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Ce n’est toujours pas une Révolution ! La Révolution n’est pas un bal costumé !

Rédigé par leral.net le Jeudi 8 Octobre 2026 à 19:37 |

Depuis 2021, le Sénégal a connu des bouleversements majeurs, parfois douloureux, qui ont fait l’objet de moult réflexions de la part d’analystes politiques.

Pendant que certains parlent de Révolution, d’autres moins enthousiastes parlent plutôt de prémices de mutations profondes, qui auraient pu servir de ferment à l’avènement du Grand soir si frénétiquement attendu par les férus de rupture brusque.

C’est donc une Révolte ? demandait, dans la nuit du 14 au 15 juillet 1789, Louis XVI au Duc de la Rochefoucauld-Liancourt, quand le Peuple de Paris en furie attaquait la Bastille. Non Sire, une Révolution lui répondit celui-ci.

C’est dire que depuis ses balbutiements, une Révolution ou un basculement fondamental de l’ordre politique peut parfaitement être identifiée par ses causes et ses protagonistes.

Pour nous autres, qui avons souvent parlé de Révolution et de progrès depuis des décennies, nous avons su garder la sérénité indispensable à une analyse concrète de la situation concrète qui exige, au-delàs de tout dogmatisme, une approche dialectique qui prend en charge l’essentiel des évènements marquants du processus; nous avons observé sa naissance, scruté sa démarche et analysé ses caractéristiques.

Un processus révolutionnaire, il est pensé, il a un contenu, il a une vision il a des hommes bien formés pour le mener.
De la révolution Torodo en 1776 avec Thierno Souleymane BAAL, à celle de la Commune de Paris de 1848, en passant par la Révolution Française de 1789, la Révolution, quelles que soient ses modalités a toujours été la substitution d’un ordre ancien par un ordre nouveau.

Au début de l’aventure, une frénésie de dénonciations tout azimut…

L’avènement du Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (PASTEF), qui a été le fer de lance des luttes qui ont abouti à l’installation de ce nouveau régime est indélébilement marqué du sceau des revendications corporatistes ; celles du syndicat des Inspecteurs des Impôts et Domaine.

Il est de notoriété publique que les principaux animateurs de ce nouveau parti proviennent de ce syndicat poussant certains à affirmer que c’est le syndicat dans son entièreté qui s’est mué en parti politique ; c’est dire que les membres de la direction de ce parti sont presque tous issus de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) où sont formés, depuis des décennies, l’élite politico-administrative nécessaire à la bonne marche de la haute administration de ce pays.

En son temps nous qualifions cette école de pilier du système, indispensable à la reproduction de la classe bourgeoise politico-affairiste qui gère le Sénégal depuis les indépendances; nous osons espérer que les choses ont changé.

Toujours est-il qu’étant membres à part entière de la haute hiérarchie administrative du pays, donc ; disons-le trivialement, de ce qu’ils appellent eux-mêmes « Le Système », l’accès à certains dossiers aurait certainement permis aux membres de ce nouveau parti d’obtenir des informations de premières mains ; l’utilisation de l’arme de la dénonciation des pratiques opaques de l’ancien régime renforce cet argument.

Ce discours engagé de dénonciations tout azimut, qui parle d’avantages indus, de taux d’imposition presque anecdotique des salaires de députés, tout en évitant curieusement de parler des fonds communs qui ont droit de cité au niveau des régies financières du pays, fait mouche auprès d’une jeunesse déboussolée par le chômage, en quête de coupables
Pour cependant être honnête, ce n’est pas seulement la jeunesse qui fut séduite, les partisans du Panafricanisme et les pourfendeurs du néocolonialisme ou de toutes autres formes de dominations le furent aussi.

Pour notre part, malgré les relents de populisme pressentis, nous avions pensé que le PASTEF apportait un souffle nouveau à la respiration démocratique du Sénégal en ce sens que les jeunes ont fortement supporté ce nouveau parti en retrouvant le chemin des isoloirs et des urnes.

Ce grand élan de sympathie a fait qu’au bout de 3 ans d’existence, en 2017, la coalition «Ndawi Askan Wi » fut crédité de 37 535 voix permettant au PASTEF d’avoir un élu à l’Assemblée Nationale en la personne de M. Ousmane SONKO. Cette tribune institutionnelle amplifia les positions du parti qui continua de s’adonner de plus belle manière aux dénonciations et aux promesses mirobolantes à une jeunesse de plus en plus impatiente.

Cette attitude de PASTEF, par son discours, incarnait de plus en plus, pour la première fois, une tentative de rupture avec l’ordre colonial établi depuis les indépendances ; cet ordre qui maintenait nos jeunes Etats dans des carcans qui n’offraient aucune perspective de développement.

Oui! Disons-le clairement, nos Etats furent régulièrement alignés sur les positions occidentales. Les différents régimes qui se sont succédés depuis les indépendances n’ont pas pu transcender de manière fondamentale les goulots d’étranglement qui empêchent l’évolution de nos pays vers plus d’autonomie. Nous sommes restés appauvris, à la périphérie, arrimés au Centre qui capte nos dividendes économiques, culturelles, sportives et politiques.

Nous ne dirons pas que rien n’a été tenté ; certains régimes ont même beaucoup fait mais on ne peut pas exiger, de manière utopique, de pouvoirs issus des méandres du socialisme bureaucratique et des vestiges du néolibéralisme d’engendrer des ruptures nécessaires dont le Sénégal a besoin a cette étape de son histoire.

Dès lors, fallait-il participer à la gestion du pouvoir, comme l’a fait une partie de la Gauche Sénégalaise, pour apporter sa touche à la transformation graduelle en attendant les conditions favorables au Grand soir ou plutôt s’en tenir à une opposition farouche susceptible de changer les choses.

Le PASTEF a visiblement choisi la seconde voie mais ce qu’il est important de noter, pour une meilleure compréhension de notre propos, est que l’option de participer et même parfois de collaborer à la Démocratie bourgeoise a été prise aussi bien par la Gauche que par le PASTEF ; ils ont tous les deux participé aux différentes élections.

Au demeurant, c’est par un processus électoral apaisé que PASTEF et arrivé au pouvoir.

Les émeutes et les confrontations avec les forces de défenses et de sécurité qui ont occasionné des dizaines de morts n’ont pas permis la conquête du pouvoir; cela a, au contraire, poussé ses tenants à la radicalisation en emprisonnant des milliers de personnes y compris les principaux leaders de PASTEF.

C’est le lieu de nous incliner sur la mémoire de ceux, de tout bord, qui ont perdu la vie et de compatir au chagrin de ceux qui ont perdu leurs biens.

A cette étape de mon propos, je clamerai avec le philosophe Albert CAMUS que « ce n’est pas la Révolte en elle-même qui est noble mais ce qu’elle exige » ; Ce qu’elle exige en termes de courage et d’engagement.

Au total, en 2024, malgré toutes les péripéties, le processus de changement de régime a abouti après une campagne électorale qui s’est déroulée dans un climat démocratique apaisé.

Ce ne fut donc pas le processus insurrectionnel avorté qui a provoqué la chute du régime précédent ; en effet, la loi d’amnistie décidé par l’ancien Président de la République, a été votée dans un climat de sérénité alors que les principaux leaders du pouvoir actuel étaient soit en prison soit sous bracelet électronique; c’est aussi cela la vérité historique.
A mon humble avis, l’histoire serait tout autre si le Président sortant, M. Macky SALL, était candidat à sa propre succession ou s’il avait pleinement soutenu le soi-disant candidat de son camp que beaucoup d’observateurs ont jugé combattu par des partisans du Président sortant. Il se murmure même que des protocoles ont été noués pour éviter la fêlure de la vitrine démocratique africaine en permettant la poursuite de la belle expérience Sénégalaise ; cette démocratie que nous continuons de traiter de démocratie bourgeoise et qui classe souvent les candidats à l’élection présidentielle en fonction du volume de leur compte bancaire. En effet, au Sénégal durant la plupart des compétitions électorales, c’est toujours les plus riches qui se placent en tête du classement.
C’est donc à l’issue d’une telle élection que PASTEF est arrivé au pouvoir mais pas par une Révolution.
…Ce n’est toujours pas une Révolution
Au départ du processus, le PASTEF avait porté l’espoir de beaucoup de Sénégalais.
Cependant Che Guevara disait que « la Révolution se fait grâce à l’homme mais l’homme doit forger jour après jour son esprit révolutionnaire ».
Hélas, le constat est amer car depuis la période pré coloniale, notre pays est toujours régi par de fortes inégalités sociales où les rapports de productions sont restés en faveur des classes dominantes qui occupent les postes de privilèges et les niches de captation de profits des différentes chaines de valeurs
Au Sénégal, l’insinuation des forces rétrogrades qui nient l’existence des classes est une hérésie ; le postulat est que dès qu’il y’a Etat, il y’a classes et donc rapport de classes qui occasionnent des distorsions dans les rapports de production.
Par une hypothèse optimiste, nous aurions pu accorder aux tenants du PASTEF que ce sont de vrais révolutionnaires qui ont utilisé « le Système » pour arriver à leurs fins ; cela ne résiste cependant pas à une analyse rigoureuse.
En effet, l’appartenance de classe du noyau dirigeant de PASTEF à l’élite privilégiée de la haute Administration nous confortent dans notre conviction première que c’est le même Etat qui va continuer avec un tropisme marqué vers une élites affairiste et compradore. Il s’y ajoute l’inertie et l’absence d’une politique sérieuse et rigoureuse de démantèlement des niches de privilèges, qui est souvent alignée sur des intérêts étrangers au détriment du plus grand nombre.
Depuis l’avènement de ce pouvoir PASTEF, les rapports de productions sont restés intacts dans ce Sénégal où l’indice de Gini ressemble à ceux d’un pays en crises ou sous régime d’apartheid ; en effet, la truelle n’appartient toujours pas au maçon. Le pays n’a aucune perspective de sortie de la vassalisation centre/périphérie inlassablement dénoncée par des penseurs comme Samir Amin.
Aucune rupture avec le système de représentation démocratique inspirée de la Démocratie quasi censitaire héritée de l’ancien système.
Il n’y a donc pas eu de rupture brusque dans le processus de prise du pouvoir ; la gestion du pouvoir va dans le même sens sans faire de vague ; hormis les slogans, les incantations et les déclarations d’intentions, les tenants du pouvoir suivent les traces de leurs prédécesseurs avec qui ils ont fait des cérémonies officielles de passation de service.

Le budget d’investissement 2025 prévoyait 4634,6 milliards de FCFA en autorisations d’engagement et 2 170 milliards de F CFA en crédits de paiement ; à l’arrivée, le peu d’investissements obtenus ont été du fait des investisseurs étrangers dans un contexte de baisse drastique des investissements publics sur ressources intérieures. Paradoxalement, 4004 milliards de F CFA ont été levés sur le marché régional par le Sénégal en 2025 en concurrençant les PME/PMI locales; le service exorbitant de la dette est passé par là ! en réalité, en matière de remboursement de dette notre Etat fait du « Soul Bouki Souli Bouki ». Depuis leurs arrivée, les tenants du pouvoir actuel ont emprunté plus de 16 0000 milliards sans aucun résultat visible sur le terrain ; la croissance de notre économie est retombée à 2 ,5 %, hors hydrocarbures, alors qu’elle frôlait une moyenne de 6% la décennie précédente.

Pendant ces deux ans, la plus grande inauguration de réalisation fut la méconnaissable statue de notre héros national Lat Dior Ngoné Latyr DIOP à Thiès ; statue dont le cheval « Malaw » ressemble plutôt à « Djoro » (cheval de Samory Touré) ; sa conception aurait été confiée à un ressortissant de la sous-région.

Au total, ce nouveau régime n’a toujours pas encore les moyens économiques et même politiques de son ambition de souveraineté.

Aurions-nous pu nous attendre à un miracle vu les différentes trajectoires des tenants du nouveau pouvoir ? assurément non ; et quelques interrogations suffisent à fonder notre certitude.

Y a-t-il eu une lecture claire des rapports de forces des différentes classes sociales ?
Y’a-t’il eu une élaboration préalable d’un projet cohérent de transformation sociale ?
Quels est le profil des différents acteurs qui ont porté cette pseudo-révolution ?
Y’a-t-il des prémices d’inversion des rapports de classes depuis deux ans que ce groupe est au pouvoir ?
Quelle est l’implication réelle des populations une fois qu’elles ont élu leurs représentants (Président, députés, conseillers) dans les processus de prise de décision ?
Quelles alternatives par rapport au moyen de coercition de forces de l’argent (FMI, Banque Mondiale.) contre nos jeunes Etats ?

L’essai pourrait-il être transformé ?

A ce stade de notre analyse, en tant qu’adepte de la sédimentation successive des changements graduels pour une transformation structurelle, nous ne jetterons pas le bébé avec l’eau du bain

Une révolution peut se construire, dans la paix, à tout moment de l’évolution d’un pays; pour cela il faut partir de l’existant et avoir une volonté réelle de renouveau en élaborant une orientation claire qui aura un certain rapport avec une doctrine de ruptures dans tous les domaines de la vie socioéconomique du pays. Cela exige une fermeté politique sans concession, sur les nouvelles orientations.

Le Sénégal ne pourra pas faire l’économie d’une refondation totale de son Etat, de manière graduelle, impliquant l’adoption de nouveaux paradigmes mettant l’humain et l’intérêt général au centre des préoccupations des dirigeants.

Saint François de Sales ne disait-il pas que « L’homme est la perfection de l’Univers, l’esprit est la perfection de l’homme, l’amour est la perfection de l’esprit et la charité est la perfection de l’amour ».

La quête d’hégémonie politique des forces de transformation, face aux prévisibles résistances, nécessitera inéluctablement l’identification, la mobilisation et l’implication des catégories sociales défavorisées, en marge du système clientéliste de prédation et de cannibalisation des ressources nationales. Ces couches défavorisées, conscientes ou non, laissées en rade et exploitées par le système de captation néocolonial doivent être accompagnées pour élargir les bases sociologiques du combat.

Il s’agira assurément de faire de la politique pour rendre le nécessaire possible et transformer les rapports de productions qui doivent avoir comme principal objectif l’opulence pour le plus grand nombre des Sénégalais.

Entendons-nous bien, il ne s’agira pas d’un retour en arrière mais plutôt d’une consolidation des acquis, d’une fortification vertueuse des bons résultats pour aller vers un nouvel ordre.

Il s’agira de conforter la participation populaire aux processus de décision par une meilleure décentralisation et une meilleure implication du plus grand nombre pour améliorer la représentation démocratique.

La noble ambition de souveraineté ne sera pas abandonnée ; elle sera, au contraire, au centre des préoccupations ; mais elle sera graduellement et méticuleusement construite dans tous les domaines (culturelle, agricole, alimentaire, financière etc.) pour le Sénégal et pas contre d’autres pays.

Sur le Plan politique, notre démocratie elle-même sera repensée par des concertations pour définir les grandes orientations.

Dr Massirin SAVANE
Membre du Secrétariat exécutif
And Jëf/ Parti Africain pour la démocratie et le Socialisme/Authentique




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