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La marque de gouvernance et les valeurs seront au cœur du débat électoral (Par Mohammed Ly)

Si le bilan suffisait, Jospin n'aurait pas été battu et vu Le Pen se qualifier devant lui au second tour en 2002. Si avoir le meilleur profil suffisait, Al Gore n'aurait pas perdu contre Bush Jr en 2000.


Rédigé par leral.net le Vendredi 10 Août 2018 à 16:02 | | 0 commentaire(s)|

C'est un projet de société porteur qui fait gagner une présidentielle, que tu sois sortant ou challenger et non un bilan aussi élogieux soit-il. Il est important d'avoir un projet rassembleur, et qui réponde aux aspirations profondes du peuple.

Mon intime conviction est que les Sénégalais ont besoin de rupture, des ruptures fortes dans l'incarnation de l'Etat et que nous opérerons non par la révolution, mais par des réformes courageuses et introduites graduellement et de façon harmonieuse dans nos lois et règlements. Le peuple sénégalais n'aime pas être bousculé, n'a jamais plébiscité des révolutionnaires, mais sait aller avec fermeté et dans un pas sûr, vers son idéal.
 
- Le Sénégalais veut qu'on réforme son administration, que celle-ci soit davantage tournée vers le service aux citoyens que vers la corruption et l'esprit de corps. Cet esprit de corps, ces ordres au sein de cette administration qui retardent certaines réformes et que parfois même, essaient de les faire échouer. On le dit peu, mais certains corps n'accompagnent pas l'Etat dans l'atteinte de certains objectifs d'intérêt général comme l'autosuffisance en riz. Dans ce programme que bien de gouvernements ont porté, certains lobbies et certains corps de l'administration ont plus à perdre à les accompagner que de les voir réussir. Cette attitude pourrait être assimilée à un comportement anti patriotique. Nous n'exagérons pas de le nommer ainsi. Il y a des ordres que le prochain Président doit être résolu à combattre et l'opinion et le peuple doivent soutenir ce dernier s'ils lui accordent leur confiance.
 
- Le Sénégalais veut que l'Etat s'éloigne de l'ordre religieux tout en lui amenant un soutien logistique en terme de sécurité et d'organisation comme aux grands magals. Ils veulent par contre le moins possible que les autorités politiques soient dirigées par les autorités religieuses. Les Sénégalais veulent que chacune de ces autorités s’arrêtent à ses prérogatives. Le candidat qui sera plébiscité ne devra pas prôner une loi de 1905 à la française, mais tout de même revoir la charge que représente les événements religieux et la part de la classe religieuse dans l'effort de 'Etat, dans la réussite de leurs événements.
 
- Le Sénégalais veut une rupture dans l'incarnation de l'Etat, en excluant amis et parents. La formule : la patrie avant le parti ils y avaient adhéré à fond en 2012.
 
- Le Sénégalais veut une rupture dans la gestion des dossiers de détournements présumés et des scandales comme Thione Seck, Bethio Thioune, Yerim Seck, Luc Nicolai etc... Ils ne veulent plus  avoir l'impression que certains Sénégalais sont au-dessus de la loi
 
- Le Sénégalais veut qu'on aide sa presse à s'organiser et à être plus performante, pour que celle-ci puisse faire un travail remarquable d’enquête et d'information. Ce qui est primordial dans une démocratie vivante.
 
- Un autre type d'enquête que les Sénégalais attendent, sont les enquêtes parlementaires au-delà des enquêtes d’investigation des journalistes. Nous voulons que notre Assemblée Nationale s'implique dans des sujets graves qui ressemblent à des scandales que ce soit financier, sanitaire ou sécuritaire. Sur les sujets comme la pénurie d’eau, les contrats de concession, le Prodac, le cas de l’étudiant Fallou Sène, le contrat avec Eiffage etc., les citoyens considèrent que l'Assemblée Nationale a pêché sur ces dossiers, en ne s’en saisissant pas par des enquêtes parlementaires... 

Donc nous attendons aussi des réformes de la société politique. Et sur ce point, que ce soit la société politique, les candidats à l'élection présidentielle comme les partis politiques qui sont prompts à vouloir tout réformer dans notre pays, sauf sur le leur !
 
Ça en est même suspect ! Aucun leader de premier plan ne promet de secouer le cocotier politicien, et il le faut pourtant. Surtout sur les points suivants:
 
 -- le mode d'élection des députés qui doit être revu. Le raw gaddu à un tour est injuste et ne reflète pas l'esprit de la 5e République sur lequel on s'est calqué pour faire respecter les proportions de représentativité à l’Assemblée Nationale, au CESE et à HCCT.
 
 -- le mode de fonctionnement de l'Assemblée Nationale est à revoir pour lui assurer plus de liberté mais aussi de pouvoir de contrôle
 
 -- le contrôle sur les dépenses de l'Assemblée nous semble important, rien ne justifie que ses marchés échappent au contrôle de la commande publique.
 
 -- l'organisation des partis, des coalitions de partis, doit être revue pour éviter d'entretenir des partis politique yobaléma.
 
Mais vous remarquerez comme moi, que le monde politique a comme une omerta sur ces sujets. Ils veulent tout réformer, en ayant une amnésie sur le besoin de réformes de leur mode de fonctionnement, de leur mode de financement et des modes de représentation aux différentes institutions.
 
Le candidat qui prendra ces sujets en charge, devrait attirer notre attention positivement
 
-Le Sénégalais veut qu’on réforme le fonctionnement de sa justice pour donner à celle-ci plus d’indépendance et de dignité. Une réforme institutionnelle a été adoptée par référendum durant ce mandat en cours. Mais il s'exprime dans l'opinion une volonté d'aller plus loin dans cette réforme. Notre pays a un besoin urgent de réformes. Des réformes pas facile et qui devraient impacter lourdement sur l'Etat et jouer un rôle majeur dans la transformation sociale du pays. Essayons de nous attarder sur les besoins de réforme de la justice. S'il y a des points qui reviennent le plus souvent, nous pouvons citer
 
-- La réforme du Conseil constitutionnel qu'on aimerait voir évoluer en une cour constitutionnelle, avec des compétences élargies. Les citoyens en ont marre de la frilosité du Conseil Constitutionnel qui à chaque fois qu’il est saisi, se déclare incompétent.
 
-- Une autre réforme qui aura une grande incidence sur la justice, sera une bonne réforme du CSM. Cet organe qui gère la carrière des magistrats, entre autres.
 
D'autres réformes judiciaires sont attendues, mais ces deux-là, si elles sont menées à terme avec audace, révolutionneront l'institution judiciaire et donc, notre société qui aura la garantie renforcée de tendre vers une société plus juste.

- Le Sénégalais veut aussi avoir un cadre de vie sain, des quartiers viabilisés, propres et épanouissants. Il faut un grand courage politique pour faire appliquer les lois existantes et éviter les pollutions dans nos quartiers, à commencer par les dahiras et djiangg qui empêchent les citoyens d'avoir leur quiétude, avec des routes barrées, etc.

Mais aussi, il faut que l'Etat prenne ses responsabilités par rapport aux voiries, aux canalisations, gestion des eaux usées etc....
 
- Le Sénégalais veut qu'on réforme les systèmes de santé et éducatifs: les grèves ils n'en veulent plus! Ils attendent un candidat qui pourra leur dire de façon détaillée comment remettre ces secteurs en marche avec un plan quinquennal de réformes qui agréera et les partenaires sociaux et les usagers.
 
Nous  ne prétendons pas avoir été exhaustifs sur les réformes à apporter, mais il nous semble que ces points constituent des aspirations réelles et profondes. Nous n'avons pas traité certains sujets cruciaux comme le pétrole, le gaz, l'agriculture qui devra remédier à l'exode rural, la pêche etc. exprès, car nous ne pensons pas pour le moment que ce soit l'enjeu de cette présidentielle.

Les Sénégalais font confiance à l'Etat et à son efficacité dans sa continuité et pensent que les contrats établis dans le domaine du pétrole et du gaz tiennent la route tout de même et seront défendus par n'importe lequel des candidats qui sera élu.

L'économie, notre attractivité pour les investissements, la sécurité du pays, le tourisme sont des sujets qui peuvent retenir notre attention, mais le cœur de nos préoccupations reste encore un besoin d'avoir un Etat mieux structuré, fort et stratégique. Les candidats qui l'auront compris, feront la différence.