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JEU POLITIQUE AU SÉNÉGAL : ENTRE SYSTÈME ET ANTI-SYSTÈME (Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine)

Rédigé par leral.net le Lundi 9 Novembre 2020 à 01:35 | | 0 commentaire(s)|

JEU POLITIQUE AU SÉNÉGAL : ENTRE SYSTÈME ET ANTI-SYSTÈME (Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine)
Le Sénégal vient de connaitre encore une fois l’entrisme d’une partie de l’opposition significative dans le Gouvernement de la mouvance présidentielle. Cette nouvelle configuration vient conforter le mode traditionnel d’interaction au sein du système politique de notre pays, autour des règles du jeu politique longtemps inchangés entre les acteurs du Système et ceux de l’anti-Système. En effet, la dialectique politique de notre pays ne se joue pas, comme nous avons tendance à le croire, entre la dualité Pouvoir et opposition, mais plutôt entre la suprématie du Système sur l’anti-Système.

De toute l’histoire postcoloniale du Sénégal, qu’ils soient politiques, religieux ou simples notables avec une représentativité sociale ou économique, les hommes du Système ont toujours tiré les ficelles du jeu politique et ont constamment pesé sur le devenir du pays. A la veille des indépendances, il y a eu une tentative d’ostraciser les religieux par le nouveau Système qui était en train de se constituer avec le rassemblement de tous les hommes politiques au sein de l’UPS suite à la fusion d’abord entre le BDS de Senghor et l’UDS pour donner naissance au BPS avant que ce dernier ne fusionne en 1958 avec le PSAS de Lamine Gueye pour donner l’UPS l’ancêtre du PS.

L’histoire est témoin du rôle éminemment important que Serigne Cheikh Tidiane SY a joué pour rétablir la légitimité sociale du Guide religieux dans ses relations avec l’Etat et faire partie du Système qui était en train de se formaliser. Son engagement politique et le soutien reçu d’autres chefs religieux comme Cheikh Ibrahima Niasse, de la branche tijaniya de Kaolack, en sont largement tributaires. 

Ainsi, conformément aux orientations posthumes de son Père Serigne Babacar Sy à propos d’une certaine précocité de la proclamation de l’indépendance mais aussi du fait de son manque de confiance à l’endroit de cette nouvelle élite politique sénégalaise, Serigne Cheikh appela à voter « oui » au référendum de 1958 mais s’opposa vigoureusement au vote par l’Assemblée législative de la nouvelle constitution en 1959. Serigne Cheikh la jugeait dangereuse et non conforme aux aspirations profondes des sénégalais, d’où la création de son parti politique pour s’opposer à l’UPS, ancêtre de l’actuel Parti Socialiste, qui regroupait les principaux acteurs politiques que comptait le Sénégal : Senghor, Dia, Lamine Gueye, Valdiodio Ndiaye.  

Ce rappel historique est important dans le déterminisme des rapports qui ont prévalu entre le pouvoir politique et religieux au Sénégal et l’émergence du Système politique en vigueur dans notre pays. En effet, l’opposition de Serigne Cheikh au pouvoir va renforcer la légitimité sociale du pouvoir religieux à deux niveaux.

D’une part, Serigne Cheikh va sortir le Marabout du cadre strictement religieux, je veux dire en sa qualité d’éducateur en sciences coraniques et de dispensateur de bénédictions. Le Marabout s’engage, s’oppose et confirmera plus tard son statut de véritable acteur de développement économique car Serigne Cheikh deviendra successivement ambassadeur, agriculteur et industriel.

D’autre part, avec son engagement politique, Serigne Cheikh rendra un service précieux aux religieux qui soutenaient le pouvoir contre lui. En effet, son engagement poussa le pouvoir à aller chercher des soutiens d’autres chefs religieux les confortant par la même occasion dans leur légitimité en tant que porteur de voix et acteurs majeurs de la vie sociale sénégalaise.

Ceci contribuera à raffermir les relations entre le « prince » et le religieux et l’émergence d’un nouveau Système bipolaire

Comme l’ont souligné Jean Bossuyt et Ismail Madior Fall (2013) dans une étude privée sur l’Analyse d’économie politique du Sénégal, « Pour bien asseoir l’Etat, le pouvoir politique a négocié avec les légitimités concurrentes (chefs traditionnels et courtiers politiques efficaces) et notamment les hiérarques des confréries, qui regroupent la majeure partie des Sénégalais, un « contrat de stabilisation sociale » dont les termes reposent sur le commerce de la loyauté politique par des échanges de bons procédés profitant aux deux parties. »

Ce Système a perduré jusqu’à nos jours avec des combinaisons et des intrigues selon les intérêts et enjeux du moment mais aussi les ambitions des acteurs qui le nourrissent. Les hommes du Système discutent, se concertent directement ou par personne interposée, dans l’intimité des salons des religieux ou de notables et souvent pour « l’intérêt supérieur de la Nation » lorsque le pays traversait des moments d’incertitude ou de crises.

Au-delà de l’émotion que cela suscite auprès de nos concitoyens qui considèrent souvent ce jeu politique comme une forme de complot sur le dos du peuple, il faut reconnaitre que ces intrigues ont souvent sauvé le Sénégal du chaos du moins de l’instabilité. En effet, le Sénégal détient depuis belle lurette son cinquième pouvoir qui, de manière active ou passive, intervient dans la marche du pays, jouant son rôle de régulateur en tant que contre-pouvoir, ou en connivence avec le pouvoir exécutif pour maintenir l’ordre républicain.

En face l’anti-Système

Face au Système, des hommes ont toujours incarné l’antisystème au risque de se marginaliser, hors des cercles qui font la marche du pays. Mamadou Dia a été l’une des premières victimes du Système. Il a été accusé à tort ou à raison d’avoir des ambitions défavorables à certains acteurs du Système en l’occurrence les Marabouts du Sénégal. Selon ses propres écrits, Mamadou Dia soutenait : « J’avais entrepris une campagne de clarification sur l’islam. Etant donné ce qu’on avait fait de l’islam au Sénégal, en utilisant certains marabouts complètement dépersonnalisés, et les déviations qui ont donné naissance à des mœurs établies par le système colonial j’ai, comme musulman, essayé d’opérer un redressement. (Mamadou Dia, Afrique le prix de la liberté, L’Harmattan, Paris, 2001, P. 170)

De là à penser que Mamadou DIA voulait mettre au pas la classe maraboutique en les dépouillant de leurs « privilèges » et d’en faire des acteurs dans sa nouvelle conception du développement, le pas était vite franchi. Il poursuit dans la même verve que « si on voulait que l’islam devienne un facteur de progrès et de développement - dans un pays, faut-il le rappeler, à écrasante majorité musulmane – il convenait courageusement de favoriser le retour à un Islam pur, à un Islam des sources » 

Le Président DIA, en tant que Président du Conseil chargé de l’Exécutif dans un contexte de néo-indépendance et de décolonisation, pouvait être perçu par la classe maraboutique comme le nègre blanc qui après la colonisation par le blanc européen aller instaurer une nouvelle forme de colonisation.

Cette perception de certains cadres africains de l’Administration coloniale de l’époque par la classe maraboutique de leur temps est décelée à travers les propos de Serigne Babacar SY rapportés par un de ses fils, Abdoul Aziz SY Al Amine.

Lors du vote de la loi Cadre qui devait donner plus d’autonomie aux colonies, Serigne Babacar SY, alors Khalife Général des Tidianes, prédisait l’émergence d’une classe de « nègres blancs » représentée par certains membres de l’administration coloniale qui luttait pour l’indépendance du pays juste pour substituer à la colonisation française une nouvelle forme de domination de l’africain par ses pairs. Il craignait que la proclamation précoce de l’Indépendance du pays puisse déstructurer les rapports entre gouvernés et gouvernants et entraîner le pays dans le chaos. Par indépendance précoce, il faudrait peut-être comprendre, le fait que la transition nécessaire entre la chute du pouvoir colonial et l’émergence d’un leadership endogène n...

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