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(14 mars 1998 - 14 mars 2018) Serigne Sam MBAYE ou la transcendance des clivages confrériques !

Ce 14 mars 2018 est la date commémorative du rappel à Dieu de Serigne Sam Mbaye. Voilà 20 ans jour pour jour que disparaissait l’éminent intellectuel sénégalais, l’éveilleur des consciences, l’instituteur, le proviseur, le professeur-universitaire, l’éducateur, le formateur, l’islamologue, l’Imam-prédicateur, l’érudit, le guérisseur de la maladie des âmes, le rénovateur, le guide religieux, le soufi authentique, le calife etc. Et pourtant son discours reste encore plus que d’actualité ! Il n’est pas rare en effet, que l’on soit souvent interpellé à ce propos car, pour beaucoup de sénégalais, Serigne Sam Mbaye est encore vivant du fait justement l’actualité de sa pensée et surtout de la dimension prospective de sa vision du monde.


Rédigé par leral.net le Mercredi 14 Mars 2018 à 04:06 | | 0 commentaire(s)|




Quelqu’un a appelé, en 2016, dans une radio de la place après avoir écouté une conférence de Serigne Sam Mbaye qui s’y passait pour leur dire : « Que Dieu prête longue vie à votre invité de tout à l’heure. Il était juste excellent en pointant du doigt là où ça fait véritablement mal dans notre société actuelle ! », croyant qu’il est effectivement vivant. Et pourtant, la conférence en question datait de 1989. Cela donne sans nul doute raison à l’écrivain sénégalais Birago Diop qui disait, dans les « Les Souffles », Les Contes d’Amadou Koumba, que « ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire, ils sont dans l’ombre qui s’épaissit. Les morts ne sont pas sous la terre : Ils sont dans l’arbre qui frémit, Ils sont dans le bois qui gémit, ils sont dans l’eau qui coule, ils sont dans l’eau qui dort, ils sont dans la case, ils sont dans la foule : les morts ne sont pas morts ».


Appliqué à Serigne Sam Mbaye, l’on peut dire sans risque de nous tromper que Birago Diop avait effectivement raison : « les morts ne sont pas morts » surtout lorsqu’ils sont perpétués par l’œuvre colossale qu’ils ont laissée derrière eux. Des anecdotes de ce genre, nous en avons un paquet. Serigne Sam Mbaye c’était aussi cette personnalité transversale, ce médiateur social, ce trait d’union entre les communautés religieuses islamiques du Sénégal bref, l’homme de consensus qui ne mettait en avant que l’intérêt collectif des musulmans, ce qui lui valut d’ailleurs un respect et une très haute considération de la part de ses contemporains. La présente contribution met l’accent sur la transversalité de l’homme non sans revenir brièvement sur l’historique de ses conférences.
Des causeries aux conférences


Malgré son appartenance à la grande famille MBAYE de Louga et une descendance glorieuse le reliant à celle d’Abu Bakr[[1]]url:#_ftn1 , Serigne Sam a consacré toute sa vie à la recherche de la connaissance, à l’enseignement et à donner des conférences partout où son expertise était sollicitée. A chaque fois qu’il était invité à animer une conférence, sa seule condition était « est-ce qu’elle sera enregistrée ? ». Si la réponse est affirmative, alors rassurez-vous qu’il sera de la partie. L’intérêt qu’il accordait à ses conférences faisait qu’il était souvent reconnu et considéré communément comme islamologue et conférencier sénégalais. Sa dimension dépasse cependant, et de de loin, ces considérations profanes. Ce n’est malheureusement pas l’objet de la présente contribution qui se propose plutôt de revenir sur sa transversalité dans un contexte fortement marqué par une certaine configuration de l’Islam confrérique sénégalais.
De ce fait, aussi longtemps que l’on puisse remonter dans le temps, il ressort de nos diverses investigations portant sur l’origine et l’historique des conférences, que Serigne Sam les a entamées au tout début des années 1970, sous forme d’abord de « causeries », dans la grande cour de la demeure son illustre père Mame Cheikh Mbaye sise au quartier Santhiaba de Louga. A l’époque, Baye Sam résidait à Saint-Louis où il avait une école arabo-islamique dans laquelle il donnait des cours, majoritairement, à des intellectuels déjà insérés dans le système formel de l’administration publique. En guise d’exemple, Maguette Diouf, ancien ministre des mines et de l’énergie du Sénégal, par ailleurs frère de l’ancien Président de la République Abdou Diouf, faisait partie entre autres de ses élèves.


La proximité entre les deux localités faisait qu’il était souvent à Louga les week-ends auprès de sa famille après de longues années d’absences passées entre la Mauritanie, l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte durant la période de sa quête perpétuelle de connaissance[[2]]url:#_ftn2 . C’est la raison pour laquelle il ne ratait aucune occasion pour se rendre le plus fréquemment possible à sa ville natale où il était toujours attendu par les fidèles du fait de ses pertinentes analyses sur des questions aussi diverses que variées touchant particulièrement les domaines religieux et sociaux. Une des personnes interrogées nous renseigne « il était un véritable éveilleur de conscience et les gens s’impatientaient qu’il rentre les week-ends ». La plupart de ces discussions à l’époque étaient juste des conversations informelles sous forme de questions-réponses dont il était tout de même le maitre d’œuvre. Sa première conférence publique connue date de 1972 et portait sur le thème Islam et la science. Elle était tenue à Rufisque et avait même été enregistrée quoique perdue dans la foulée.


Par ailleurs, le plus vieil enregistrement audio retrouvé de Serigne Sam Mbaye date de 1974. Il s’agit d’une causerie tenue dans la cour même de sa maison sise à Santhiaba sur l’ouvrage de son illustre frère et ami Serigne Ibrahima Mbaye, qu’il a d’ailleurs succédé au califat de Mame Cheikh Mbaye en 1993, dont le titre était justement Mursidul khayr’aan fi karaa maatti Ar-rabbaani Ahmad As Saghir traduit littéralement le Guide du perplexe sur les prodiges de l’éducateur Ahmad Saghir. Cette causerie est (pour le moment) le plus ancien enregistrement retrouvé de Serigne Sam Mbaye, titré et daté dans lequel il évoque, devant une assistance composée essentiellement de disciples de la famille, les miracles de son illustre père Mame Cheikh Mbaye tels que déclinés par l’auteur.


Cependant il ne faudrait pas perdre de vue qu’il avait déjà commencé à animer, chez lui, des causeries à l’occasion de la célébration de la nuit de la naissance du Sceau des Prophètes (PSL). Ce fut un moment très attendu par les fidèles. Le public qui venait l’écouter raconter l’histoire des Prophètes (ASW) avec une aisance jamais égalée en sus d’une maitrise parfaite de la Sirra, ne cessait de s’agrandir au fil des années. Tenue (la causerie) d’habitude dans la véranda de la maison, il a été finalement obligé de sortir dans la cour plus prompte à accueillir les centaines de fidèles qui venaient l’écouter disserter sur la vie et l’œuvre du Prophète Mouhamed (PSL).


La forte affluence notée dans son domicile chaque année à l’heure de la causerie, l’obligea encore une fois à délocaliser la conférence hors de la maison dans un endroit plus spacieux. De concert avec son grand frère Serigne Ibrahima Mbaye qui était à l’époque le calife de la famille, ils ont décidé désormais de les tenir dans l’esplanade de la grande mosquée de Mame Cheikh où il animait, jusqu’à son rappel à Dieu en 1998, les conférences dédiées à la nuit du Maouloud.


Serigne Sam Mbaye avait commencé de ce fait par les causeries et les Gamou avant d’entamer, ce que l’on pourrait appeler, le cycle de ses grandes conférences islamiques qui le mèneront un peu partout à travers le monde (Gabon, Italie, France, Etats-Unis, Maroc, Espagne etc.). D’après nos recherches, les premiers à lui demander de faire des conférences pour eux furent la communauté Tidiane avec laquelle il entretenait d’excellentes relations et comptait beaucoup d’amis[[3]]url:#_ftn3 . Cette dernière avait en effet une longue tradition en matière d’organisation de conférences en termes notamment de préparation (planning, cadre d’accueil et sujets d’exposés), contrairement aux autres communautés qui avaient d’autres méthodes d’animation et de vulgarisation.


Les tidianes étaient alors les premiers à le convier à leurs rencontres et à l’engager pour des conférences sur des sujets se rapportant le plus souvent à la position de l’Islam sur certaines questions d’actualités. Ils s’intéressaient plus à la dimension intellectuelle de l’homme.


C’est par la suite que les mourides, eux aussi, commencent à l’inviter à leurs rencontres afin qu’il leur parle de leur guide et de l’histoire de leur confrérie vu la relation étroite qu’il y avait entre Serigne Touba et Mame Cheikh Mbaye Kabir. Pour rappel, Mame Cheikh Mbaye a fait une bonne partie de son apprentissage religieux auprès de Cheikhoul Khadim avec l’aval de son grand frère Serigne Abdoulaye Mbaye. Différentes formes d’alliances existent entre les familles Mbaye de Louga et Mbacké de Touba.


Ce n’est malheureusement pas l’objet de la présente contribution. Il faut retenir du reste, que les mourides qui ont très tôt reconnu chez Serigne Sam des talents d’orateur hors-pair ainsi qu’une parfaite maitrise des sujets qu’ils lui demandaient de traiter sur des thématiques aussi diverses que variées portant sur la voie mystique (soufisme), l’histoire du mouridisme, l’itinéraire spirituel de Cheikh Ahmadou Bamba, les signes annonciateurs de la fin du monde (aaxiru zaman), le Tawhid, le Fiqh entre autres sujets, ne le lâchèrent plus. L’une des conférences qui ont le plus renforcé sa communion avec la communauté mouride fut sans nul doute celle animée au siège de l’UNESCO à Paris en 1979, lors des journées culturelles Cheikh Ahmadou Bamba.


Serigne Sam était monté au créneau pendant plus d’une heure, en français, à parler du soufisme dans sa globalité et surtout de la dimension mystique de Cheikhoul Khadim et, plus de deux heures de temps, à répondre aux diverses questions de l’assistance en wolof, craie à la main face au tableau, tel un professeur devant ses élèves. Par la suite, il sera engagé par Cheikh Abdoul Ahad pour la traduction en français de plus d’une vingtaine d’ouvrages du Cheikh dont le Massalik Al Jinan traduit en 1978. L’amour qu’il avait des livres lui a valu le surnom de saahibul kuttub (l’ami des livres).


Outre les Tidiane et les Mourides, Serigne Sam était également fréquemment sollicité par la communauté Ibaadu Rahman dont il connaissait la plupart des têtes de fil au Sénégal pour avoir, non seulement cheminé avec eux dans les pays arabes, mais aussi rencontré au sein de l’Union Culturelle Musulmane avant son éclatement dans les années 1978. En 1989 au quartier Carrière de Thiès, il avait animé pour le compte de cette communauté islamique une conférence, ô combien intéressante et pleine d’enseignements, sur le thème de l’entraide entre les musulmans (Al Muhawuna). Il était tellement percutant durant son exposé que l’assistance avait du mal à contenir sa joie et sa satisfaction, ne cessant d’exalter ALLAH (SWT) à chaque fois que le conférencier mettait l’accent sur les maux véritables qui gangrènent la communauté musulmane ou encore sur l’Omnipotence, l’Omniprésence, l’Omniscient et/ou le caractère Absolu d’ALLAH (SWT). Comme il avait l’habitude de le dire, « lorsqu’une parole émane du tréfonds d’un être, elle n’aura pour réceptacle qu’un cœur purifié d’une personne pleine de sagesse » !



Si Serigne Sam avait cette envergure et cet aura dans la plupart des communautés musulmanes du Sénégal, c’est parce que ses propos ne sortaient point des enseignements de Dieu, du Coran et de la tradition prophétique. Il était un homme transversal et l’assumait pleinement. Ces propos tenus en 1996 lors d’une conférence qu’il animait à la Sicap l’attestent de fort belle manière : « C’est vrai que j’ai cité beaucoup d’érudits, de savants et de guides spirituels lors de la conférence. La raison est simple. Je dirai tout le bien de ce que je sais d’eux parce que je parle au nom de Dieu. Tous les hommes de Dieu qui sont des modèles dans la religion, je les prends toujours, autant qu’ils soient, comme des exemples à ériger en référence en faisant fi du reste de leurs appartenances confrériques ou d’écoles ».



Une telle démarche de sa part se comprend aisément parce que Serigne Sam a toujours prôné pour le rassemblement des musulmans même si cela, de son point de vue, devrait être précédé par une union sacrée des cœurs car pour lui, « regrouper une communauté d’hommes sans foi, c’est comme regrouper une meute de chacals ou de hyènes. Tôt ou tard ils finiront par te dévorer si tu dors ». Il a su être une sorte de trait d’union voire un médiateur entre les différentes communautés religieuses sénégalaises, et cela, grâce à sa transversalité légendaire. En somme, Serigne Sam Mbaye était tout simplement un « bienfait » communautaire car, comme le stipule à juste le Saint Coran « Inal fadlā bi yad lilaahi ».

Hommage à Serigne Dame SEYE, Serigne Mouride FALL et Baye Serigne MBAYE
Nous ne pouvons terminer cette contribution sans pour autant remercier ces personnes qui ont très tôt eu l’intelligence et la présence d’esprit d’enregistrer les conférences et autres causeries de Serigne Sam Mbaye de 1974 à 1998 (sa dernière conférence avait eu lieu le samedi 07 mars 1998 à Dépal Mbaye, village fondé par Serigne Abdoulaye frère ainé de Mame Cheikh, une semaine exactement avant son rappel à Dieu). Quel que soit le lieu où Serigne Sam était invité à animer une conférence sur le territoire national, tant que sa santé et sa disponibilité les lui permettaient, Serigne Dame Seye, fils de Serigne Abdou Maname Seye, le suivait pour immortaliser ses propos. Pour ce qui est de l’international, Serigne Sam prenait toujours le soin de lui rapporter les versions originales des enregistrements de ses conférences faites à l’extérieur du Sénégal. Au lendemain du rappel à Dieu de Serigne Sam en 1998, lors d’une émission commémorative sur la radio Kaolack, il déclarait détenir plus de huit (800) cassettes en bande magnétique contenant différentes conférences de Serigne Sam Mbaye. Une étude plus poussée nous a permis de répertorier environ six cents différentes conférences de Baye Sam tirées et datées.


Il existait une véritable complicité entre les deux hommes et d’ailleurs, Baye Sam ne l’a devancé au paradis que de 10 mois (il est décédé le 14 janvier 1999 dans un accident de voiture au 17ème jour du mois béni de ramadan coïncidant à la célèbre bataille de Badr sur l’axe Touba – Dakar en provenance de la ville sainte). Qu’ALLAH le Tout-Puissant lui accorde Sa Grâce et Sa Miséricorde et l’élève au rang de ceux qui ont dignement accompli leurs missions sur terre avec dévotion et rigueur ! Nous ne pouvons pas non plus oublier Serigne Mor Talla Fall, plus connu sous le nom Mouride FALL, commerçant à Sandaga pour qui, nous ne cesserons de prier afin que DIEU lui prête une longue vie auréolée de succès et surtout d’accomplissement parfait de ses différentes missions. C’est lui qui a filmé la plupart des vidéos de Serigne Sam.


Nous prions également pour le repos éternel de l’âme de l’Imam Abdallahi Mbaye Marèma (plus connu sous le nom de Baye Serigne Mbaye Marèma Ndiaye), petit frère, proche, compagnon et ami de Serigne Sam rappelé à Dieu ce 03 mars 2018 à Louga. Il avait été un des plus vaillants témoins de l’histoire et une source intarissable de savoirs pour nous qui faisons des recherches et investigations sur Serigne Sam Mbaye dans le cadre d’un ouvrage que nous nous proposons de publier bientôt, s’il plait à Dieu, revenant de long en large sur la vie et l’œuvre de cet homme multidimensionnel. Nous nous inclinons devant sa mémoire et prions ALLAH Le Très-Miséricordieux de l’accueillir dans Ses plus illustres Paradis.



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M. Abdoulaye CISSE, Sociologue.
Chercheur - Psychologue-conseiller
Courriel : abdoulayecissesam@gmail.com
Courriers : (+221) 77 443 0644 / 76 648 7688


[[1]]url:#_ftnref1 Cf. Hommage 2014, Serigne Saam Mbaye (1922 – 1998) : 16 ans déjà !
[[2]]url:#_ftnref2 Cf. Hommage 2017, Serigne Sam Mbaye : Au-delà du mystique, l’intellectuel !
[[3]]url:#_ftnref3 Dans notre ouvrage à paraitre bientôt vous en saurez davantage s’il plait à Dieu.















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