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Sénégal / Économie-2024: L'essor extractif face aux fragilités


Rédigé par leral.net le Vendredi 27 Février 2026 à 12:10 | | 0 commentaire(s)|

Le Sénégal entre dans l’ère de la production pétrolière et enregistre une croissance à deux chiffres du secteur extractif, tandis que l’agriculture reste en difficulté et que l’industrie manufacturière ralentit. La photographie annuelle de l’ANSD, publiée le 24 février 2026, met en évidence une économie nationale en profonde recomposition en 2024.

L’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) a publié ce mardi, l’édition 2024 de la « Situation Économique et Sociale du Sénégal » (SESN). Ce rapport complet, qui dresse le bilan de l’année 2024, met en lumière les profondes mutations de l’économie sénégalaise, portée par l’entrée en production des hydrocarbures, mais aussi les défis persistants dans les secteurs traditionnels.

L’édition 2024 de la SESN dresse le portrait d’une économie à deux vitesses. D’un côté, une accélération spectaculaire de la croissance globale grâce aux nouvelles ressources extractives ; de l’autre, des performances en demi-teinte pour l’agriculture et une partie de l’industrie.

Le produit intérieur brut (PIB) réel du Sénégal a connu une nette accélération en 2024, avec une progression de 6,9 %, contre 4,3 % en 2023. Cette performance est largement attribuable au secteur secondaire, dont la valeur ajoutée a bondi de 20,0 %, portée par une envolée spectaculaire des activités extractives (+220,7 %), grâce au démarrage de la production de pétrole sur le champ de Sangomar.

Le rapport précise qu’en excluant l’impact des hydrocarbures, la croissance « hors pétrole » ressort à 2,6 % pour 2024, soulignant la dépendance nouvelle de la croissance globale à ces ressources.

Agriculture et industries en repli

Cette dynamique contraste avec les difficultés du secteur primaire, dont la valeur ajoutée s’est repliée de 1,0 %. Ce recul est principalement dû à une mauvaise campagne agricole, avec une production en baisse pour des cultures clés : le mil (-12,7 %), le maïs (-12,7 %) et surtout l’arachide (-24,8 %), impactée par des pauses pluviométriques et des attaques parasitaires. Les inondations d’octobre dans la vallée du fleuve Sénégal ont également aggravé la situation.

Dans le secteur secondaire, hors extractif, la tendance est également au ralentissement. L’indice de production manufacturière a légèrement reculé (-0,4 %), tandis que la construction a vu sa croissance fortement décélérer (+1,1 % après +17,4 %), en raison notamment de l’arrêt de plusieurs chantiers publics. Le raffinage de pétrole est aussi en repli (-8,9 % en volume).

Côté prix, l’inflation a nettement ralenti pour s’établir à 0,8% en 2024, contre 5,9 % en 2023, grâce notamment à la modération des prix alimentaires.

Sur le plan des finances publiques, la situation est contrastée. Si les recettes fiscales ont progressé de 6,7 %, les recettes totales de l’État ont fléchi de 3,3 % en raison d’une forte baisse des dons et des autres revenus.

Parallèlement, les dépenses publiques ont augmenté de 3,7 %, creusant le besoin de financement. La dette publique de l’Administration centrale est ainsi évaluée à 23 273,4 milliards FCfa à fin 2024, en hausse de 27,2 %.

Échanges extérieurs : le pétrole change la donne

L’année 2024 marque un tournant pour le commerce extérieur. Les exportations totales ont bondi de 21,3 %, atteignant 3 909 milliards FCfa. Cette hausse est tirée par les ventes de pétrole brut (464,6 milliards FCfa, contre 15,9 milliards en 2023) et de produits pétroliers raffinés, qui représentent désormais 20,3 % des exportations. L’or reste un contributeur majeur avec 15,1 % des ventes à l’étranger. Par conséquent, le déficit de la balance commerciale s’est réduit, passant de 17,8 % du PIB en 2023 à 11,9 % en 2024.

Le rapport dresse également un état des lieux du tissu productif. Le nombre d’entreprises du secteur moderne a augmenté de 6,9 % pour atteindre 20 388 unités, générant un chiffre d’affaires total de près de 22 000 milliards FCfa. Le secteur des services domine, avec près de la moitié des entreprises.

Enfin, la publication fait un point sur les conditions de vie, notant une augmentation de l’accès à l’électricité et aux services financiers numériques, tandis que la production halieutique et les conditions de logement restent des sujets de vigilance.






Apanews

Mame Fatou Kebe