagne de vaccination dans un contexte où les pays riches, dans un élan de patriotisme égoïste, ont fait main basse sur l’ensemble de la production. On doit cette performance au leadership du Président Macky Sall, n'en déplaise aux détracteurs et autres calomniateurs. Mais il nous reste toujours à relever le défi de la quantité, à disposer d'un stock pouvant couvrir au moins une partie significative des besoins. Face aux difficultés d'accès aux vaccins que rencontre la grande majorité des pays du globe, y compris le nôtre, aurait-il été de bon aloi d'inciter les populations à se mobiliser dans les centres de vaccination sans disposer d’assez de doses pour faire face à la demande qu'on aurait ainsi provoquée ?

Il est vrai qu'on a perçu chez certains Sénégalais un sentiment de méfiance voire de défiance vis-à-vis du vaccin. C'est un sentiment qu'on retrouve dans tous les pays du monde, et beaucoup plus même dans ceux qui sont crédités d'une bonne communication sur le sujet et qui sont considérés traditionnellement comme des modèles de gouvernance. La vague de scepticisme autour de ce vaccin et ses messages démotivants, tout comme le flot de messages de réhabilitation délivré en face, ont un caractère transfrontalier, universel.

Autant l'antivax sénégalais est exposé à l'influence de ses camarades européens ou américains, autant les messages de promotion du vaccin délivrés à Washington, New-York, Los Angeles, Paris, Berlin... font leurs effets à Dakar, Ziguinchor, Kaolack ou Saint-Louis. Les flux de messages ont une portée et des implications beaucoup plus complexes que ne semble le penser le Professeur Seydi.Mais on peut retenir qu'au stade actuel, le problème du Sénégal c'est moins la mobilisation des populations pour la vaccination que la disponibilité du vaccin.

En ce qui concerne les USA que le Professeur Seydi désigne comme référence en matière de communication incitative à la vaccination, il convient de dire que ce pays figure, dans cette pandémie et au moment où l'on parle, parmi ceux qui ont révélé le plus d'antivax au sein de leur population. Il suffit de considérer les faits pour s'en convaincre. Les USA sont le premier pays de la planète à avoir eu accès aux vaccins, en exerçant une sorte de privilège de priorité, au point d'avoir même parfois frustré certains de leurs grands alliés européens. C'est aussi l'un des premiers pays à avoir démarré une campagne de vaccination. Ils ont pu aussi disposer très tôt de suffisamment de doses pour vacciner toute leur population.

Pourtant, malgré tous ces avantages et privilèges, bien qu'ayant réuni toutes les conditions matérielles pour une campagne de vaccination rapide et exhaustive, les USA n'ont réalisé à ce jour qu'un taux de vaccination de 50%, là où dans leurs projections, ils visaient au moins 75% au mois de juin, pour pouvoir célébrer pleinement la fête nationale du 4 juillet sans masque ni restriction d'aucune sorte. Ainsi, sont-ils eux aussi en train de subir la nouvelle vague si durement, qu’ils en reviennent aux restrictions et sont en train de recruter des dizaines d’influenceurs disposant d’une bonne assise sur les réseaux sociaux, pour qu’ils fassent la promotion du vaccin auprès de leurs followers. Si la communication de qualité des autorités américaines vantée par le Professeur Seydi, avait pour objectif de réduire le scepticisme et de susciter un engouement populaire pour le vaccin, le résultat obtenu est là pour démontrer de manière implacable, qu'elle a clairement échoué.

Peut-être le Professeur Seydi n'a pas suivi le récent coup de gueule du Président américain Joe Biden qui, dépité de n'avoir pu atteindre les objectifs qu'il s'était fixés dans la vaccination, a accusé les réseaux sociaux de tuer les gens, en offrant aux complotistes la possibilité de diffuser leurs messages de désinformation sur les vaccins et d'en détourner ainsi les populations. Facebook qui s'est senti particulièrement visé par la charge du dirigeant américain, a aussitôt réagi pour se dédouaner. C'est donc un mauvais exemple que le Professeur Seydi brandit pour asseoir une affirmation plus que contestable.

Le Professeur Moussa Seydi est un éminent médecin, et son courage et son engagement admirables dans la lutte contre le Covid-19, sont en train de l'élever au statut de monument national. Il devrait se méfier des effets pervers de l'exposition médiatique à outrance. Il devrait surtout se méfier de la tentation populiste qui prédispose à toujours dénoncer, à tort et à raison, juste pour se tailler un costume de héros. Il est déjà héros dans son domaine de crédibilité.






Amath Tambédou
Enseignant APR
Nioro du Rip



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