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Excellence, le temps des maquettes est révolu, place à la rigueur des résultats

Rédigé par leral.net le Samedi 20 Juin 2026 à 09:10 | | 0 commentaire(s)|

Excellence Monsieur le Président Brice Clotaire Oligui Nguema,
Je vous encourage à tenir ferme sur cette affirmation : vous ne serez pas un Président des maquettes, vous êtes un bâtisseur. Mais Excellence, vous êtes à la tête d'un gouvernement dont certains ministres font des promesses et des annonces sans feuille de route. Votre discours sur l'état de la nation devant les deux chambres réunies l'a confirmé.
Vous nous avez rapporté les discours et promesses que certains ministres et (...)

- LIBRE PROPOS /

Excellence Monsieur le Président Brice Clotaire Oligui Nguema,

Je vous encourage à tenir ferme sur cette affirmation : vous ne serez pas un Président des maquettes, vous êtes un bâtisseur. Mais Excellence, vous êtes à la tête d'un gouvernement dont certains ministres font des promesses et des annonces sans feuille de route. Votre discours sur l'état de la nation devant les deux chambres réunies l'a confirmé.

Vous nous avez rapporté les discours et promesses que certains ministres et cadres de la République vous ont tenus au cours de vos différentes séances de travail. Sur les questions d'énergie, de la vie chère et bien d'autres, ils ont voulu vous servir des explications approximatives. C'est inimaginable qu'en face de vous, des personnes assermentées et installées par vos soins, viennent présenter un "costume cousu" à la manière d'un costume d'Arlequin.

Excellence, certains de vos ministres annoncent des chiffres invraisemblables sur la création d'emplois dans de nombreux secteurs d'activité. Or, nous savons que cela n'est pas possible dans la situation actuelle, surtout sans structuration préalable.

Je prendrai l'exemple du secteur agricole, dont vous avez parlé dans votre discours. Pour que la banane produite à Moabi arrive à Libreville, ou que la pomme de terre de Médouneu atteigne nos marchés, il faut d'abord la route.

De même, pour que le poulet produit sur l'axe de Donguila termine dans nos assiettes, le Gabon doit d'abord contribuer à l'aménagement des sites identifiés. Ces sites ont été mis à la disposition d'"investisseurs" qui promettent d'investir 775 milliards de francs CFA dans le secteur avicole, on ne sait quand, faute d'agenda. Excellence, on comprend mal pourquoi il revient au Gabon d'aménager des terrains pour que "des investisseurs" s'installent sur un marché pourtant réel, et sécurisé par la haute décision courageuse que vous avez prise : l'interdiction d'importation du poulet de chair d'ici 2027.
Et si c'était : "on signe, mais on attend d'abord de voir si votre Président respectera sa décision".

C'est là encore une question sans réponse. Et ce n'est pas tout. Le même ministère a lancé il y a quelques mois un appel à projets sur l'élevage et l'agriculture. À l'arrivée, on nous annonce que 150 fermes ont été identifiées et qu'elles bénéficieront de poussins d'un jour, de produits pharmaceutiques et d'aliments. Or, nous, acteurs de terrain, avons reçu des enquêteurs, présenté des projets basés sur des business plans et des analyses de modélisation. Nous sommes donc en attente des résultats relatifs aux projets que nous avons soumis.

Mais : « Là encore, certaines indiscrétions nous informent que la SMAG serait le fournisseur des poussins et d'aliments. Là encore, si c'est le cas, ils transforment votre discours en maquette. »

Admettons que les règles aient été modifiées en cours de route. Qu'on nous informe des nouvelles règles, qu'on nous explique le "pourquoi" et quels sont les critères d'éligibilité qui ont conduit au choix des 150 fermes. L'acteur de terrain que je suis est surpris de lire sur cette fameuse liste des noms de structures qui n'ont jamais existé, même en rêve, dans le secteur avicole au Gabon. On y trouve aussi des fermes qui ne peuvent même pas accueillir 500 poulets, faute de compétences et d'un environnement respectant les normes strictes de biosécurité physique et environnementale qu'impose cette activité.

Excellence Monsieur le Président, Chef de l'État Brice Clotaire Oligui Nguema, dans cette affaire, à quel niveau interviennent des agences aussi importantes et stratégiques que l'AGASA et l'AGANOR, qui gèrent les questions de sécurité alimentaire et de normalisation ?

Le comble, c'est que pendant qu'on nous impose une table avec, au menu, une soupe au chou et, en dessert, de l'huile de foie de morue, ce même ministère nous invite à un nouvel appel à projets.

Excellence, au vu des grands chantiers conduits à terme depuis la période de la transition à ce jour, notamment dans le secteur du BTP, je vous invite humblement à poser un regard plus rigoureux sur les autres secteurs, en particulier celui de l'agriculture. Sinon, demain, nous autres qui croyons en vous, finirons par dire que votre méthode ressemble moins aux maquettes qu'au saupoudrage et à un pilotage à vue.

Et lors d'un autre discours devant la nation, vous nous raconterez comment ces ministres sont venus vous assurer qu'ils maîtrisaient le dossier et que vos engagements seraient respectés.

Non Excellence, ne soyez pas un général qui conduit une armée d'officiers qu'il ne maîtrise pas.
Nous gardons en mémoire votre discours ferme face aux ministères et cadres en charge de l'énergie, et vos avertissements aux managers de la SEEG. Mais plusieurs mois après, la situation s'est empirée et le monde vous regarde, nous regarde.

Excellence Monsieur le Président, Chef de l'État Brice Clotaire Oligui Nguema, c'est avec optimisme, respect et amour que plus de 94% des Gabonais vous ont confié la destinée du pays. Nous savons qu'à vos côtés se trouvent des Gabonaises et des Gabonais compétents. C'est pourquoi, avec humilité, nous vous invitons à mettre de la rigueur sur les résultats concrets et objectifs promis.

C'est l'histoire du Gabon que vous écrivez. Cette histoire sera enseignée de génération en génération dans le monde. Et le monde ne parlera que de vous, oui de vous, Brice Clotaire Oligui Nguema, et non de vos ministres ou d'autres personnes. La preuve : aujourd'hui, le monde ne parle que d'Ali Bongo Ondimba, de son épouse et de son fils. Pas de ces ministres ou cadres qui occupaient hier des postes stratégiques et dont certains, ou leurs héritiers, sont aujourd'hui à vos côtés.

C'est un appel patriotique. C'est l'appel d'un Gabonais qui n'attend pas de vous une nomination, mais un cadre de travail respectueux qui donne à tous les Gabonais une chance réelle de réussir.

Excellence Monsieur le Président, dans votre discours vous évoquez les mécanismes mis en place pour que la jeunesse gabonaise accède au crédit. La BCEG est bien là. Mais Excellence, les dirigeants de cette banque obéissent à des procédures. Il ne suffit pas d'avoir une idée de projet ou un business plan pour que la banque décaisse des fonds, sauf à vouloir mettre ces dirigeants en prison pour détournement.

Oui Excellence, je prends l'exemple du secteur qui est le mien, car je ne m'aventure pas dans ce que je ne maîtrise pas. Comment la banque va-t-elle accorder un crédit à un entrepreneur agricole si la terre, élément essentiel du dossier, n'est pas sécurisée ? « Où sont les ZAP ? »

Si les différentes autorisations servant de garantie, ainsi que l'appui, le suivi et l'évaluation technique ne sont pas garantis de manière professionnelle par le MINAGRI ? Or, dans son architecture actuelle, ce ministère devient le premier fournisseur et démarcheur des multinationales étrangères avec lesquelles il signe des contrats de fourniture pour l'ensemble des besoins des différentes chaînes de valeur. Et ces mêmes acteurs annoncent près de 100 000 emplois sans nous démontrer comment, dans quels segments et en combien de temps cela sera réalisé.

Nous observons des signatures de conventions avec des personnes, des coopératives et plateformes de coopératives qui frisent des arrangements en mode "graine bis". Et ce n'est pas étonnant quand on observe dans cette équipe les mêmes acteurs qui, hier, étaient à la manœuvre de la Sotrader SA et ensuite de la Sotrader Graine. C'est scandaleux et dommage que vos promesses et engagements soient dilués dans une marmaille incroyable.

Et on comprend du coup pourquoi, en partie, l'aménagement des terres promises aux investisseurs doit être réalisé par le Gabon malgré les milliards que ce marché représente. Nous avons affaire à un modèle "graine bis". Et l'autre question est : pourquoi avoir créé AGROPAG si cette structure n'apparaît pas dans le processus ?

Non Excellence, ne soyez pas à la tête d'un gouvernement rempli de ministres qui "ne disent pas la vérité".

Le Gabon mérite la rigueur. Le peuple gabonais mérite la vérité des résultats.

Hervé OMVA



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...