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Iran: «Il y a eu des contacts sans précédent entre les États-Unis et les forces politiques kurdes»

Rédigé par leral.net le Mardi 10 Mars 2026 à 16:24 | | 0 commentaire(s)|

Asso Hassan Zadeh, juriste franco-iranien, un des responsables du Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI) à l’étranger, est l'invité de RFI ce 9 mars 2026. Au dixième jour de la guerre en Iran, il dit espérer une chute rapide du régime de Téhéran. Il confirme les contacts entre Américains et Kurdes à propos de l'avenir immédiat de l'Iran.


RFI : Dixième jour de guerre en Iran et dans la région. Les frappes se poursuivent et un nouveau guide suprême iranien a été désigné. Est-ce que vous espérez toujours la chute du régime ?

Asso Hassan Zadeh : Non seulement nous l'espérons, mais nous y croyons. Le régime a été affaibli plus que jamais à cause des frappes israélo-américaines. La population iranienne et les peuples d'Iran dans leur ensemble souhaitent saisir cette opportunité pour se débarrasser de ce régime.

La chute de la République islamique, ce n'est qu'une question de temps ?

Tout à fait, mais ce n'est pas facile. Le cas de l'Iran est très différent d'autres cas. Le système de la République islamique repose sur plusieurs piliers. Ils ont toujours des cartes encore en main. L'appareil répressif, en l'absence d'une défection au sein du régime à laquelle je n'ai jamais cru et je ne crois pas, est toujours capable de réprimer tout soulèvement populaire.

Mais dans le même temps, si on regarde la conjoncture actuelle, malgré le fait qu'on parle d'une cessation des hostilités - dans l'intérêt non seulement des peuples d'Iran, mais aussi des Occidentaux, y compris les Européens et les Français, qui sont malheureusement absents des grands dossiers du Moyen-Orient depuis longtemps - il faut se diriger vers cette perspective. Mais la fin du régime, ce n'est pas tout. Il faut aussi penser sérieusement à une alternative crédible qui représenterait les aspirations des Iraniens.

« La guerre risque de prendre encore beaucoup de temps », selon le chef d'état-major israélien. De votre point de vue, cette guerre peut durer ?

Les Américains l'ont déjà annoncé dès le premier jour. Leur projection était de 4 à 5 semaines. Dans un précédent qui était plus facile à terminer, le cas irakien de Saddam Hussein en 1991, ça avait duré plusieurs semaines. Alors, l'exemple de l'Iran qui est en cours, surtout avec l'embrasement de la région, c'est beaucoup plus compliqué. Ça peut durer plusieurs semaines encore, surtout s'il n'y a pas un consensus international, si les Européens ne s'y mettent pas sérieusement et s'il n'y a pas surtout une offensive terrestre ou des soldats au sol, ce qui est exclu du côté américain.

Donald Trump disait, le 7 mars, ne pas vouloir que les Kurdes lancent une offensive contre l'Iran. Pourtant, deux jours plus tôt, le même président des États-Unis était « tout à fait pour » une offensive des milices kurdes iraniennes contre le pouvoir de Téhéran. Est-ce que vous vous y retrouvez dans les intentions et les attentes américaines ?

Il est difficile de prévoir Donald Trump. C'est son style personnel, soit parce que lui-même hésite - on l'a vu aussi dans le cas ukrainien avec des déclarations contradictoires - ou alors c'est une guerre psychologique qu'il mène à l'Iran. Mais en tout cas, il a dit que la carte de l'Iran ne resterait pas la même à l'issue de la guerre.

Je peux vous confirmer que dans les derniers jours, des contacts et des discussions sans précédent à un niveau exceptionnel ont eu lieu entre l'administration américaine et la coalition des forces politiques kurdes du Kurdistan iranien, pour envisager le rôle que peuvent jouer les Kurdes d'Iran dans ce contexte.

Quel type de contact y a-t-il eu entre les partis kurdes qui ont formé une coalition et l'administration américaine ?

Je ne suis malheureusement pas en mesure de donner les détails du niveau et de la nature des contacts. Je peux simplement dire qu'ils sont d'un niveau exceptionnel.

Quelle part les partis kurdes voudraient prendre dans la chute de la République islamique ?

Le Kurdistan iranien est la partie de l'Iran qui est la plus mobilisée, la plus politisée. Les partis kurdes - à cause de leurs racines profondes dans la population et la présence de leur quartier général, de leur base au Kurdistan irakien - ont une influence certaine sur la population. Malgré le fait que dans les dernières années, leur marge de manœuvre au Kurdistan irakien a été assez limitée, ils ont toujours gardé leurs unités de guérillas entraînées, dans la possibilité de participer à une libération des territoires kurdes et même au-delà, si nous voyons que le régime est tout à fait affaibli.

Mais il faut savoir que même avec la destruction des capacités militaires iraniennes en drones et missiles, le régime iranien sera capable de réprimer dans le sang un soulèvement populaire avec les armes qu'il a utilisées en 1980 et les années suivantes.

Les milices kurdes sont donc prêtes à participer à un mouvement militaire qui permettrait la chute du régime islamique ?

En tout cas, ils ont le potentiel. Il faut plusieurs conditions à réunir, mais en tous les cas, je ne pense pas que les partis kurdes iraniens se lancent dans une telle aventure sans être sûrs que par la suite, il y aura une garantie de la protection des civils en Iran.

Ça voudrait dire que les milices kurdes ne s'impliqueraient qu’avec la certitude d'avoir notamment le soutien des Américains ou l'appui militaire ?

Notre combat a commencé avant les frappes de l'Amérique en Iran. Et si jamais il y a de nouveaux accords entre eux, notre combat continuera aussi longtemps que nos droits ne sont pas réalisés. Il y a aussi une part d'initiative de notre part, une attente de la part de la population, mais en tout cas, dans l'hypothèse certaine où le régime iranien utiliserait les villes kurdes iraniennes comme bouclier humain, comme il commence à le faire, il faut certainement réfléchir deux fois avant de se lancer dans une telle hypothèse et préparer le terrain à travers l'établissement d'une « no fly zone », comme ça a été le cas grâce aux Français à l'époque au Kurdistan irakien.

Comment imaginez-vous l'Iran après cette guerre ? Quel peut être le futur régime ?

Malheureusement, il n'y a toujours pas d’alternative politique crédible qui représente les aspirations de tous les Iraniens, de tous les peuples d'Iran. Il y a plusieurs pôles qui se forment, mais en tout cas, je pense que le pôle des nationalités opprimées et des républicains, de ceux qui ne veulent pas un retour à la monarchie, dans les jours et les semaines à venir, peut être très fort.

Et nous œuvrons à un Iran démocratique, si possible fédéral en tous les cas, dans lequel les droits des nationalités opprimées, des peuples opprimés, surtout les Kurdes qui ont souffert longtemps des deux régimes d'ailleurs et qui ont un long passé dans ce combat, soient reconnus à tous les plans.

Pas de retour à la monarchie, donc pas de Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d'Iran qui est souvent cité ?

Tout à fait.

RFI