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Respect des aînés et parole donnée : comment ces valeurs se transmettent aujourd'hui

Rédigé par leral.net le Mercredi 16 Septembre 2026 à 13:05 |

Pour clore cette série de chroniques, deux valeurs qui tiennent ensemble le tissu social sénégalais : le respect des aînés et la parole donnée. La première organise les relations entre générations ; la seconde fonde la confiance entre les personnes. Toutes deux sont souvent citées comme étant en recul. Plutôt que de trancher ce débat, regardons où et comment elles se transmettent encore, dans les quatre lieux qui façonnent un jeune Sénégalais d'aujourd'hui : la famille, le daara, l'école et les réseaux.

Deux valeurs, un même socle

Respecter les aînés, ce n'est pas se soumettre. C'est reconnaître que celui qui a plus vécu a quelque chose à transmettre, et lui laisser la place de le faire : se lever quand il entre, lui donner la parole en premier, accepter la remontrance sans répondre sur le moment. En retour, l'aîné a des devoirs : protéger, conseiller, être juste. C'est cette réciprocité qui rend le respect vivant plutôt que pesant. La parole donnée obéit à la même logique. Au Sénégal, beaucoup d'engagements se prennent encore sans papier, dans la confiance : un prêt entre voisins, une promesse de mariage, un travail commencé sur un simple accord. La valeur d'un homme ou d'une femme se mesure à la fiabilité de sa parole, et celui qui « mange sa parole » perd bien plus qu'une transaction. Les deux valeurs se rejoignent dans l'idée du kóllëre, la fidélité aux liens.

La famille : l'apprentissage par le geste

C'est à la maison que tout commence, et rarement par des leçons. L'enfant qui voit sa mère servir d'abord la grand-mère, son père tenir une promesse faite à un voisin même quand cela lui coûte, apprend sans qu'on lui explique. Ce qui a changé, c'est la présence : parents qui travaillent tard, familles dispersées entre Dakar, le village et l'étranger, grands-parents moins souvent sous le même toit. La transmission par le geste demande d'être là. Beaucoup de familles compensent par la parole, l'appel du soir, les vacances au village, où les enfants de la ville réapprennent en quelques semaines les gestes de la déférence.

Le daara : discipline et mémoire

Pour des millions de Sénégalais, le daara, l'école coranique, a été le premier lieu d'apprentissage du respect : celui du maître, du texte, des anciens. On y apprend aussi la valeur de la parole, puisque tout s'y transmet oralement et s'y mémorise. Le daara a ses zones d'ombre, connues et débattues, mais son rôle dans la transmission d'une éthique de la retenue et de l'obéissance raisonnée reste central, et les daaras modernes, qui associent enseignement religieux et programme scolaire, tentent de garder cette force tout en s'ouvrant.

L'école : des valeurs à réinventer

L'école publique transmet moins ces valeurs par le contenu que par le cadre : ponctualité, respect de l'enseignant, parole tenue dans le travail de groupe. Elle apporte quelque chose que la famille et le daara donnent moins : l'idée que le respect ne se doit pas seulement aux aînés par l'âge, mais à chacun par la dignité. Les deux conceptions ne s'opposent pas ; elles se complètent, et les enseignants qui savent tenir les deux sont souvent ceux dont on se souvient.

Les réseaux : le lieu du défi

C'est sur les réseaux sociaux que la question se pose le plus crûment. On y voit des jeunes insulter des aînés sous couvert d'anonymat, des promesses publiques oubliées le lendemain. Mais on y voit aussi l'inverse : des vidéos d'anciens racontant leur jeunesse qui rassemblent des milliers de vues, des jeunes qui prennent la défense d'une personne âgée moquée, des créateurs qui font de la parole tenue une marque de fabrique. Les réseaux ne détruisent pas les valeurs ; ils les exposent, et les jeunes y choisissent, jour après jour, celles qu'ils veulent porter.

À retenir : le respect des aînés et la parole donnée ne se transmettent pas par nostalgie mais par exemple. Chaque adulte qui tient sa promesse devant un enfant, chaque aîné qui écoute avant de juger, ajoute une pierre. C'est cela, finalement, le yobalu que nous laissons à ceux qui viennent : non pas des règles, mais des gestes dont ils se souviendront sur la route.

Photo : Tools4Life / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)




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