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LES AFRODESCENDANTS RÉCLAMENT DES RÉPARATIONS JURIDIQUEMENT ENCADRÉES

Rédigé par leral.net le Samedi 30 Août 2025 à 21:35 | | 0 commentaire(s)|

De l'Allemagne aux Pays-Bas en passant par Haïti, le mouvement pour les réparations prend de l'ampleur. Une conférence internationale du 27 août a tenté de coordonner les efforts pour transformer les gestes symboliques en obligations légales

(SenePlus) - Selon Marie-Sabine Soudan de Jeune Afrique, diplomates, juristes et représentants de la société civile se sont mobilisés le 27 août pour transformer les réparations historiques en droits effectifs. Réunis sous l'égide de l'ONU, de la FIDH et de l'Union africaine, ils appellent à dépasser les gestes symboliques pour établir un cadre juridique contraignant.

La tonalité était donnée dès l'ouverture par Barbara Reynolds, membre du groupe de travail de l'ONU sur les personnes d'ascendance africaine : "Nous ne voulons pas que l'on dise : 'Nous sommes gentils avec vous, alors nous vous donnons 60 000 dollars parce que vos ancêtres ont été réduits en esclavage.' Les réparations vont bien au-delà de cela."

Cette conférence internationale, organisée à l'occasion de la Journée internationale des personnes d'ascendance africaine, a rassemblé en visioconférence une centaine d'experts déterminés à "faire des réparations une réalité juridiquement encadrée, face à des siècles d'esclavage, de colonialisme et de racisme systémique."

L'événement s'inscrit dans le cadre de "l'Année de la justice pour les Africains et les personnes d'ascendance africaine à travers les réparations", thème retenu par l'Union africaine pour 2025, marquant une volonté politique d'élever ce dossier au niveau continental.

Alice Mogwe, présidente de la FIDH originaire du Botswana, a dressé un bilan contrasté des initiatives actuelles. Si elle salue "les excuses de l'Allemagne pour le génocide des Herero et Nama de Namibie, l'indemnisation partielle du Royaume-Uni envers les Mau-Mau du Kenya, ou encore les restitutions de biens culturels par la France et la Belgique", elle souligne que ces gestes demeurent isolés.

"Bien que largement insuffisantes au regard de la nécessité d'une justice réparatrice plus large et transformative, les excuses et restitutions observées jusqu'à présent constituent une étape importante", nuance-t-elle néanmoins.

Roger Wareham, avocat africain-américain du December 12th Movement, rappelle les résistances historiques des anciennes puissances coloniales, citant "les indemnités compensatoires imposées par la France à Haïti après l'abolition de l'esclavage au XIXe siècle" ou "les manœuvres diplomatiques des ex-puissances esclavagistes pour bloquer toute mention explicite de réparations lors de la Conférence de l'ONU contre le racisme de Durban en 2001."

Un panorama européen contrasté

L'analyse d'Yvonne Apiyo Brändle-Amolo, parlementaire suisse d'origine kényane, révèle des approches divergentes en Europe. "Le Royaume-Uni refuse toute compensation concrète. La Belgique se limite à des gestes symboliques, comme la reconnaissance de l'enlèvement d'enfants métis en RDC. La Suisse, longtemps dans le déni, commence seulement à affronter son passé."

Seuls les Pays-Bas se distinguent positivement selon elle, ayant "engagé 200 millions d'euros pour l'éducation et la mémoire", établissant une référence européenne en la matière.

Les participants ont unanimement rejeté une approche purement financière des réparations. Selon Alice Mogwe, "les réparations mettent en lumière le lien intrinsèque entre les héritages du colonialisme, de l'esclavage et les formes contemporaines de racisme systémique et de discrimination raciale."

L'agenda des réparations englobe ainsi "la restitution des terres, l'accès aux droits fondamentaux, la reconnaissance culturelle et la participation politique." En Amérique latine, plusieurs communautés - Garifuna du Honduras, Saramaka du Suriname, Quilombolas du Brésil - "ont déjà obtenu la reconnaissance de leurs droits ancestraux", illustrant la faisabilité de ces approches holistiques.

Face à l'absence des Afrodescendants dans "l'Agenda 2030 de l'ONU" et aux enjeux que représente Haïti, "première république noire indépendante et lourdement sanctionnée pour sa liberté", les participants appellent à "la création d'un fonds mondial, d'un tribunal international et d'un cadre légal global, pour faire des réparations un droit effectif et non un simple geste symbolique."

Barbara Reynolds le rappelait en ouverture : "L'émancipation n'a jamais été un cadeau." Selon elle, "chaque fois que je vois le mot 'émancipation', je souris, car ce n'était pas un cadeau offert librement. C'était quelque chose pour lequel nos ancêtres ont combattu avec leur sang, leur sueur et leurs larmes."

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Farid


Source : https://www.seneplus.com/diaspora/les-afrodescenda...