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Les régions de Casamance, de Kédougou et le Port de Dakar: Ces "lits" des économies criminelles

Rédigé par leral.net le Mercredi 16 Juin 2021 à 16:14 | | 0 commentaire(s)|

La Casamance et Kédougou et le Port de Dakar: ces
 
 
 
«Le Sénégal : risques et enjeux transnationaux à l’épreuve des économies criminelles». C’est l’étude menée par l’Institut d’études de géopolitique appliquée établie en France, parue hier et qui a axé ses recherches au Port de Dakar et dans les régions de Casamance et Kédougou. Ces aires géographiques, selon ce rapport, sont propices au développement des économies criminelles.
 
 
 
Le Port autonome de Dakar (Pad), la Casamance et la région de Kédougou ont constitué les aires géographiques d’une étude de l’Institut d’études de géopolitique appliquée (Ega), parue hier. En effet, ces zones soumises à des dynamiques différentes ont toutes les trois des caractéristiques et des enjeux propices au développement des économies criminelles en Afrique de l’Ouest. Au début de l’année 2021, le Sénégal est exposé à de nouveaux enjeux et risques transnationaux, à l’épreuve d’un tournant dans le déploiement des économies criminelles dans la sous-région. D’importants volumes de cocaïne et de matériaux à des fins de transformation de la cocaïne sont saisis sur les côtes dakaroises. A cela, s’ajoute la menace terroriste suite aux menaces d’Abou Obeida Youssef al-Annabi qui avait annoncé la volonté d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique), et du Gsim (Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans) de s’étendre vers des zones périphériques (Côte d’Ivoire, Bénin, Guinée et Sénégal). Le taux de chômage qui reste très important, notamment chez les jeunes qui représentent 70% de la population, le faible taux de scolarisation et une carence de l’employabilité et l’économie informelle qui représente 80% de la part du marché du travail au Sénégal en Afrique subsaharienne constituent également un terreau aux économies criminelles. Au plan institutionnel, révèle l’étude, le Sénégal subit encore les fragilités de son système judiciaire et financier défaillant, qui alimente en grande partie le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
 
 
Le Port de Dakar : le nouvel eldorado des cartels latino-américains ?
 
Le Sénégal est particulièrement vulnérable devant ce problème en raison de la forte présence d’expatriés européens sur son territoire, premiers consommateurs de drogue de synthèse ou de cocaïne. Dès lors, cocaïne, héroïne, méthamphétamine, cannabis, tramadol et ecstasy s’y propagent. L’une des zones cibles de l’économie criminelle, en l’occurrence le Port de Dakar, constitue le quatrième port le plus dynamique de l’Afrique de l’Ouest. Avec ses 20 millions de tonnes de marchandises en 2019, c’est un point d’entrée stratégique pour les marchandises qui transitent directement au Sahel - Mali, Niger, Tchad. Ce qui fait que le Pad pourrait bien devenir un nouveau hub du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest. Ce qui pourrait expliquer les saisies importantes à la fin de l’année 2020. D’autant plus que, choisir le Sénégal, souligne le rapport, s’avère rentable pour les trafiquants latino-américains, car proche du Maroc et donc de l’Espagne.
De plus, le Pad fait transiter une partie importante des marchandises des pays sahéliens enclavés. En effet, 65% du trafic à destination du Mali provient du Pad, mais moins de 20% transitent par train, la majeure partie se fait par routes dans la brousse. Il est alors plus facile de pouvoir dissimuler une partie de la drogue dans les camions, remplis de denrées alimentaires et autres marchandises.
 
Certaines familles sénégalaises contrôlent une partie des trafics qui transitent au Sénégal
 
Une autre considération peut compléter ces atouts géostratégiques du Sénégal et de son port, exploités par les trafiquants de drogue : l’augmentation de la consommation, y compris au sein même du pays. L’augmentation de la consommation, liée à la diversification de la demande et à la baisse des prix de la cocaïne et de l’héroïne depuis 2010 a engendré l’augmentation de la production. Au Sénégal, la cocaïne est présente au sein de l’élite francophone et étrangère. Les mafias étrangères sont, aussi, bien établies. Aujourd’hui, certaines familles sénégalaises contrôlent une partie des trafics qui transitent au Sénégal, et profitent de leur leadership et de leur citoyenneté pour asseoir leur monopole sur certains réseaux d’économies criminelles. Mais pour l’instant la situation relève d’une véritable confusion dans la compréhension de tous les enjeux et des dynamiques des réseaux informels au Sénégal. Ce, nonobstant la mise en place un bon nombre d’instruments législatifs et exécutifs pour combattre les économies criminelles et le trafic de drogue, notamment avec l’Office central de répression du trafic Illicite des stupéfiants (Ocrtis) et le Comité interministériel de lutte contre la drogue (Cild).
Seulement, en dépit de tous ces programmes, l’étude constate un léger échec des programmes de lutte contre la drogue à l’échelle mondiale.
 
 
La Casamance propice aux narcotrafics
 
Une autre région du Sénégal qui abrite depuis maintenant plusieurs décennies un système d’économies criminelles est la Casamance. Cette région est propice aux réseaux marchands et au développement des économies informelles transnationales. Au regard de la géopolitique et de la situation actuelle avec les groupes terroristes dans la région du Sahel, l’État du Sénégal se doit de reprendre la main sur les flux et trafics qui sévissent dans cette région. Les seules négociations qui pour l’instant laissent entendre un semblant de retour à la normale sont que le Mfdc laisse revenir les villageois déplacés à cause du conflit, mais ceux-ci viendraient menacer leur économie de guerre. Alors que cela fait 40 ans que le conflit s’enlise, l’armée sénégalaise a déclenché le 26 janvier 2021 la reprise des raids militaires dans la région sud, près de la frontière avec la Guinée-Bissau. Quels en sont les objectifs ? Selon certains spécialistes de la région, cités par le rapport, cette situation pourrait créer des failles favorisant le glissement et la pénétration d’idéologie salafiste dans la région. Pour les groupes terroristes au Sahel, une région comme la Casamance est idéale à sanctuariser en raison de l’économie de guerre et des réseaux de trafics d’armes déjà présents.
 
 
«Les messieurs Casamance» de Wade…
 
Un autre aspect que celui de l’instabilité sécuritaire engendrée par le conflit casamançais, qui crée un terreau fertile pour les économies criminelles dans cette région, est le fait qu’historiquement et géographiquement, c’est une zone de transit pour les trafics et leur gestion. Le conflit a aussi été alimenté grâce aux «messieurs Casamance», envoyés dans les maquis sous Abdoulaye Wade avec des mallettes remplies d’argent pour acheter la paix. Mais, selon le rapport, ce processus a davantage profité à la résistance, leur permettant de s’acheter de nouvelles armes et munitions afin de mener leurs offensives. La deuxième raison est la proximité avec la Guinée-Bissau et ses 88 îles des Bijagos, l’archipel des pirates et des trafics contemporains, l’exemple type du narco-état au XXIème siècle. Ces îles constituent - ainsi que celle du Cap-Vert située en face de Dakar - une véritable porte d’entrée naturelle du trafic, - et ce depuis l’époque de la guerre froide. Ainsi, la Casamance est une zone de passage et d’utilisation importante d’armes.
 
 
Kédougou : une plateforme de transit vers le Sahel
 
L’une des dernières régions en proie au développement de cellules d’économies criminelles est la région de Kédougou, objet de tous les regards depuis l’appel au jihad peul lancé dans la région par Amadou Koufa en 2018 - émir de la Katiba Macina - et depuis le coup d’État de Bamako en août 2020. La région de Kédougou est le dernier rempart d’une possible invasion terroriste djihadiste sur le sol sénégalais. Au bord du fleuve Gambie, situé à 700 kilomètres de Dakar, la région de Kédougou partage environ 420 kilomètres de frontières avec le Mali à l’Est. Aujourd’hui, sa géostratégie alarme le gouvernement sénégalais, en raison du terrain propice aux tensions avec la multiplication des mines artisanales et des migrations entre Kédougou et Kéniéba. En tant que région frontalière et connectée au Sahel, on peut s’interroger sur la possibilité de Kédougou à devenir une véritable plateforme de transit. Selon l’étude, il ne faut pas concevoir les frontières comme des espaces fermés mais plutôt comme des zones productives et de circulations intenses. En effet, indique le rapport, le Mali et le Sénégal ne sont pas des pays séparés, ils sont connectés via la profondeur historique et la continuité géographique.
 
 
Entre trafics transfrontaliers, la circulation importante d’armes et d’explosifs
 
La région de Kédougou regorge d’extrêmes richesses minières. Elle a ainsi développé une forte activité d’orpaillage entraînant de multiples facteurs à risques dans la sous-région. Entre trafics transfrontaliers de biens et de personnes, la circulation importante d’armes et d’explosifs, ainsi que l’exclusion socio-économique d’une certaine partie de la population, on peut se poser la question de savoir si elle serait un terreau fertile, propice au narco-jihad ? Géo-stratégiquement, elle est frontalière avec des pays en proie à des crises sécuritaires, politiques et institutionnelles. L’or est le deuxième produit d’exportation au Sénégal, c’est une valeur qui est très recherchée par les organisations criminelles transfrontalières car elle permet de ne pas retracer son origine, elle n’est donc pas suivie comme la monnaie par exemple. S’y ajoute, le fait que certains jeunes de Kédougou soient assis sur de l’or et n’en profitent pas. L’un des autres enjeux de l’activité aurifère est qu’elle crée un abandon de l’agriculture malgré le potentiel pluviométrique de la région. L’exploitation des terres agricoles est délaissée par les Kédovins au détriment du secteur minier, tout d’abord en raison d’un déficit de mécanisation et de motorisation puis en raison des revenus conséquents que l’extraction minière procure.
 
Moussa CISS
 



Source : https://www.jotaay.net/La-Casamance-et-Kedougou-et...


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