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Afrique : Eau et assainissement au cœur de l'agenda continental

Réunis à Addis-Abeba en marge du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine, les chefs d’État ont officiellement lancé la Vision africaine de l’eau 2063, consacrant l’eau et l’assainissement comme priorités politiques majeures d’un continent où plus de 400 millions de personnes, n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre.


Rédigé par leral.net le Vendredi 20 Février 2026 à 14:44 | | 0 commentaire(s)|

À l’issue du 39ᵉ Sommet ordinaire de l’Union africaine, les Chefs d’État ont réaffirmé les priorités politiques majeures du continent autour de l’eau et l’assainissement, désormais reconnus comme des leviers essentiels de la transformation économique, de la résilience climatique, de l’intégration régionale et de la prospérité à long terme de l’Afrique.

Cette nouvelle dynamique s’est concrétisée avec le lancement officiel, le 15 février 2026 à Addis-Abeba, de la Vision et Politique africaines de l’eau 2063, en marge d’un événement de haut niveau consacré à la disponibilité durable de l’eau et aux systèmes d’assainissement sûrs, en appui à la mise en œuvre de l’Agenda 2063.

Endossée par les chefs d’État et de gouvernement, la Vision africaine de l’eau 2063 définit un cadre commun visant à garantir la disponibilité durable de l’eau, assurer l’accès universel à des services d’assainissement sûrs, mobiliser des investissements résilients face au climat, renforcer la gouvernance et la redevabilité, tout en promouvant la coopération transfrontalière sur les ressources hydriques.

Articulée autour de huit piliers stratégiques – allant de l’accès universel à la protection des écosystèmes, en passant par la gestion concertée des bassins, le développement du capital humain et des systèmes de données fiables – cette Vision servira de socle à l’élaboration d’un cadre continental de mise en œuvre de l’Agenda 2063. Elle constituera également la base de la position commune africaine pour la Conférence des Nations Unies sur l’eau prévue en 2026.

« Un tournant historique » pour le continent

Représentant le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, le commissaire à l’Agriculture, au Développement rural, à l’Économie bleue et à l’Environnement durable (ARBE), Moses Vilakati, a qualifié la décision des chefs d’État de consacrer l’année 2026 à l’eau et à l’assainissement, de « tournant historique ».

« Investir dans l’eau et l’assainissement n’est pas un coût. C’est l’un des investissements au rendement le plus élevé que l’Afrique puisse réaliser. Si nous sécurisons l’eau et l’assainissement, nous sécurisons la transformation économique du continent », a-t-il déclaré, soulignant le retard persistant de l’Afrique dans ses engagements, en raison notamment du sous-financement chronique du secteur.

Selon les données présentées, plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre, tandis que plus de 700 millions sont privés de services d’assainissement adéquats. Le déficit annuel d’investissement est estimé à 30 milliards de dollars, alors que les États n’allouent en moyenne que 0,17 % à 0,77 % de leur PIB au secteur, bien en-deçà des 4 % requis pour atteindre l’accès universel.

L’insuffisance des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH), coûte par ailleurs à l’Afrique subsaharienne, entre 4,3 % et 5 % de son PIB chaque année, en raison de lourdes pertes en productivité, en santé publique et en développement économique.

Pour sa part, le ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement et président du Conseil des ministres africains de l’eau (AMCOW), Cheikh Tidiane Dièye, a décrit la Vision comme « une stratégie continentale pour la prospérité, la paix et la résilience ».

« Nous n’inaugurons pas simplement un document, mais une nouvelle ère de détermination collective », a-t-il affirmé.

Le lancement officiel a été conduit, au nom du président zambien Hakainde Hichilema, par le ministre zambien de l’Eau et de l’Assainissement, Collins Nzovu, qui a qualifié la Vision de « plan structurant pour l’avenir du continent ».

« L’eau est la ressource stratégique la plus vitale de l’Afrique. Elle soutient nos populations, alimente nos industries et relie nos nations. La coopération n’est plus une option, c’est une condition de survie », a-t-il déclaré, appelant à combler le déficit annuel d’investissement estimé à 30 milliards de dollars.

De l’engagement politique à l’action concrète

Pour Abdoulaye Sène, ingénieur hydraulicien et président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest, les décisions issues du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine marquent une avancée significative.

« C’est une avancée majeure pour la prospérité et le développement durable. Nous nous réjouissons du choix des chefs d’État, de consacrer essentiellement ce sommet à l’eau », a-t-il déclaré, rappelant que 2026 a été proclamée Année africaine de l’eau, « un engagement politique susceptible de produire des changements durables ».

Selon lui, l’alignement de la Vision africaine de l’eau 2063 sur l’Agenda 2063 ouvre la voie à des efforts renforcés des États, à travers des politiques publiques cohérentes, des programmes nationaux ambitieux et des budgets dédiés à l’eau et à l’assainissement.

Abdoulaye Sène a également insisté sur la nécessité pour l’Afrique, d’aborder la Conférence des Nations Unies sur l’eau, prévue en décembre 2026 aux Émirats arabes unis, avec des propositions concrètes et des mécanismes contraignants. « En 2023, près de 700 engagements avaient été pris, mais très peu ont été mis en œuvre, faute de mécanismes de suivi », a-t-il rappelé.

Il a par ailleurs mis en avant le Programme continental africain d’investissement dans le secteur de l’eau (PAI), adopté par les chefs d’État de l’Union africaine, qui estime les besoins financiers à 60 milliards de dollars par an, d’ici à 2030, pour atteindre les objectifs fixés.

« Disposer de financements ne suffit pas. Il faut investir dans des infrastructures adaptées, résilientes et intégrant les effets du changement climatique », a-t-il souligné, mettant en exergue le rôle du Partenariat mondial de l’eau (GWP) et des institutions financières multilatérales dans le déploiement de mécanismes innovants.

Vers une nouvelle architecture de financement

Dans un contexte international marqué par des crises multiples et un multilatéralisme fragilisé, Abdoulaye Sène a plaidé pour une nouvelle architecture de financement, rappelant que « l’accès à l’eau est un droit fondamental » et ne peut être traité comme une simple marchandise.

Dans cette dynamique, l’Union européenne soutient la Vision africaine de l’eau 2063 à travers l’initiative Blue Africa Action, cofinancée avec l’Allemagne et mise en œuvre en partenariat avec la Commission de l’Union africaine et l’AMCOW.

Avec l’adoption de cette Vision, les dirigeants africains affirment leur conviction qu’assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement, c’est garantir l’avenir du continent.

Reste désormais à traduire cette ambition politique en actions concrètes, afin que l’Afrique ne demeure plus le continent de pénuries évitables.





Apanews

Mame Fatou Kebe