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Bongolo, carrefour des dérives : chronique d'une passoire sécuritaire et économique ?

Rédigé par leral.net le Dimanche 28 Juin 2026 à 11:37 | | 0 commentaire(s)|

À Bongolo, la frontière n'est plus une ligne de souveraineté. Elle est devenue un simple point de passage, poreux, contourné, parfois ignoré. Dans ce quartier stratégique aux portes de Lébamba, les flux ne se contrôlent plus : ils se subissent. Et avec eux, s'installent progressivement des pratiques qui fragilisent à la fois l'économie locale, l'ordre public et l'autorité de l'État.
Ce qui relevait hier de circuits informels tolérés s'est aujourd'hui mué en véritable système. Des (...)

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À Bongolo, la frontière n'est plus une ligne de souveraineté. Elle est devenue un simple point de passage, poreux, contourné, parfois ignoré. Dans ce quartier stratégique aux portes de Lébamba, les flux ne se contrôlent plus : ils se subissent. Et avec eux, s'installent progressivement des pratiques qui fragilisent à la fois l'économie locale, l'ordre public et l'autorité de l'État.

Ce qui relevait hier de circuits informels tolérés s'est aujourd'hui mué en véritable système. Des marchandises transitent par le Congo voisin avant de réapparaître discrètement sur le marché local, échappant à tout encadrement.

Produits alimentaires, biens de consommation, carburant parfois : tout circule, sans traçabilité, sans contrôle sanitaire, sans fiscalité.

Mais le phénomène a franchi un cap supplémentaire, plus inquiétant encore.
La nuit, lorsque la ville dort, Bongolo devient le théâtre d'un ballet discret mais intense de motos engagées dans un transport clandestin.

Ces circulations tardives, difficilement contrôlables, constituent aujourd'hui la principale porte d'entrée de nombreux trafics. Chanvre indien, « tabac Congo », cartouches, cigarettes de contrebande, et même des pierres précieuses destinées à être écoulées auprès d'opérateurs économiques installés à Lébamba : tout transite à l'abri des regards.

Ce trafic nocturne n'est pas anodin. Il structure une économie souterraine organisée, mobile et difficile à intercepter. Il favorise l'ancrage de réseaux capables de contourner durablement l'autorité publique. Bongolo n'est plus seulement une passoire commerciale : il devient un point névralgique de circulation de produits illicites.

Les conséquences sont multiples. Concurrence déloyale, perte de recettes fiscales, risques sanitaires, mais aussi montée potentielle de l'insécurité. Car là où circulent les trafics, s'installent souvent d'autres formes de criminalité.

Face à cette situation, les chefs de quartier ne se contentent plus de constater. Ils alertent.
Et leur constat est sans appel : l'absence de présence sécuritaire permanente a créé un vide dont profitent les réseaux informels.

Certes, la gendarmerie mène des contrôles ponctuels, notamment au niveau de Makombo.
Mais ces actions restent limitées dans le temps et dans l'espace. Elles ne permettent pas de répondre efficacement à des trafics qui, eux, s'organisent précisément en dehors des heures de surveillance.

La création annoncée d'un poste de contrôle à Bongolo constitue une première réponse. Elle permettra de filtrer les flux en journée et de dissuader certains mouvements. Mais elle ne saurait suffire face à l'ampleur et à la sophistication des pratiques observées.
La situation actuelle impose un changement d'échelle.

Il devient indispensable de doter Bongolo d'un véritable commissariat de police, avec en son sein une unité de police judiciaire.

Une telle structure permettrait non seulement d'assurer une présence permanente, mais aussi de mener des enquêtes, de démanteler les réseaux et de traiter les infractions dans leur profondeur.

Car il ne s'agit plus seulement de contrôler : il faut désormais comprendre, infiltrer et neutraliser.

Parallèlement, le renforcement des moyens logistiques, la mise en place de patrouilles nocturnes ciblées et l'amélioration du renseignement de proximité sont essentiels pour reprendre le contrôle de ce territoire.

Une coopération transfrontalière avec les autorités congolaises apparaît également nécessaire, afin de limiter les circuits d'approvisionnement à la source.

Enfin, toute stratégie efficace devra intégrer une dimension économique et sociale.
Lutter contre les trafics suppose aussi d'offrir des alternatives viables à ceux qui y trouvent aujourd'hui un moyen de subsistance.Bongolo n'est pas condamné à rester un carrefour des dérives.

Mais sans une réponse ferme, structurée et durable, le quartier continuera de glisser vers une normalisation de l'illégalité.

Restaurer l'autorité de l'État à Bongolo, ce n'est pas seulement ériger un poste de contrôle. C'est rétablir une présence, imposer des règles et garantir que la nuit ne soit plus le refuge de tous les abus.

Car lorsqu'un territoire devient une passoire, ce n'est pas seulement la sécurité qui fuit. C'est aussi la confiance.

Étienne MAKOUNGOU, Penseur libre de Lowa



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/societe/article/...