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CONFORMITE FINANCIERE OUEST-AFRICAINE : Cellou Diallo aux commandes


Rédigé par leral.net le Vendredi 10 Juillet 2026 à 00:52 | | 0 commentaire(s)|

Dans le cadre du Sommet des Compliance Officers d'Afrique de l'Ouest organisé à Saly Portudal (Sénégal) sous l'égide du GIABA, c’est Cellou Diallo, Directeur de la Conformité d'Ecobank Sénégal, qui a été choisi pour piloter l'une des fonctions les plus stratégiques et les moins visibles de la finance régionale.
CONFORMITE FINANCIERE OUEST-AFRICAINE : Cellou Diallo aux commandes
Président du COFGMS, le Forum des Responsables de Conformité des entités déclarantes des États membres du Groupe Intergouvernemental d'Action contre le Blanchiment d'Argent en Afrique de l'Ouest. C’est désormais ce prestigieux titre qu’il porte, lui, Cellou Diallo, silhouette frêle, tête pleine mais discret comme la fonction de Directeur de la Conformité Ecobank Sénégal qu’il occupe jusque-là.

Dans le cadre du Sommet des Compliance Officers d'Afrique de l'Ouest organisé du 29 juin au 02 juillet 2025 à Saly Portudal (Sénégal) sous l'égide du GIABA, il a été choisi pour piloter, pour un mandat de deux ans, renouvelable une fois, l'une des fonctions les plus stratégiques et les moins visibles de la finance régionale.

Vingt ans de métier. Une élection par ses pairs. Et une feuille de route qui, derrière sa sobriété apparente, touche à des enjeux d'une portée considérable pour l'intégrité financière de toute la sous-région.

Le COFGMS ?

Le COFGMS n'est pas une institution réglementaire. Ce n'est pas non plus un organe de surveillance. C'est le forum qui réunit les responsables de la conformité (les compliance officers) des entités dites "assujettis" dans les États membres du GIABA : banques, établissements de monnaie électronique, compagnies d'assurance, institutions de microfinance, et progressivement les entreprises et professions non financières désignées (notaires, avocats, agents immobiliers, comptables, marchands de métaux précieux).

Ce sont ces hommes comme Cellou Diallo, et ces femmes qui constituent, concrètement, la première ligne de défense contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes. Ce sont eux qui décident, au quotidien, si une transaction est suspecte, si un client présente un profil à risque, si une déclaration de soupçon doit être transmise à la Cellule nationale de renseignement financier. Ce sont eux qui traduisent en actes opérationnels les normes du GAFI (le Groupe d'Action Financière internationale) que les États s'engagent à respecter sous peine d'être inscrits sur les listes grises ou noires qui ferment l'accès aux marchés financiers mondiaux.

Le GIABA, leur institution de tutelle, est l'organisme régional créé par la CEDEAO en 2000 pour coordonner les efforts de lutte contre la criminalité financière dans ses dix-sept États membres. Il est lui-même membre associé du GAFI. Ses évaluations mutuelles (audits réguliers de la conformité de chaque pays aux normes internationales) ont des conséquences directes sur la réputation et l'accès aux financements de chaque économie de la zone.
 
Ce que l'élection de Cellou Diallo signifie vraiment

L'élection est une consécration personnelle (vingt ans dans un métier de l'ombre, exercé avec une rigueur suffisante pour convaincre des pairs venus de toute l'Afrique de l'Ouest). Mais elle a aussi une portée institutionnelle.

Cellou Diallo prend les rênes du COFGMS à un moment charnière pour la conformité financière en Afrique de l'Ouest. En mars 2025, la BCEAO a publié trois nouvelles instructions (les numéros 001, 002 et 003) qui renforcent considérablement les obligations des institutions financières de la zone UEMOA en matière de LBC/FT/FP. Désignation obligatoire d'un responsable conformité rattachée directement à la direction générale, formation annuelle obligatoire de l'ensemble du personnel, abaissement des seuils de déclaration, durcissement des procédures KYC (lire kywaïci). Ces textes transforment en profondeur les pratiques des banques et établissements financiers (et les compliance officers sont en première ligne pour les mettre en œuvre).

Simultanément, plusieurs pays de la sous-région font l'objet d'une attention accrue du GAFI et du GIABA en raison de leurs liens étroits avec l'expansion de l'économie informelle, de la persistance des actionnaires prête-noms, des sociétés écrans et des structures fiduciaires qui rendent les transactions financières opaques. Seuls le Ghana, le Nigeria et le Sénégal disposent à ce jour de cadres de transparence solides en matière de bénéficiaires effectifs. Le reste de la zone reste exposé à des risques significatifs de blanchiment via les personnes morales.
C'est dans ce contexte sous tension que Cellou Diallo arrive à la présidence du COFGMS.
 
Une feuille de route aux ambitions déclarées

Trois axes structurent le mandat du nouveau président, et chacun mérite qu'on s'y arrête.
Le premier (renforcer la visibilité du COFGMS) peut sembler modeste. Il ne l'est pas. Une association dont les membres constituent la première ligne de défense contre la criminalité financière régionale, et qui "demeure encore insuffisamment connue" selon les propres termes de son président, révèle un problème structurel : la conformité est traitée comme une contrainte réglementaire plutôt que comme un outil stratégique. Changer cette perception, auprès des dirigeants d'établissements financiers comme des pouvoirs publics, est une tâche de long terme qui conditionne l'efficacité de tout le dispositif.

Le deuxième axe (élargir le périmètre aux EPNFD, les entreprises et professions non financières désignées) est directement lié aux failles identifiées par le GAFI dans ses évaluations de la zone. Le secteur immobilier, les professions juridiques, les marchands de pierres précieuses et les prestataires de services aux entreprises constituent des vecteurs majeurs de blanchiment que les dispositifs actuels peinent à couvrir. Les intégrer au réseau des assujettis déclarants, avec des compliance officers formés et fonctionnels, est l'un des chantiers les plus complexes (et les plus urgents) de la conformité ouest-africaine.

Le troisième axe est le plus politique, et le plus ambitieux : viser l'émancipation du COFGMS de la tutelle du GIABA. Il ne s'agit pas d'une rupture (le GIABA reste l'institution de référence régionale) mais d'une autonomisation progressive qui permettrait au forum des compliance officers d'avoir sa propre voix, son propre agenda, sa propre capacité d'influence sur les normes et les pratiques. C'est, en creux, la reconnaissance que les praticiens de terrain ont des réalités et des besoins qui ne sont pas toujours alignés avec les priorités institutionnelles des régulateurs.
 
L'enjeu de fond : l'intégrité financière comme condition du développement

Il serait tentant de traiter cette nomination comme un fait divers institutionnel (un poste de plus dans la galaxie des organisations sous-régionales). Ce serait passer à côté de l'essentiel.

L'Afrique de l'Ouest est une zone où la criminalité financière prospère sur des terrains bien documentés : économie informelle dominante, faible transparence des structures juridiques, capacités d'enquête limitées, coopération judiciaire insuffisante entre États. Le GAFI l'a rappelé avec force dans ses derniers rapports, et les évaluations mutuelles en cours dans plusieurs pays de la CEDEAO dessinent un tableau préoccupant.

Dans ce contexte, les compliance officers ne sont pas des techniciens de la réglementation. Ils sont les gardiens de l'intégrité du système financier (le verrou humain entre l'argent sale et les circuits légaux). Leur efficacité conditionne la réputation des places financières régionales, l'accès des banques aux correspondants bancaires internationaux, et in fine la capacité des économies de la zone à attirer des capitaux propres.

Cellou Diallo le sait mieux que quiconque. Vingt ans chez Ecobank, le premier groupe bancaire panafricain présent dans trente-cinq pays, lui ont donné une vision régionale rare dans un métier qui souffre encore de trop de silos nationaux. C'est cette vision qu'il apporte à la tête du COFGMS.

Le sommet de Saly Portudal avait pour thème "Transformer la Conformité à l'ère du numérique". La formule est juste (le numérique crée de nouveaux vecteurs de blanchiment aussi vite que les régulateurs tentent de les encadrer, du Mobile Money aux crypto-actifs). “J’accueille cette élection à la fois comme une consécration après 20 ans d’engagement dans le métier, et comme une responsabilité majeure. C’est la confiance que mes pairs ont placée en moi pour porter les transformations nécessaires à l’ère du numérique”, réagit M. Diallo.

Mais la transformation dont parle Cellou Diallo va au-delà des outils. Elle touche à la place que la conformité occupe dans la gouvernance des institutions financières et dans les politiques publiques des États.
C'est ce chantier-là qu'il vient d'accepter de porter. Pour deux ans, renouvelables.
Malick NDAW
 
 
 



Source : https://www.lejecos.com/CONFORMITE-FINANCIERE-OUES...

La rédaction