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Ziguinchor : ce que personne ne vous dit sur votre sécurité aérienne


Rédigé par leral.net le Lundi 22 Juin 2026 à 19:56 | | 0 commentaire(s)|

Je sors de mon refuge agro-industriel pour vous dire quelque chose d'important.

L'aéroport de Ziguinchor fonctionne actuellement sous régime AFIS — Aérodrome Flight Information Service. Beaucoup de gens pensent que c'est un contrôle aérien. Ce n'est pas le cas.

Quelle est la différence ?

Un contrôleur aérien (ATC) donne des autorisations, des instructions, des clairances. Il contrôle le trafic. Il a autorité sur les aéronefs.

Un agent AFIS ne contrôle rien. Il informe. Il signale. Il ne peut ni ordonner, ni autoriser, ni interdire. C'est un service d'information — prévu pour les aérodromes, pas pour les aéroports accueillant du trafic commercial régulier.

Ziguinchor est un aéroport qui, par son niveau de trafic et ses ambitions, devrait relever de l'ATC. Le faire fonctionner sous AFIS, c'est mettre une signalisation routière là où il faudrait un agent de la circulation.

Le 9 mai 2024 : une leçon qu'on n'a pas encore tirée

Rappelons les faits.

Dans la nuit du 8 au 9 mai 2024, à 01h14, le vol HC301 d'Air Sénégal opéré par Transair — un Boeing 737/300 — a fait une sortie de piste au décollage à l'AIBD de Dakar. 85 personnes à bord. 11 blessés, dont 4 graves. Un début d'incendie sur l'appareil. Des passagers évacuant en courant sur le tarmac dans la nuit.

Ce vol était opéré par Transair, affrété par Air Sénégal dont les propres avions étaient immobilisés pour maintenance. Le Bureau d'Enquête et d'Analyse (BEA) a ouvert une enquête. Le Parquet de Mbour aussi, pour mise en danger de la vie d'autrui. Boeing a dépêché ses propres enquêteurs. D’ailleurs il serait intéressant de savoir si le rapport final a été rendu public.

La leçon à tirer n'est pas celle d'une fatalité. C'est celle d'un système : quand les chaînes de responsabilité sont floues, quand les standards de sécurité sont contournés pour des raisons commerciales ou politiques, c'est l'usager qui paie. Cet incident s'est produit à Dakar, sur un aéroport pleinement contrôlé, avec ATC, avec tous les services d'urgence opérationnels. Imaginez le scénario équivalent à Ziguinchor, sous AFIS, sans contrôle aérien, en opération nocturne.

Ce que disent les compagnies aériennes

Air Sénégal, certifiée IOSA (IATA Operational Safety Audit) — le référentiel de sécurité le plus exigeant de l'industrie — n'opère pas sur Ziguinchor. Pas par manque d'intérêt commercial. Ses propres standards internes ne le lui permettent pas, notamment l'absence de personnel de tour de contrôle et les restrictions aux opérations nocturnes.

Transair y opère. Je ne mets pas en doute le courage de ses équipages. Mais dans la chaîne de responsabilité, en l'absence d'ATC, c'est le Commandant de bord qui assume seul. La compagnie peut s'abriter derrière cette réalité juridique. Et si cet incident survient avec un commandant étranger employé sous contrat, vous imaginez la suite.



Questions légitimes que tout usager est en droit de poser

D'un point de vue strictement opérationnel, et selon les normes internationales de l'OACI : cet aéroport a-t-il été formellement livré, homologué et validé par les instances compétentes avant la mise en service commerciale ?

Les faits publics disponibles donnent des éléments de réponse préoccupants : en mai 2025, une réunion se tenait encore à l'ANACIM pour discuter des "exigences et choix d'équipements" en vue de l'homologation. Le transfert des services de navigation aérienne à l'ASECNA était alors annoncé pour juillet 2026. L'ouverture inaugurale, elle, a eu lieu en mai 2026.

Seconde question, tout aussi légitime : où en est le balisage de la piste ?

Des inspections techniques ont porté sur le balisage lumineux en mars 2026, des semaines seulement avant l'ouverture. Les discours officiels évoquent une piste "permettant des opérations de jour comme de nuit". Mais entre l'annonce et la certification formelle, il y a une distance technique que seuls les inspecteurs de l'ANACIM et de l'ASECNA peuvent mesurer. Ces certifications ont-elles été délivrées ? Sont-elles publiques ?

Les usagers méritent des réponses claires, pas des communiqués de satisfaction.

Ce que je demande

Je ne demande pas qu'on ferme l'aéroport. Je demande qu'on le gère avec rigueur.

Que l'ANACIM et l'ASECNA rendent publics les documents d'homologation et de certification de Ziguinchor. Que la mise en place d'un ATC opérationnel soit une priorité non négociable — juillet 2026 doit être une échéance tenue, pas un horizon glissant. Que les usagers soient informés de ce qu'ils embarquent — pas seulement du prix de leur billet.

Les politiques peuvent vouloir couper des rubans. C'est leur rôle. Mais la science de la sécurité aérienne appartient aux techniciens. Et les techniciens ont des choses à dire.

Que Dieu nous préserve de l'accident qui transformerait cette alerte en nécrologie.

Xavier DIATTA — Entrepreneur, Ziguinchor