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International

Deux militants d’ultradroite jugés pour la mort de l'ex-rugbyman argentin Aramburu

Rédigé par leral.net le Lundi 7 Septembre 2026 à 11:34 |

Ancien international de rugby d’origine argentine, Federico Martín-Aramburú est mort à Paris, tué par balles, le 19 mars 2022. Quatre accusés, dont deux sympathisants de l’ultradroite française, seront jugés au cours du procès devant la cour d’assises de Paris qui s’ouvre ce lundi 7 septembre.


Le mercure indique à peine 8 degrés en cette fraîche matinée parisienne. Samedi 19 mars 2022, à 6h25, le commissariat de police des 5e et 6e arrondissements est contacté. Un homme requiert une assistance immédiate. Inconscient sur la voie publique, boulevard Saint-Germain, il présente des blessures par balles à la cuisse, au dos et au thorax.

Malgré l’intervention du SAMU, rien n’y fait. À 6h48, la mort de Federico Martín-Aramburú est prononcée. Rugbyman retraité de 42 ans résidant à Biarritz, l’ancien international argentin était venu en visite dans la capitale pour assister, la veille, au match France-Angleterre. Il avait ensuite passé la soirée au bar Le Mabillon, à deux pas du lieu où il a été retrouvé mort, avec un ami, lui-même joueur de rugby, Shaun Hegarty.

Les premiers éléments de l’enquête relèvent une altercation entre le duo et un autre groupe, alors qu’ils étaient encore au bar. Deux suspects sont rapidement identifiés : Loïk Le Priol et Romain Bouvier, des proches du Groupe union défense (GUD), organisation d'extrême droite radicale. Ils comparaissent ce lundi 7 septembre devant la cour d’assises de Paris, accusés respectivement d’assassinat et de tentative d’assassinat.

Déroulé des faits

Consultée par RFI, l'ordonnance de mise en accusation détaille les observations faites par la police, notamment grâce à l'exploitation des caméras de surveillance du Mabillon. À leur arrivée, Shaun Hegarty et Federico Martín-Aramburú se trouvent placés par un serveur sur une table voisine de celle de Loïk Le Priol, de sa compagne, Lyson Rochemir et de Romain Bouvier. D’abord « détendue », la discussion entre les deux groupes s’envenime avant de muer en confrontation physique. Après l’intervention du personnel du bar, la bagarre prend fin et les deux groupes se séparent.

D’autres caméras montrent ensuite le trajet emprunté par les deux anciens rugbymen le long du boulevard Saint-Germain. Quelques minutes plus tard, Romain Bouvier sort d’une jeep, au volant de laquelle se trouvait Lyson Rochemir, se dirige vers les deux hommes et tend son bras vers l’un d’entre eux. Quatre coups de feu sont entendus. Puis il s’enfuit en courant.

Une poignée de secondes plus tard, Loïk Le Priol arrive à son tour, en courant, au niveau de Shaun Hegarty et Federico Martín-Aramburú. S’ensuit un nouvel affrontement, suivi d’une salve de coups de feu. Federico Martín-Aramburú s’écroule. Le tireur, le visage dissimulé sous une capuche noire, prend la fuite. L’autopsie révèle six plaies balistiques sur le corps de la victime.

Fuite vers l'Ukraine
Quatre jours plus tard, Romain Bouvier est interpellé sur une aire de stationnement le long de la Sarthe, à proximité de la ville de Solesmes, à plus de deux heures de route de Paris. Le trentenaire est placé en garde à vue, puis mis en examen du chef d’assassinat de Federico Martín-Aramburú, finalement abaissé à tentative d’assassinat.

Pour sa part, Loïk Le Priol est interpellé le 23 mars 2022 par la police hongroise alors qu’il avait tenté de passer la frontière pour se rendre en Ukraine. Transféré en France, il est mis en examen le 1er avril du chef d’assassinat de Federico Martín-Aramburú, dont il est toujours accusé.

En détention provisoire et présumés innocents, les deux hommes encourent la réclusion criminelle à perpétuité. En février 2025, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris n’avait pas retenu la légitime défense, demandée par les avocats des deux accusés. Celui de Loïk Le Priol conteste toutefois toujours la préméditation de l’acte de son client, qui différencie l'assassinat du meurtre – dont la peine encourue est inférieure.

Militants d’ultradroite

Ancien membre des forces spéciales françaises, l’accusé reconnaît avoir tiré sur le rugbyman argentin, mais invoque un syndrome de stress post-traumatique développé pendant son déploiement au Mali. Il justifie son geste, « un pur réflexe », comme la solution instinctive pour stopper la menace qu’il assure avoir sentie face à Federico Martín-Aramburú lors de leur seconde altercation. Des propos similaires à ceux qu'il avait tenus dans le cadre d’une autre affaire.

De fait, quelques mois après leur interpellation de mars 2022, Romain Bouvier et Loïk Le Priol sont respectivement condamnés à trois et deux ans de prison ferme, pour la violente agression en réunion d’un ancien ami, Edouard Klein, membre du GUD. Le passage à tabac, dont les images choquantes ont été révélées par Mediapart, remonte à octobre 2015.

Lors du procès, Loïk Le Priol a mentionné une « période de retour de mission assez compliquée ». L'altération du discernement de l'ex-militaire avait alors été retenue par la justice en raison de ses troubles psychologiques. La question devra ainsi être de nouveau tranchée par les magistrats lors du procès qui s'ouvre ce lundi.


Tout comme leur victime d’octobre 2015, les deux hommes ont activement gravité autour du GUD, dont ils ont fréquenté les militants. Ils démentent cependant y avoir été encartés. Leurs activités respectives sur les réseaux sociaux témoignent malgré tout explicitement de leur affiliation aux cercles de l’ultradroite française. Lors de la perquisition au domicile de Romain Bouvier, les policiers ont relevé la présence d’une « petite voiture de collection dans laquelle se trouvait une petite statuette représentant Hitler » ainsi qu’une « version allemande de ‘‘Mein Kampf’’ », l’ouvrage fondateur de l’idéologie du dictateur nazi.

Deux autres accusés

En outre, dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, Romain Bouvier et Loïk Le Priol étaient sous contrôle judiciaire pour l'agression d'Edouard Klein. Il leur était alors interdit de se voir ou de porter une arme. Si les liens des accusés avec l'ultradroite ont occupé une partie de l'enquête, le mobile raciste n'a pas été retenu.

Deux autres personnes seront aussi sur le banc des accusés, Lyson Rochemir et Antony Sorrentino. La compagne de Loïk Le Priol comparaît pour tentative d’assassinat et encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Antony Sorrentino, un ami de Romain Bouvier ayant lui aussi fréquenté le GUD, est poursuivi pour soustraction de document ou objet concernant un crime ou un délit pouvant faire obstacle à la manifestation de la vérité.

Selon ses dires, le trentenaire aurait retrouvé Romain Bouvier le 19 mars 2022, à la demande de celui-ci, qui lui aurait demandé de se débarrasser de plusieurs affaires, dont une arme.

Shaun Hegarty assurait en mars 2025 à ICI Pays Basque qu’il participerait « à chaque seconde de ce procès » avant de poursuivre : « J'ai foi en la justice française. J'ai espoir qu'elle se rende compte qu'on était au mauvais endroit, au mauvais moment, avec des personnes qui sont totalement en dehors de la société et qui n'ont rien à faire en dehors des quatre murs, là où ils sont aujourd'hui ».

RFI