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Les paysans du Bassin arachidier appellent à la rétention des graines

La guerre de l’arachide refait surface dans le Saloum. Cette fois-ci, elle a pris une tournure inattendue puisque les paysans se sont regroupés au sein d’une seule plateforme dénommée « Fédération nationale des coopératives du Sénégal » pour dire non à un prix du kg d’arachide à 250 frs. Les paysans membres de cette plateforme étaient en tournée dans plusieurs localités du Bassin arachidier pour donner un mot d’ordre de rétention des graines tant que les autorités du pays ne porteraient pas le prix du kg de la graine à 300 frs afin de leurs permettre de poursuivre la campagne de commercialisation de l’arachide. Ils en ont profité pour décrier « l’amateurisme » du Dg de la Sonacos dont ils réclament le départ. Pour obtenir gain de cause, les organisations paysannes annoncent une tournée nationale pour contrecarrer, disent-elles, les tentatives de la Sonacos de les « tuer ».


Rédigé par leral.net le Mardi 22 Décembre 2020 à 16:38 | | 0 commentaire(s)|

Les paysans du Saloum, toutes organisations confondues, ont fait une démonstration de force pour fustiger « les machinations de la Sonacos » ayant abouti à la fixation d’un prix au producteur de l’arachide à 250 frs le kg en lieu et place de celui de 300 frs pratiqué depuis le début de la campagne jusqu’à ces derniers jours. En effet, selon les producteurs du Bassin arachidier, les autorités seraient à l’origine de cette situation qui a paralysé leurs activités. En tout état de cause, les entités paysannes les plus représentatives, notamment l’Association des producteurs et agriculteurs de Nganda de Cheikh Tidiane Cissé, l’Association des agriculteurs du Bassin arachidier, le Syndicat des cultivateurs, éleveurs et maraîchers du Sénégal, « Bombali », une organisation d’agriculteurs de la région de Diourbel et le Syndicat national des paysans du Sénégal font partie de cette plateforme.

Bref, la crème des organisations de producteurs d’arachide du Bassin arachidier. Les paysans ont effectué une tournée aux allures d’une marche de protestation, comme ils avaient menacé de le faire lors de leur première sortie, dans la quasitotalité des points de commercialisation les plus stratégiques pour, disent-ils, « mettre tout le monde au parfum de se qui se trame », selon le Sg de l’Association des producteurs et agriculteurs de Nganda, Cheikh Tidiane Cissé, qui porte la parole de la plateforme paysanne. Lui et ses camarades disent ne pas comprendre les raisons de cette décision prise par les autorités pour, selon eux, empêcher le déroulement de la campagne comme au tout début. A leurs yeux, en effet, si le président de la République empêche les Chinois d’exporter les graines pour des raisons « de protection de la Sonacos », c’est « pour tuer le paysan qui n’a presque reçu aucune aide des autorités pour travailler la terre », soutient M. Cissé qui était à la tête de l délégation de paysans qui s’est rendue hier dans les contrées les plus reculées du Saloum pour prôner la rétention des graines. Poursuivant, il a déclaré ceci : «Actuellement, le prix du kg d’arachide est injustement fixé à 250 frs contre le gré des paysans puisque les acheteurs chinois ne viennent plus en raison de manque d’espaces de stockage, ce qui laisse le champ libre à la Sonacos qui nous impose ce prix que nous avions rejeté des le début de la campagne. Ce qui veut dire que nous sommes obligés de céder nos graines à ce prix injustifié. Autrement dit, nous ne tirerons rien de cette campagne ».

Les producteurs préfèrent garder leurs graines plutôt que de les céder à 250 frs

Ibrahima Badiane, président de l’Association des agriculteurs du Bassin arachidier, s’exprimant avec sa casquette de membre de la Fédération nationale des coopératives du Sénégal, organisation créée « spontanément » pour fédérer les forces paysannes, syndicats et associations, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère puisque, selon lui, face à la situation telle qu’elle se présente, les paysans ne peuvent obtenir gain de cause que s’ils refusent unanimement de céder leurs graines pour tordre le bras aux autorités afin qu’elles restaurent le prix de 300 frs sur la marché. Il demande donc à tous les paysans de garder leurs graines même si cela risque de leur causer des problèmes avec la qualité de la graine qui peut se détériorer. Toujours est-il que, selon Badiane, « les producteurs feront appel à des partenaires qui leur prêteront des sous en attendant que la situation se décante car, pour vendre actuellement, c’est tout un problème ».

Fada démenti et sa tête réclamée

D’après les paysans, les allégations du directeur général de la Sonacos, Modou Diagne Fada, selon lesquelles « certains producteurs ont accepté de céder leurs graines à 250 frs » seraient fausses puisque, assurent-ils, toutes les organisations paysannes se retrouvent dans cette plateforme qui mène le combat. « La preuve est là très visible puisque tout le monde est ici », lance sous forme de défi le Sg de l’Association des producteurs et agriculteurs de Nganda. Cheikh Tidiane Cissé soutient également que les paysans ont été bernés par Modou Diagne Fada qui, en avançant le prix de 250 frs, « se cache derrière les frais de transport, la marge bénéficiaire de la marchandise » alors qu’il n’en est rien car, en réalité, cela n’engage que ses intérêts et non ceux des producteurs qui n’y trouvent pas leur compte. Pour conclure, les agriculteurs estiment que « la Sonacos a cherché l’excuse de l’aflatoxine auparavant pour briser le prix de l’arachide mais maintenant, la Sonacos fait des magouilles pour décourager les acheteurs étrangers pour étrangler le paysan ». Dans la foulée, ils soutiennent que Fada ne connait rien de l’arachide et qu’il a été nommé à ce poste par choix politique et non technique. Conséquences, selon eux, bonjour les problèmes !

« Les agents de la Sonacos déployés dans le monde rural ne sont pas qualifiés »

Si l’on se fie aux paysans qui effectuaient une tournée ce weekend, le « manque de compétence » du directeur général de la Sonacos déteindrait sur la gestion de la boite en ce sens que « même les agents déployés dans le monde rural ne sont pas des agents de la Sonacos, ils ont été recrutés par complaisance pour aller à la rencontre des producteurs ». Histoire d’inviter les autorités à revoir leur copie dans cette affaire de fixation du prix de l’arachide, les organisations paysannes annoncent une tournée nationale à travers toutes les zones de productions d’arachide « pour ensemble dire non à cette politique de la Sonacos qui tente de tuer le producteurs sénégalais ». Reste à savoir si, en voulant vendre toutes leurs graines aux négociants chinois, ces braves paysans ne condamnent pas eux aussi la Sonacos — et donc l’industrie nationale — à une mort certaine…
Le Temoin



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