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Fichage ethnique au PSG : De quoi s’agit-il ?

Après de supposés manquements aux règles du fair-play financier, maintenant le fichage ethnique... Déjà sous le coup d'une première salve de révélations du site d’investigation Mediapart, le Paris Saint Germain est à nouveau dans la tourmente. En cause, des pratiques illégales dans le recrutement des jeunes footballeurs.


Rédigé par leral.net le Jeudi 15 Novembre 2018 à 11:25 | | 0 commentaire(s)|

Ce que révèle Mediapart, c’est que pendant plusieurs années, les recruteurs du Paris Saint-Germain, chargés d'aller observer des jeunes footballeurs, ont coché de petites cases mentionnant leur origine ethnique. « Français, Maghrébin, Antillais, Africain » : voilà les choix proposés.

Or, cette pratique est tout simplement illégale, et punie de 5 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende. Elle aurait pourtant conditionné, en partie; le recrutement de certains joueurs au détriment d'autres.

Bref, un fichage qui n'est pas sans rappeler une autre affaire, celle des quotas qui avait ébranlé la Fédération Française de football alors dirigée par Fernand Duchaussoy. En 2011, Mediapart avait révélé des propos tenus par le sélectionneur de l’équipe de France de l'époque, lors d'une réunion avec la Direction Technique Nationale. Laurent Blanc se disait favorable à l'instauration de quotas de binationaux chez les jeunes joueurs.

Le PSG met en avant une initiative personnelle

Dans le cas du PSG, le club a réagi, fustigeant une initiative personnelle du responsable du recrutement : Marc Westerloppe, en charge de la cellule recrutement, hors de la région Ile-de-France. Soit un proche de l’ex-directeur sportif du PSG, Olivier Létang.

Westerloppe se serait ainsi opposé au recrutement d'un jeune joueur très prometteur, natif de Côte d'Ivoire, et actuel international français des moins des moins de 18 ans, Yann Gboho. A l'époque, il évoluait au FC Rouen et avait tapé dans l'œil d'un recruteur. Sur sa fiche, il était mentionné son origine : « Antillais », ensuite corrigée, remplacée par « Afrique Noire ». Une origine qui posait problème en 2014 au directeur de la cellule de recrutement, Marc Westerloppe qui selon Mediapart, avait déclaré lors d'une réunion : « Il faut un équilibre dans la mixité, trop d'Antillais et d'Africains sur Paris... »

Des propos qui avaient ému en interne, notamment le responsable du recrutement en Ile-de-France, pour qui le recrutement ne devait pas être, je cite, une « question ethnique mais de talent »...

« Cela n'aurait jamais dû se passer au PSG »

Saisie par le secrétaire du comité d'entreprise, la direction avait convoqué Westerloppe à un entretien préalable, en général, première étape avant un licenciement. Lui s'était défendu d'avoir tenu de tels propos, dénonçant des accusations « fausses, malveillantes et stupides » et n'avait pas été sanctionné.

Jean-Claude Blanc, directeur général délégué du PSG, assure par ailleurs n'avoir appris qu'en octobre 2018, la présence de critères ethniques dans les fiches des recruteurs. « Cela n'aurait jamais dû se passer au Paris Saint-Germain », a-t-il assuré, une enquête interne a d'ailleurs été enclenchée selon lui.

Petite anecdote : Gboho et Westerloppe se croisent désormais dans les couloirs du Stade Rennais, où le joueur a signé en 2016 et que le recruteur a rejoint en début de saison.

Le principal mis en cause plaide la maladresse

Interrogé par le journal Le Parisien, Marc Westerloppe plaide la maladresse. Dans son entourage, on considère qu'il s'agissait dans l'esprit du recruteur, d'une information comme une autre. Et qui pouvait éviter certains problèmes administratifs, certains pointant le manque de certitudes que l'on peut avoir sur les dates de naissance des joueurs nés en Afrique.

D'autres penchent pour l'hypothèse du marketing sportif : recruter des joueurs en fonction de leur origine pour les mettre en avant dans certaines régions du monde. Bref, des joueurs africains pour une meilleure visibilité en Afrique, pareil pour l'Asie.

Une version difficile à croire tant l'investissement à long terme sur un joueur paraît trop aléatoire pour réfléchir à cet aspect dès leurs 13 ans. Cela dit surtout quelque chose d'un système, celui du foot français. Cette affaire révèle que d'anciens recruteurs avouent avoir coché la fameuse case ethnique de façon machinale, comme si cela ne posait aucun problème.






RFI



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