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Affaire des «audiences fictives» de la Cour d’appel : la confession de «grand bi»

Amadou Lamine Diagne, le cerveau de l’affaire dite des audiences fictives à la Cour d’appel, sera interrogé dans le fond le jeudi 7 décembre prochain. Celui que ses deux complices présumés appelaient‘’ Grand Bi’’ s’était déjà lâché devant les enquêteurs de la Section de Recherches qui l’avaient, à vrai dire, encerclé après des mois de filature.


Rédigé par leral.net le Lundi 4 Décembre 2017 à 10:28 | | 0 commentaire(s)|

Comme le révélait Libération, c’est le jeudi 7 décembre prochain qu’Amadou Lamine Diagne, l’homme au cœur du scandale qui secoue le Palais de Justice, sera entendu dans le fond par le doyen des juges. Le magistrat a interrogé plusieurs bénéficiaires de ces actes frauduleux et il faudrait s’attendre à de nouvelles révélations à la fin de l’instruction. Déjà Amadou Lamine Diagne s’est confessé devant les gendarmes de la Section Recherches de Dakar, qui ont éventé ce scandale qui éclabousse la Justice.

Des sources rapportent qu’il avait tenté dans un premier temps, de nier partiellement les faits lors de son interrogatoire sous le régime de la garde-à-vue, non sans essayer de mouiller des magistrats. « J’ai fait 35 ans de service dans l’administration pénitentiaire dont 25 ans à la Cour d’appel de Dakar. Les gens me sollicitent lorsqu’ils ont des dossiers d’appel pour que je les aide. Je fais des interventions auprès des juges pour obtenir des libérations ou des réductions de peine. Ils ne me donnent rien en retour et je le fais uniquement pour aider. »

« Comment j’organisais les audiences fictives »

Une version mise en mal par les enquêteurs. Une source au courant du dossier, avance que les enquêteurs ont fait de suite comprendre à Amadou Lamine Diagne qu’Issakha Lakhoune et Moussa Ndiaye, ses deux complices tombés en même temps que lui, soutiennent qu’ils ont de solides relations avec lui. Ils l’appellent d’ailleurs affectueusement, ‘’Grand Bi’’. Mieux, ils lui font remarquer que lors de leurs interrogatoires, ils ont déclaré n’être que des intermédiaires entre Amadou Lamine Diagne et les détenus qui avaient besoin de ses services. Se sachant cerné, ‘’Grand Bi’’ change de version : « Ce sont eux qui demandent mes services mais je ne fixe pas de montant. S’ils me donnent de l’argent, je prends ».

Les pandores enchaînent et révèlent au mis en cause présumé, avoir remarqué des traces d’envois d’argent entre lui et ses deux « boys ». Là, le sieur Diagne commence à se lâcher: « C’est vrai, ils le font à ma demande parfois au nom de mes enfants. S’ils reçoivent de l’argent, ils me donnent entre 150.000 et 200.000 FCfa. »

Les enquêteurs entrent dans la brèche et demandent à Amadou Lamine Diagne comment il arrive à obtenir des « résultats », surtout dans des dossiers aussi complexes comme le trafic de drogue et le viol. Sa réponse: «ce sont les parents qui viennent nous de- mander de l’aide seulement. On n’y peut rien. (...) Je ne travaille qu’avec les nommés Issakha Lakhoum et Moussa Ndiaye. Ces personnes sont approchées par les parents des détenus pour que je fasse des faveurs. Je leur demande de discuter avec les parents des détenus sur les modalités de versement. Après avoir reçu l’argent, ils prennent une commission et m’envoient le reste. Moussa Ndiaye m’envoie le plus souvent l’argent en intégralité. Parfois, il rouspète du fait que je lui en donne rarement. Les messages, c’est pour vérifier l’existence des dossiers. »

Les gendarmes sortent leur carte secrète, en affirmant au mis en cause présumé avoir reçu le jour de son interpellation, des parents de détenus venus lui remettre de l’argent dans son bureau pour « gérer » un dossier. Ce que M. Diagne ignore, c’est qu’il s’agissait d’une équipe infiltrée. Or, il soutenait peu avant qu’il ne recevait jamais de « clients » dans son bureau. « Ils sont venus à mon bureau pour la libération de leur parent détenu transféré à Saint-Louis. J’étais tombé d’accord avec eux sur un montant de 150.000 FCfa. »

Les aveux d’un ancien client devenu une fois le piège refermé, lieutenant Amadou Lamine Diagne avoue aussi avoir souvent fait croire à trois juges, qui ignorent ses activités délictuelles, que des « clients » étaient en fait des parents à lui en difficulté avec la loi. « Pour le cas de Charles Anene (ndlr, condamné pour trafic de drogue être lâché après paiement d’une somme par son épouse), je programme une ‘’audience sans dossier’’ qui est fictive, surtout pour les détenus transférés en dehors de Dakar en prenant les filiations pour pouvoir envoyer la citation dans les prisons des régions.

Une ‘’audience sans dossier’’ me permet d’obtenir le classement sans suite du dossier et le détenu sera libéré. C'est une audience fictive et vu que dans nos machines, les informaticiens ont déjà installé la signature scannée des juges je ne fais que copier cela. Pour le cas de Charles Anene, c’est sa femme qui m’a remis, main à main, 200.000 FCfa du fait de la complexité du dossier. Je lui ai créé une ‘’audience sans dossier’’ en créant un dossier fictif, avec la signature scannée du juge de l’époque. »

Si ‘’Grand Bi’’ s’est confessé devant les enquêteurs, c’est parce que ces « boys » sont passés à table. La preuve par Moussa Ndiaye, un de ses lieutenants. Une source explique sa confession face aux enquêteurs : « J’ai été incarcéré en 2013 à la prison de Rebeuss où j’ai fait 9 mois. Par la suite, j’ai été transféré à Thiès. Pour une affaire de chanvre indien, je devais purger une peine de deux ans. C’est à cette époque qu’un de mes codétenus m’avait mis en rapport avec Amadou Lamine Diagne, car ce dernier devait l’aider à sortir dans quelques jours. C’est ainsi que mes amis et parents se sont organisés pour réunir 200.000 FCfa pour qu’il me fasse sortir.

Quelques temps après ma sortie, deux de mes voisins avaient des problèmes judiciaires. Leurs parents sont venus me voir pour intervenir auprès d’Amadou Lamine Diagne puisqu’ils devaient purger une peine de deux ans ferme. J’ai fait les démarches auprès de Amadou Lamine Diagne qui a exigé qu’ils payent chacun 150.000 FCfa. Après la Korité 2017, ils ont été libérés car il avait demandé de faire appel. La demande d’appel est remise aux parents qui me l’ont transmise avant que je la donne à Amadou Lamine Diagne. (...) À chaque fois que des parents de détenus le sollicitaient, il leur demandait de faire appel. Je lui transmettais le numéro d’appel et les filiations pour qu’il fasse les démarches. »



Libération



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