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(Vidéo-Vidéo) Un esclave en cavale raconte son calvaire

Rédigé par leral.net le Vendredi 20 Février 2009 à 10:16 | | 0 commentaire(s)|

En 1999, Yahiya Ould Brahim a fui ses maîtres qui le battaient depuis son plus jeune âge. Aujourd’hui, cet ancien esclave de Mauritanie n’a toujours pas trouvé de terre d'asile. Récit d'un calvaire.

Le Mauritanien Yahiya Ould Brahim garde les yeux rivés sur le sol et n’ose pas regarder son interlocuteur dans les yeux.



Entouré d’universitaires et de militants anti-esclavagistes, ce rescapé de 33 ans regarde furtivement l’audience dans la salle de conférence du Centre d’accueil de la presse étrangère (Cape) à Paris.

Yahiya a fui ses maîtres qui, selon lui, le battaient régulièrement, il y a maintenant dix ans. Mais encore aujourd’hui, à des milliers de kilomètres des plateaux désertiques de la Mauritanie, Yahiya Ould Brahim craint d’être expulsé vers son pays d’origine où ses maîtres pourraient le retrouver.

Sa demande d’obtention du statut de refugié en France a récemment été déboutée. Pour la deuxième fois.

Né esclave

C’est avec une voix à peine audible que Yahiya explique qu’il n’a pas été réduit en esclavage mais qu’il est né esclave. Une condition qu’il trouve "insoutenable" aujourd’hui. "J’ai toujours vécu dans l’esclavage. Mon père et ma mère étaient tous les deux esclaves", explique-t-il à FRANCE 24.

Yahiya Ould Brahim appartient à une communauté de 100 000 à 500 000 Noirs africains, qui servent traditionnellement la caste, plus élevée, des Maures. Yahiya était chargé de faire paître les bêtes de son maître et d’effectuer toutes les tâches domestiques sans rémunération. "Je me couchais toujours après les autres, se souvient-il. Mon maître ne m’a jamais rien donné. Je n’avais aucun droit."

"Il me battait quand mon travail ne lui plaisait pas, raconte Yahiya amèrement. Mon maître me disait de ne pas crier quand il me battait pour ne pas réveiller les voisins."

Lorsque la violence est devenue trop insoutenable, Yahiya a décidé de fuir. C’était en 1999. Ses proches, eux aussi des esclaves, le lui déconseillent. "Ils n’étaient pas solidaires. Ils sont trop soumis, trop résignés."

Deux jours de marche

Pendant deux jours, Yahiya a marché sur le goudron chaud d’une des rares routes de Mauritanie. Sans parvenir à obtenir l’aide des voitures qui passaient. Une fois arrivé à Nouakchott, la capitale, il embarque, avec 25 autres clandestins, dans une pirogue qui doit gagner l’Europe.

Même en ayant changé de nom et trouvé du travail auprès d’anciens esclaves, Yahiya ne se sentait pas en sécurité dans la capitale mauritanienne. A raison.

Abdel Ethmane, militant anti-esclavagiste
Abdel Ethmane, militant anti-esclavagiste
Selon Abdel Ethmane, un militant anti-esclavagiste, la Mauritanie a encore un long chemin à effectuer pour assurer la protection des esclaves qui fuient leurs maîtres. "Toutes les plaintes déposées par des anciens esclaves contre leurs maîtres sont rejetées ou gelées. Il est impossible de mener des poursuites pour esclavagisme", affirme ce Mauritanien de caste supérieure dont certains proches pratiquent encore l’esclavagisme.

En août 2007, le pays a adopté une loi punissant l’esclavagisme, mais aucun Mauritanien n’a encore été condamné pour esclavagisme. "Un ancien esclave ne peut pas vivre dignement en Mauritanie parce que toute la société est contre lui, explique Yahiya. J’avais peur de ce que j’allais subir si mes maîtres me retrouvaient."

Selon les militants anti-esclavagistes, tous les postes-clés sont détenus par des descendants d’esclavagistes. “Le mode de vie des dominants de la communauté arabo-berbère, qui ne connaît pas le travail manuel, est fondé sur l’esclavage, explique le juriste et militant Biram Ould Abeide, qui accompagne Yahiya et lui sert de traducteur. La loi n’est pas appliquée, car ceux qui sont chargés d’appliquer la loi, les préfets, les administrateurs du commandement, les gouverneurs, les chefs d’arrondissement et les magistrats sont tous issus des classes esclavagistes."


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