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Mardi 15 Septembre 2026

Les conseils de Luqman à son fils : une sourate entière sur l'art d'éduquer




Deuxième texte de notre série Verbatim consacrée aux textes de sagesse. Après Socrate devant ses juges, un père qui parle à son fils. Le Coran consacre une sourate entière, la trente et unième, à un sage nommé Luqman, dont la tradition ne fait ni un prophète ni un roi, mais un homme à qui Dieu a donné la sagesse. Ses conseils à son fils, aux versets 12 à 19, tiennent en quelques lignes. Ils sont lus, appris et commentés depuis quatorze siècles, du Sénégal à l'Indonésie.

Un texte qui commence par la gratitude

Avant même les conseils, le texte pose une clé : la sagesse donnée à Luqman se manifeste d'abord par la reconnaissance. Celui qui est reconnaissant l'est pour son propre bien, dit le verset 12, et celui qui ne l'est pas ne retire rien à Dieu, qui se suffit à Lui-même. Tout ce qui suit découle de cette idée : l'éducation commence par apprendre à dire merci, non pour flatter, mais pour se situer justement dans le monde.

Le premier conseil : ne rien mettre au-dessus de Dieu

Le premier mot de Luqman à son fils, au verset 13, est un avertissement contre l'association, c'est-à-dire le fait de donner à quoi que ce soit la place qui revient à Dieu seul. Le texte qualifie cette faute d'injustice énorme. Les commentateurs y voient l'ordre des priorités : avant les manières, avant les études, avant le métier, il y a la question de ce que l'on place au sommet de sa vie. Un enfant qui n'a pas de sommet clair mettra n'importe quoi à cette place, l'argent, la réputation, la peur des autres.

Les parents, puis la conscience

Les versets 14 et 15 s'adressent à tous les hommes et non plus au seul fils : ils rappellent ce qu'une mère a porté, faiblesse sur faiblesse, et le sevrage au bout de deux ans, pour fonder le devoir de reconnaissance envers les parents. Mais le texte ajoute une limite précise : si les parents exigent que l'on associe à Dieu ce dont on n'a aucune preuve, il ne faut pas leur obéir, tout en continuant à les accompagner avec bonté dans ce monde. Obéissance et conscience ne se confondent pas ; on peut désobéir sans manquer de respect. Pour des sociétés où le respect des aînés est central, comme la nôtre, cette nuance est précieuse.

Rien n'est trop petit pour compter

Le verset 16 est l'un des plus cités : une action, fût-elle du poids d'un grain de moutarde, cachée dans un rocher, dans les cieux ou dans la terre, Dieu la fera venir au jour. Luqman ne menace pas son fils, il l'oriente : rien de ce que tu fais n'est perdu, ni le bien discret ni le mal que personne n'a vu. C'est le fondement d'une morale sans surveillance, celle que la sagesse wolof appelle le jom, faire ce qui est juste même quand nul ne regarde.

La prière, le bien, la patience

Le verset 17 enchaîne quatre injonctions : accomplir la prière, commander le bien, interdire le blâmable, endurer avec patience ce qui arrive. Les commentateurs relèvent l'ordre : d'abord la relation à Dieu, puis l'engagement envers les autres, puis l'acceptation de ce que cet engagement coûte. Car recommander le bien attire des ennuis ; la patience est présentée comme la suite logique, non comme une résignation.

La marche et la voix

Les deux derniers conseils, aux versets 18 et 19, sont les plus concrets. Ne détourne pas ton visage des gens par orgueil, ne marche pas sur terre avec insolence, car Dieu n'aime pas le présomptueux plein de vanité. Sois modeste dans ta marche et baisse ta voix, car la plus détestable des voix est celle de l'âne. Le sage termine par le corps : la façon de marcher, de regarder, de parler. La sagesse, dans ce texte, n'est pas d'abord une idée ; c'est une manière de se tenir parmi les autres.

À retenir. En huit versets, Luqman donne un programme d'éducation complet : la gratitude, l'ordre des priorités, le respect des parents sans renoncer à sa conscience, la certitude que rien n'est perdu, la prière, l'engagement, la patience, la modestie du corps et de la voix. Le texte se lit en deux minutes. Il se pratique toute une vie. Prochain texte : Ibn Khaldoun et la vie des sociétés.

Photo : Shadhi ibn Muhammad ibn Ayyub / Aydughdi ibn 'Abdallah al-Badri / Wikimedia Commons (domaine public)

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