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Lundi 14 Septembre 2026

Socrate à son procès : ce que veut dire « savoir que l'on ne sait pas »




La rubrique Verbatim reprend avec une nouvelle ligne : non plus les petites phrases du jour, mais les textes de sagesse qui traversent les siècles, relus de près, source en main. Pour ouvrir cette série, un homme de soixante-dix ans debout devant cinq cents juges athéniens, en 399 avant notre ère. Il s'appelle Socrate, il est accusé de corrompre la jeunesse et de ne pas honorer les dieux de la cité, et il va mourir. Son plaidoyer, tel que son élève Platon l'a rapporté dans l'Apologie de Socrate, contient l'une des idées les plus mal citées de l'histoire.

La phrase qui n'existe pas

« Je sais que je ne sais rien. » Tout le monde connaît la formule, on l'imprime sur des affiches, on la répète dans les salles de classe. Elle ne figure nulle part dans les textes de Platon. Elle est apparue bien plus tard, comme un raccourci, et le raccourci a fini par remplacer l'original. Ce que dit réellement Socrate, au passage 21d de l'Apologie, est différent, et beaucoup plus intéressant.

Ce que dit le texte

Socrate raconte à ses juges l'origine de sa mauvaise réputation. Son ami Chéréphon était allé consulter l'oracle de Delphes pour demander s'il existait un homme plus sage que Socrate. La prêtresse avait répondu que non. Socrate, stupéfait, se sait ignorant ; comment pourrait-il être le plus sage ? Il décide alors de vérifier l'oracle en allant interroger ceux qui passent pour savants.

Il rencontre d'abord un homme politique réputé pour sa sagesse. En discutant avec lui, il constate que cet homme croit savoir beaucoup de choses et n'en sait aucune. Et il tire la conclusion que le texte rapporte à peu près ainsi : cet homme et moi ne savons rien de grand ni de beau, mais lui croit savoir alors qu'il ne sait pas, tandis que moi, comme je ne sais pas, je ne crois pas non plus savoir. Sur ce petit point, je suis donc un peu plus sage que lui.

Il fait ensuite le même test avec les poètes, qui écrivent de belles choses mais ne peuvent pas expliquer ce qu'ils ont écrit, puis avec les artisans, qui savent réellement leur métier mais s'imaginent, à cause de cela, tout savoir sur le reste. Chaque fois, la même découverte : le savoir réel dans un domaine fabrique l'illusion du savoir dans tous les autres.

Pourquoi la nuance compte

« Je ne sais rien » serait une absurdité, et Socrate ne la prononce pas : il sait très bien mener un raisonnement, reconnaître un bon artisan, distinguer le juste de l'injuste. Ce qu'il dit, c'est qu'il ne prétend pas savoir ce qu'il ne sait pas. La sagesse n'est pas le vide ; c'est l'exactitude sur ses propres limites. L'homme politique d'Athènes n'était pas ignorant, il était ignorant de son ignorance. C'est cela que Socrate appelle le pire des maux, et c'est cela qui lui vaut la haine de ceux qu'il a mis à nu en public.

Ce que cela nous dit aujourd'hui

Il n'est pas difficile de reconnaître, autour de nous, l'homme politique, le poète et l'artisan de l'Apologie. Le spécialiste d'un domaine qui tranche sur tous les autres. Le commentateur qui explique la médecine, l'économie et la religion avec la même assurance. Nous-mêmes, quand nous partageons une information sans l'avoir vérifiée parce que nous « savons » de quoi il retourne. Socrate ne demande pas de douter de tout. Il demande une chose plus exigeante : savoir, à chaque instant, ce que l'on sait vraiment et ce que l'on ne fait que croire.

À retenir. Socrate n'a jamais dit « je sais que je ne sais rien ». Il a dit qu'il ne croyait pas savoir ce qu'il ne savait pas. Entre les deux, il y a toute la différence entre la fausse modestie et l'honnêteté intellectuelle. Prochain texte de la série : les conseils de Luqman à son fils, dans le Coran.

Photo : Copy of Lysippos (?) / Wikimedia Commons (domaine public)

( Les News )




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