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Influenceurs : Les aiguilleurs du net

Le succès des réseaux sociaux a engendré une catégorie d’utilisateurs qui vivent des contenus postés sur les plateformes, les influenceurs. Dans beaucoup de pays occidentaux, ces personnes sont millionnaires en dollars et n’ont d’autres activités que relayer des annonces publicitaires de grandes entreprises ou personnalités publiques. Au Sénégal, le créneau est investi par des gens sous diverses formes et avec une ligne parfois bien décriée.


Rédigé par leral.net le Samedi 28 Novembre 2020 à 14:58 | | 0 commentaire(s)|

La dernière actualité saillante des influenceurs sénégalais du Net a été l’invitation avortée au plateau «Fiitey» de Youssou Ndour. Certains ont considéré que le staff de l’artiste de renommée mondiale, a utilisé les noms des jeunes influenceurs sur les affiches du spectacle pour se faire une publicité. Une appréciation jugée prétentieuse par certains, qui trouvent curieux que l’une des personnalités publiques sénégalaises les plus populaires choisisse cette formule pour vulgariser son événement. Selon certains, cette polémique a permis de mettre en lumière, sur les réseaux sociaux du moins, le concert télévisé à huis-clos. «Ils ont plus de followers que Youssou Ndour sur le Net», rétorquent d’autres dans les commentaires sur les plateformes. En tout état de cause, le petit grabuge digital a bien montré que ces influenceurs bénéficient d’un poids certain.

Quelle est la mesure de ce poids ? Les réponses présentent des nuances. «Personnellement, je ne suis pas sûr qu’il y ait de véritables influenceurs au Sénégal. Il faut s’arrêter sur ce qui fait d’un individu, un influenceur», déclare un docteur en Communication, qui requiert l’anonymat pour «ne pas frustrer».

Un influenceur est une personne usant de son exposition médiatique sur les réseaux sociaux pour être un relais d’opinion qui influence les habitudes de consommation de ses abonnés, dans un but marketing. L’activité pourrait s’insérer dans le domaine du marketing d’influence, dans la matière du marketing digital. Elle est tout de même d’une fortune controversée selon les pays.

Au Sénégal, son évocation provoque souvent un volet de critiques sur la légitimité voire la reconnaissance. Pour notre spécialiste en communication, il faut avoir une forte communauté de followers et des interactions régulières. «Nous avons plus d’activistes qui se mobilisent pour une cause de façon passagère et se fondent dans la masse. Pour que la mobilisation marche, ils sont souvent obligés d’inviter les autres membres de la plateforme voire des réseaux sociaux», explique le communicant, qui suppose l’existence de réseau stimulant dans le réseau, un fait plus visible sur Facebook.

Un transfert de notoriété

Oumy Régina Sambou se montre plus prolixe à propos des profils des influenceurs sénégalais. De l’avis de la journaliste et activiste culturelle, il ne serait pas juste d’affirmer que le métier d’influenceur marche bien au Sénégal. «Il y a quelques rares personnalités qui arrivent à en vivre au Sénégal. Tous, pour la plupart, ont d’autres métiers à côté ou essayent de développer d’autres compétences. Il y en a très peu qui revendiquent le titre d’influenceurs.

Ce sont plutôt les marques et certaines institutions en fonction de leurs besoins en marketing qui collent des étiquettes
», observe Oumy Régina Sambou. Elle-même intègre cette catégorie. Au terme d’une étude menée par Smart Data Power et Women in Africa auprès de 12 millions d’utilisatrices de Twitter, Oumy Régina est la seule Sénégalaise qui apparaît dans le classement des 200 Africaines les plus influentes sur ce réseau social.

Bien que ce soit le classement référence des femmes politiques, des femmes d’affaires, des journalistes et des personnalités de la société civile, entre autres leaders d’opinion sur la twittosphère, la journaliste et actrice rechigne à enfiler le costume d’influenceuse. «Je suis dans un réseau où il s’agit d’échanger, de se retrouver en communauté pour discuter de différents sujets, qui vont des questions culturelles aux considérations sociales. Pour moi, le maître-mot est le partage. Partager afin d’enrichir d’autres et s’enrichir soi-même à travers les interactions que nous provoquons», se défend la journaliste. À côté de ces enrichissements symboliques, il faut gager que d’autres s’enrichissent tout de même en numéraires. Et de manière plutôt considérable.

Plus que des courroies de transmission

La reconnaissance d’un influenceur se mesure par son nombre de followers (abonnés), le nombre de vues moyen de ses publications et le taux d’engagement qui renvoie aux interactions et réactions de ses abonnés. C’est sur ces points que se fixent les entreprises clientes et qui fondent la légitimité des influenceurs. Le taux d’engagement domine toutefois sur la balance. C’est ce qui fait qu’un internaute qui a plus de 50 000 abonnés et 500 interactions soit meilleur influenceur qu’un autre avec 5 000 abonnées et 2 000 interactions.

Sans compter qu’il y a des «gros comptes» qui achètent des abonnés robotisés, qui agissent spontanément. Une donnée que semblent ignorer certaines entreprises, à en croire Babacar Ndiaye,qui pose le problème de l’efficacité de l’action des influenceurs. «Il y a un problème de ciblage qui compromet la publicité et le résultat escompté. En tant qu’entreprise de pneumatique, aller vers un influenceur dont les followers sont dans l’écrasante majorité des adolescents et pas du tout intéressés par le produit, est une erreur. Le contenu du message également compte. Il ne s’agit pas pour l’influenceur d’être juste un relayeur, mais de savoir adapter son originalité au message sur le produit. L’influenceur y gagne souvent puisqu’il empoche son argent et s’en va. Mais il reste à parier que l’entreprise ait le résultat souhaité», indique le cofondateur et gérant de Butterfly Communication.

Une notoriété…et un peu de sous

Diplômée en marketing digital, Dior Guèye fait partie des utilisateurs sénégalais les plus populaires sur le réseau LinkedIn, avec ses 42.893 abonnés. Sa page d’accueil est parsemée d’annonces publicitaires et de profils de jeunes promoteurs de startups débutants ou prometteurs. «Je fais beaucoup de publicités pour des entreprises. Pour les grandes entreprises, je suis rémunérée pour faire passer leurs offres. Toutefois, je les fais souvent gratuitement pour les jeunes entrepreneurs», affirme Dior Guèye, réputée pour sa magnanimité et sa sympathie qui lui valent le surnom de Dior Sénégal.

Un renom digital et un capital sympathie dont elle tire bien profit. «On gagne beaucoup sur le plan pécuniaire. Le paiement peut aussi ne pas se faire en argent. Par exemple, pour nombre de mes clients, je profite gratuitement de leurs produits», confie Dior qui, au flanc de ses activités, a créé une entreprise spécialisée en communication et marketing digital, une plateforme pour la promotion du tourisme local, entre autres.
L’activité est profitable à bien des jeunes. Les jeunes Bathie Drizzy et Prési Cissé, populaires sur Facebook pour leurs posts cocasses et truculents, se sont vus récemment offrir chacun, une voiture par un promoteur immobilier, qui les avait auparavant associés à une tournée d’affaires au profit d’un grand projet immobilier qu’ils étaient chargés de promouvoir. Toutefois, ils ne sont pas nombreux ces jeunes dits influenceurs, qui s’en sortent aussi bien par cette e-activité, encore moins ceux qui se sont construit un renom et un statut à partir de ce «métier».

Les «millionnaires» sénégalais

Il y a ceux qui partent de l’anonymat public pour s’ériger en vedette digitale et ceux qui utilisent leur notoriété publique pour bâtir une influence sur les réseaux numériques, tel que le conçoit Oumy Régina Sambou. Une étude menée par les références Influence4You et HypeAuditor, définit les registres d’influenceurs. Un influenceur moyen a entre 20 000 et 100 000 abonnés, un macro-influenceur de 100 000 à un 1 million d’abonnés, tandis que plus d’un million d’abonnés fait un méga-influenceur. Cette dernière catégorie, sous les cieux caucasiens, sont des millionnaires.

Au Sénégal, parmi ceux qui ont plus d’un million de followers sur le réseau social Instagram, on trouve le comédien standuper Mouhamadou Ndiaye alias « Dudu fait des vidéos », l’animateur et comédien Aba no Stress, le plasticien Boubou Design, le rappeur Dip Doundou Guiss, le couple de musiciens Maabo, QueenBiz, entres autres. Même si cette grappe vit bien de la gloire, on ne peut pas affirmer que ce soit grâce aux clics, sauf relativement «Dudu fait des vidéos».

Le même principe se dégage quelque peu sur les autres plateformes, moins sur Twitter et LinkedIn. C’est une réalité qui permet à ces célébrités de gagner des offres publicitaires, d’accroître leurs revenus et d’avoir sensiblement une meilleure visibilité, un volume supplémentaire aux échos de leur voix de leaders d’opinion et de vedette publique, comme le souligne Oumy Régina Sambou.

Un jeu de dupes

Un spécialiste en communication, requérant l’anonymat, signifie que «les influenceurs ou ceux qui se présentent comme tels, n’évoluent pas selon un code d’éthique encore moins déontologique». L’enseignant s’émeut qu’ils soient capables de porter des critiques acerbes sur les actions du gouvernement et gérer toute la journée des plateformes web d’un ministère ou couvrir une activité d’un organe gouvernemental. Un fait qui prouve que seul importe le profit. On évoque les nombreux épisodes qui ont compromis des influenceurs ou activistes du Net durant la présidentielle de 2019, où le camp présidentiel aurait «engraissé» beaucoup d’influenceurs de notoriété, opposants.






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