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Coronavirus: où en sont les recherches sur les traitements et les vaccins?

Alors qu'un anti-paludique français est jugé "prometteur", un vaccin américain est entré dans sa dernière phase d'essais cliniques.
La guerre a commencé, et sa durée dépend en grande partie, des laboratoires. Alors que la course mondiale pour trouver vaccins et traitements contre le coronavirus est lancée depuis plusieurs semaines, un premier essai clinique est notamment en cours aux Etats-Unis.


Rédigé par leral.net le Samedi 21 Mars 2020 à 13:17 | | 0 commentaire(s)|

"Cela va être beaucoup d'essais, beaucoup d'erreurs, mais nous avons beaucoup d'options à explorer", juge Benjamin Neuman, virologue à la Texas A&M University-Texarkana. Car jamais un vaccin très efficace contre un membre de la famille des coronavirus n'a été conçu pour les humains.

En France, le laboratoire Sanofi s'est quant à lui dit prêt à offrir de l'anti-paludique pour traiter 300 000 malades après des essais jugés "prometteurs".

Voici un tour d'horizon des acteurs du secteur pharmaceutique - petits ou grands - qui prennent part à cette compétition vitale :

La chloroquine, un anti-paludique "prometteur"
Les essais cliniques de chloroquine, un anti-paludique, menés à Marseille pour soigner les malades atteints du Covid-19 sont "prometteurs" et vont être étendus, a indiqué mardi le gouvernement.

"J'ai pris connaissance des résultats et j'ai donné l'autorisation pour qu'un essai plus vaste par d'autres équipes puisse être initié dans les plus brefs délais sur un plus grand nombre de patients", a indiqué lors d'une conférence de presse téléphonique le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant que ces essais "ont déjà commencé à Lille je crois".

Le professeur Didier Raoult, qui teste la chloroquine à l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille, a affirmé lundi que son effet contre le coronavirus était spectaculaire avec la disparition du virus en six jours auprès des trois quarts des patients. Mais plusieurs experts appellent à la prudence en l'absence d'études plus poussées et en raison de ses effets indésirables qui peuvent être graves, notamment en cas de surdosage.



La chloroquine est un anti-paludique utilisé depuis plusieurs décennies et commercialisé notamment sous le nom de Nivaquine. Ce traitement est souvent recommandé lorsqu'on prévoit de se rendre en zone infestée par le parasite du paludisme, transmis par les moustiques.

Le vaccin mRNA-1273
A Seattle, le premier essai clinique pour tester un vaccin candidat contre le nouveau coronavirus a débuté lundi, ont indiqué les autorités sanitaires américaines.

Le vaccin se nomme mRNA-1273 et a été développé par des scientifiques des Instituts nationaux de santé américains (NIH) et de l'entreprise de biotechnologies Moderna, basée à Cambridge dans l'Etat du Massachusetts. Ils espèrent une disponibilité d'ici 12 à 18 mois.

Les participants devront encore passer par différentes phases afin de déterminer si le vaccin est efficace et sécurisé. Si tout se déroule comme prévu, il pourrait alors être commercialisé d'ici un an et demi, dans l'hypothèse où l'épidémie se prolongerait jusqu'à la prochaine saison grippale.

Le remdesivir, premier traitement sur le marché ?
De tous les médicaments en lice pour combattre le Covid-19, le remdesivir de l'Américain Gilead pourrait être le premier à arriver sur le marché, dans les prochains mois.

L'antiviral a été développé contre d'autres virus comme Ebola (sans être efficace) et n'a encore été approuvé nulle part. Mais il a été prometteur dans le traitement de patients atteints du coronavirus en Chine, selon des médecins, et a été utilisé pour aider à soigner deux patients aux Etats-Unis et en France.

"Il n'y a pour l'instant qu'un seul médicament dont nous pensons qu'il pourrait avoir une réelle efficacité. Et c'est le remdesivir", a indiqué lors d'une conférence de presse Bruce Aylward, un responsable de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Lorsque les virus se répliquent, ils le font "rapidement et un peu négligemment", selon le virologue Benjamin Neuman. Le remdesivir pourrait être incorporé dans le virus lors d'une de ces réplications. L'antiviral ajouterait au virus des mutations non désirées qui pourraient le détruire.

Un antigrippal fourni par Fujifilm
Il a d'abord été testé à bord du Diamond Princess, le navire de croisière mis en quarantaine. Un hôpital japonais avait utilisé un médicament antigrippal, l'Avigan ou Favipiravir, pour traiter un patient infecté par le coronavirus. Le gouvernement japonais envisageait de promouvoir un tel traitement s'il s'avérait efficace.

Et le ministère chinois de la Science et de la Technologie a affirmé mardi que des essais cliniques sur le principe actif du médicament avaient donné de "très bons résultats" pour traiter le Covid-19, rapporte Le Figaro. Il est fourni par l'ex-champion de la photo partiellement reconverti en laboratoire pharmaceutique, Fujifilm.

Regeneron développe un vaccin et un traitement à la fois
Regeneron a développé l'année dernière un médicament, administré par voie intraveineuse, connu sous le nom "d'anticorps monoclonaux", qui a permis d'améliorer de manière significative le taux de survie de patients touchés par le virus Ebola.

Le médicament pourrait fonctionner à la fois comme un traitement et un vaccin, en l'administrant à des personnes avant qu'elles soient exposées, même si les effets ne seraient que temporaires car les anticorps ne feront pas partie de la mémoire du système immunitaire des individus.

Regeneron tente aussi de lutter contre l'inflammation des poumons qui se développe lors des formes sévères du nouveau coronavirus en utilisant un autre de ses médicaments, Kevzara, destiné à l'origine à traiter les inflammations dues à l'arthrite. Ce dernier traite ainsi un symptôme et non le virus en lui-même.

La technologie de recombinaison de l'ADN
Le groupe pharmaceutique français Sanofi s'est associé au ministère américain de la Santé pour développer lui aussi un candidat vaccin, en utilisant une "technologie de recombinaison de l'ADN".

Elle consiste à combiner l'ADN du virus avec l'ADN d'un virus inoffensif afin de créer une nouvelle entité cellulaire à même de provoquer une réponse immunitaire. Les antigènes créés par cette opération peuvent ensuite être reproduits à grande échelle.

Cette technologie est déjà à la base du vaccin de Sanofi contre la grippe. Grâce à ses travaux de recherche sur le Sras, notamment son candidat vaccin qui a fait preuve d'une protection partielle sur des animaux, l'entreprise pense avoir "une longueur d'avance" dans la mise au point rapide d'un vaccin contre le Covid-19.

David Loew, vice-président exécutif et responsable de Sanofi Pasteur, a estimé pouvoir disposer d'un candidat vaccin "dans moins de six mois" et potentiellement entrer en essai clinique "dans environ un an à un an et demi".

Un autre vaccin américain d'ici la fin de l'année?
Inovio, société américaine de biotechnologies, travaille depuis sa création en 1983 sur des vaccins ADN, qui fonctionnent comme les autres vaccins à base d'ARN évoqués plus haut, mais plus en amont de la chaîne.

L'ADN est comme un livre de référence dans une librairie, et l'ARN est similaire à la photocopie d'une page de ce livre où il y aurait les instructions pour effectuer une tâche.

"Nous prévoyons de commencer les essais cliniques aux Etats-Unis en avril et ensuite rapidement en Chine et en Corée du Sud, où l'épidémie touche le plus de gens", a déclaré dans un communiqué J. Joseph Kim, président d'Inovio. "Nous avons l'intention de livrer un million de doses d'ici la fin de l'année grâce à nos ressources et nos capacités existantes".

Les autres recherches notables
Comme Moderna, CureVac travaille avec l'université de Queensland sur un vaccin avec "ARN messager". Son PDG Daniel Menichella a rencontré des responsables de la Maison Blanche il y a quelques jours et prévoit un vaccin candidat d'ici quelques mois.

Le mastodonte britannique GlaxoSmithKline (GSK) collabore avec une biotech chinoise pour mettre à disposition sa technologie de fabrication d'adjuvants pour les vaccins contre les épidémies.

Aux Etats-Unis, l'entreprise pharmaceutique Johnson & Johnson envisage d'utiliser certains de ses médicaments afin de voir s'ils peuvent aider à traiter les symptômes des patients déjà infectés par le virus. Elle travaille aussi sur le développement d'un vaccin avec une version désactivée du pathogène.

L'entreprise californienne de biotechnologies Vir a isolé des anticorps de survivants du Sras pour analyser s'ils pouvaient traiter le nouveau coronavirus. Son laboratoire a déjà développé des traitements contre Ebola et d'autres maladies.




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