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Le Joola : 24 ans après, le Sénégal se souvient d’une tragédie qui n’a jamais cessé de hanter les mémoires

Rédigé par leral.net le Samedi 26 Septembre 2026 à 12:07 |

Vingt-quatre ans après le naufrage du Joola, le Sénégal commémore la disparition de 1 863 personnes dans l’une des plus grandes catastrophes maritimes de l’histoire récente. Entre devoir de mémoire, attentes des familles et débat sur le devenir de l’épave, la douleur reste toujours présente.


Une nuit qui a endeuillé tout un pays

Le 26 septembre 2002, le ferry Le Joola sombre au large des côtes gambiennes, alors qu’il assure la liaison entre la Casamance et Dakar.

Le navire, qui avait repris ses rotations après plusieurs mois d’immobilisation pour réparations, disparaît dans une nuit marquée par de mauvaises conditions météorologiques.

Le bilan est particulièrement lourd : 1 863 personnes perdent la vie, tandis que seuls 64 passagers survivent. Parmi les victimes figurent notamment des femmes, des enfants, des élèves et étudiants ainsi que des militaires en permission.

Des défaillances mises en évidence

Au lendemain du drame, les investigations mettent en lumière plusieurs facteurs susceptibles d’avoir contribué à la catastrophe.

La surcharge du navire figure parmi les principaux éléments relevés. Conçu pour accueillir environ 500 passagers, le Joola transportait un nombre bien supérieur de personnes.

Les enquêtes font également état de problèmes liés à l’arrimage des marchandises, au respect des normes de sécurité et à la maîtrise des règles de stabilité du bâtiment.

La gestion des secours est également fortement critiquée. Le naufrage étant survenu vers 23 heures, la Marine nationale n’aurait été informée que plusieurs heures plus tard. La première unité militaire n’aurait été déployée qu’à 10 heures le lendemain, tandis que les secours seraient arrivés sur zone à 18 heures.

Ces délais ont été relevés parmi les éléments ayant marqué la gestion de la catastrophe.

Des responsabilités évoquées à plusieurs niveaux

Les conclusions des enquêtes ont évoqué des « fautes partagées » et de nombreuses irrégularités dans la gestion du navire.

Les responsabilités évoquées concernaient notamment l’équipage, les services chargés de la gestion du navire, la Marine marchande et, plus largement, différents niveaux de responsabilité administrative et politique.

À la suite du drame, les ministres des Forces armées, Youba Sambou, et des Transports, Youssoupha Sakho, avaient démissionné afin, selon les explications données à l’époque, de ne pas entraver le déroulement des investigations.

Les familles toujours au cœur du devoir de mémoire

Au fil des années, différentes mesures ont été annoncées en faveur des familles des victimes.

Un fonds de soutien avait notamment été porté à 20 milliards de FCFA sous la présidence d’Abdoulaye Wade. Une indemnisation de 10 millions de FCFA par victime avait également été proposée aux familles acceptant de régler le préjudice civil par transaction.

Cette démarche n’avait toutefois pas fait l’unanimité. Certains collectifs de familles avaient réclamé la tenue d’un procès afin que les responsabilités soient établies sur le plan judiciaire.

La question des enfants devenus orphelins avait également fait l’objet d’une prise en charge annoncée par l’État. Une loi adoptée en 2006 les avait notamment institués comme « pupilles de la Nation », avec des conditions d’application qui ont ensuite suscité des interrogations.

Le débat sur le renflouement de l’épave

Vingt-quatre ans après le naufrage, l’avenir de l’épave demeure une question sensible.

Des familles souhaitent son renflouement, tandis que d’autres voix appellent à la prudence. Sokhna Gaye Fall, administratrice du Mémorial du Joola, estime qu’une telle opération soulève des enjeux à la fois humains, techniques et patrimoniaux.

Sur le plan technique, le renflouement nécessiterait notamment une reconnaissance préalable de l’épave, des moyens adaptés et un dispositif permettant de préserver la structure du navire après son extraction de l’eau.

La question du lieu où l’épave pourrait être conservée et de l’organisme chargé de sa gestion devrait également être réglée.

Une mémoire qui reste vivante

Au Mémorial du Joola, certaines pièces du navire, dont ses deux hélices, sont aujourd’hui exposées. Elles témoignent d’une catastrophe qui continue de marquer profondément les familles et la mémoire collective sénégalaise.

Pour Sokhna Gaye Fall, le renflouement ne fait pas l’unanimité parmi les familles. Si certains y voient une possible étape vers l’apaisement, d’autres estiment qu’aucune opération ne peut effacer la douleur liée à la perte d’un proche.

Vingt-quatre ans après, le souvenir du Joola demeure ainsi associé à la mémoire des disparus, aux interrogations sur les responsabilités et à la quête d’apaisement des familles.




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