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La teranga au-delà du slogan : ce que l'hospitalité coûte et ce qu'elle rapporte

Rédigé par leral.net le Mercredi 16 Septembre 2026 à 13:05 |

« Le pays de la teranga » : la formule figure sur les affiches touristiques, dans les discours officiels, sur le maillot des Lions. À force d'être répétée, elle a pris l'allure d'un slogan, et l'on oublie ce qu'elle désigne. La teranga, en wolof, c'est l'hospitalité, mais une hospitalité qui engage : accueillir l'autre, le nourrir, le loger, le mettre à l'aise, et cela sans lui faire sentir qu'il dérange. C'est une valeur splendide. C'est aussi une valeur qui a un prix, et il vaut la peine de regarder les deux faces de la pièce. Quatrième chronique de notre série.

Ce que la teranga demande

Commençons par ce que l'on dit moins. La teranga coûte. Elle coûte du riz et du poisson quand un parent débarque du village avec ses enfants « pour quelques jours » qui deviennent des mois. Elle coûte une chambre, quand le cousin venu chercher du travail à Dakar dort dans le salon d'un ménage déjà à l'étroit. Elle coûte du temps, quand il faut interrompre son travail pour recevoir. Elle coûte parfois la tranquillité d'un foyer, quand la maison devient une gare. Ceux qui la pratiquent le savent, et ils le disent rarement, parce que le dire serait déjà manquer à la teranga. Cette discrétion a un revers : la charge repose souvent sur les mêmes personnes, et d'abord sur les femmes, qui cuisinent, organisent et absorbent la fatigue.

La teranga n'est pas la naïveté

Il faut aussi distinguer la teranga de ses contrefaçons. L'hospitalité n'oblige pas à se laisser exploiter. Le proche qui s'installe sans jamais participer, l'ami qui ne vient que quand il a besoin, l'invité qui confond accueil et service : ce n'est pas la teranga qui est en cause, c'est son abus. Les anciens le savaient bien, eux qui pratiquaient une hospitalité généreuse mais réglée par des codes : on annonce sa venue, on apporte quelque chose, on aide aux tâches, on sait quand repartir. La teranga est une relation, pas un guichet. Quand un seul côté donne, ce n'est plus de l'hospitalité, c'est de l'épuisement.

Ce que la teranga rapporte

Alors pourquoi continuer ? Parce que la teranga rapporte, et bien plus qu'elle ne coûte, à condition de compter sur le bon horizon. Elle rapporte d'abord une sécurité : dans un pays où l'État ne peut pas tout, la certitude qu'il y aura toujours une porte ouverte est la première des assurances. Celui qui a accueilli sera accueilli ; l'enfant nourri chez la voisine nourrira un jour l'enfant de la voisine. Elle rapporte ensuite une réputation : une maison connue pour sa teranga est une maison respectée, et ce respect se transmet aux enfants comme un capital. Elle rapporte enfin quelque chose qui ne se mesure pas : la joie du repas partagé, la conversation qui se prolonge, le sentiment que la vie n'est pas une addition de solitudes. Les Sénégalais qui vivent à l'étranger disent souvent que c'est cela qui leur manque le plus, bien avant le thiéboudieune.

Une teranga pour aujourd'hui

La ville, les appartements plus petits, les budgets serrés et les journées de travail longues rendent la teranga d'autrefois difficile à tenir à l'identique. Mais elle peut se réinventer. Recevoir moins longtemps, mais mieux. Partager la charge entre les membres de la famille plutôt que la faire porter à une seule personne. Dire les choses avec douceur quand l'hospitalité est abusée, au lieu de se taire jusqu'à la rancune. Et étendre la teranga au-delà du cercle familial : à l'étranger de passage, au collègue nouveau, au voisin que l'on ne connaît pas encore. La teranga n'est pas un décor pour touristes ; c'est une manière de tenir ensemble.

À retenir : la teranga coûte du riz, du temps et de l'espace ; elle rapporte de la sécurité, du respect et de la joie. Le compte est bon, à condition de ne pas oublier ceux qui, chaque jour, le paient en silence, et de leur rendre à leur tour un peu de ce qu'ils donnent.

Photo : Macu Cristófol y Sel / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)




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