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Meïssa Marième Lô: «La bourse est vue comme une affaire réservée aux privilégiés »

Consultant junior sur les produits dérivés dans une banque d’investissement à Paris, Meïssa Marième Lô est titulaire depuis 2019, d’un MBA en trading et gestion d’actifs, d’un master en expertise financière et en 2015, d’une licence en management et développement obtenu à ETICCA Dakar/3A Lyon, où il est sorti major de sa promotion. Leral lui a posé quelques questions sur les notions de bourse et de finances.


Rédigé par leral.net le Lundi 30 Août 2021 à 19:19 | | 0 commentaire(s)|

Qu'est ce qui a motivé l'écriture de cet ouvrage?

Lorsque je faisais mon mémoire de fin d’études, j’avais choisi comme sujet les introductions en bourse appelés, en anglais Initial Public offering (IPOs) sur le marché financier ouest africain. Mais j’étais confronté à la difficulté de trouver de la documentation sur cette place boursière, pour analyser et étayer la problématique soulevée. Fort de ce constat, j’avais décidé de transformer ce mémoire en livre, afin d’inciter d’autres sachants du domaine à produire plus d’écrits sur ce marché financier, à réaliser une analyse critique pour booster la place boursière ouest africaine et participer ainsi à son développement. C’est donc en 2020, que j’ai soumis le projet à certaines maisons d’édition à Paris, et c’est Harmattan Paris qui a décidé de valider et publier le livre.

Vous pensez qu'à travers cet ouvrage, certains Sénégalais vont aimer la bourse?

La bourse est souvent vue comme une affaire réservée à une certaine élite et des privilégiés, le fait d’en faire un débat public, d’en parler, peut rendre le sujet accessible à tout le monde. Si les Sénégalais sont soucieux du développement économique de leur pays ou de l’espace économique où le Sénégal se trouve (UEMOA), s’intéresser à la bourse est alors de rigueur. Il faut qu’ils comprennent que la finance de marché participe au financement d’une partie de l’économie. J’ai appris une chose lorsque vous voulez que les gens s’intéressent à un sujet, il faut qu’ils y trouvent leur compte, la fameuse question : qu’est-ce que j’y gagne ?

Ici, la démarche qui siedn c’est de leur montrer la corrélation entre la bourse, le développement des entreprises et le « panier de la ménagère ». Je veux dire par là, lorsqu’une entreprise cherche à se développer et souhaite lever un fonds, elle peut s’orienter vers la bourse grâce à l’appel public à l’épargne ,donc avec l’argent des particuliers (sénégalais, béninois, ivoiriens etc.), des investisseurs institutionnels ou autres.

Avec ces capitaux, l’entreprise qui cherche à s’accroitre, augmentera sa production et pour ce faire, aura besoin d’embaucher plus de main-d’œuvre (création d’emplois), donc par ricochet, les ménages auront plus de salariés, ce qui augmente leur pouvoir d’achat, leur capacité à acquérir plus de biens ou services, payer plus de Tva et autres taxes. Ainsi, économiquement, il y aura plus d’offres face aux demandes des citoyens, l’entreprise paiera aussi plus d’impôts et taxes, permettant ainsi de renflouer les caisses de l’Etat. L’Etat aura donc plus de marge et capacité à financer les politiques publiques.

Quelle est sa finalité ? Pensez-vous avoir fait une innovation ?

Alors, j’ai trois cibles : les acteurs principaux et décideurs de la place boursière, les particuliers et épargnants, et les jeunes étudiants et élèves en finance. Mon objectif principal, c’est de soulever les points focaux à améliorer pour redynamiser le marché financier ouest africain, pousser les acteurs à en faire un débat, inciter les épargnants ouest-africain à s’intéresser à l’investissement dans la bourse et montrer aux dirigeants d’entreprises, l’avantage de se faire coter en bourse et la démarche à suivre pour réussir cette cotation. J’ai essayé de rendre le livre accessible à tout le monde, afin que les lecteurs qui ne s’y connaissent pas, puissent comprendre le fonctionnement de la bourse et s’intéresser au mieux à ce qui s’y fait.

Rares sont les personnes qui s'intéressent à la bourse, votre œil en tant que financier ?

C’est en 2010 que je me suis intéressé à la finance, en lisant un article sur le parcours de l’économiste et ancien redresseur de banques, Abdoul Mbaye. Mais en ce qui concerne la bourse (finance de marché), c’est mon grand frère et ainé Ahmadou Bamba qui m’en avait parlé le premier et c’est ce qui a suscité chez moi l’envie de travailler dans ce domaine. Je veux démontrer par-là, que si les gens ne sont pas au courant de certains types de métiers, de domaines d’activité, ils ne chercheront jamais à le faire ou y œuvrer. D’où mon objectif encore une fois d’écrire sur la place boursière ouest africaine, pour que les gens s’informent sur ce qui s’y fait, pousser mes jeunes frères et sœurs qui sont dans le secteur de la finance en général, à s’orienter aussi vers les différents métiers de ce domaine.

Peut-il y avoir un canevas pour faciliter l'implication?

Oui. La communication et éducation financière sont pour moi les deux leviers, sur lesquels si les décideurs et acteurs du marché s’appuient, pourront déclencher chez les ouest-africains l’envie de s’intéresser à la finance de marché, et songer à diversifier leur épargne en investissant sur les sociétés cotées en bourse. Nous avons aujourd’hui de formidables outils de communication : les réseaux sociaux pour ce faire. Je suis fort contrit, de voir les acteurs sérieux du milieu (BCEAO, BRVM, Société de gestion et d’intermédiation, société de gestion de patrimoine etc.), laisser quartier libre à des amateurs ou arnaqueurs, qui œuvrent à tromper les africains sur des investissements dans des cryptomonnaies (bitcoin et autres).

Non seulement ils ont besoin d’y trouver leur compte, mais aussi de comprendre le fonctionnement, l’utilité et la nécessité, de savoir dans quoi ils s’embarquent. Il ne faut pas oublier que ce sont des investisseurs, et qu’un investisseur c’est le retour sur investissement (ROI) qui l’intéresse, le profit. Les informations qui lui sont fournies lui sont capitales dans sa prise de décision, raison pour laquelle j’explique dans le livre la théorie de l’action raisonnée (TAR), renommée la théorie du comportement planifié (TCP), qui soutient que les individus réagissent de façon rationnelle selon l’information dont ils disposent. Ces théories défendues par deux théoriciens Fishbein et Ajzen.

Le message à l'endroit de votre génération et celles futures par rapport à la finance ?

Avant même cette crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui, les temps étaient durs et le seront encore plus. La question prédominante ici, c’est de savoir combien il vous reste à la fin de chaque mois, pour épargner et investir. C’est vraiment le conseil en finance que je peux leur donner. Il ne s’agit pas de dire que je ne gagne pas beaucoup, donc je ne peux pas épargner ou investir, et se dire il faut que je gagne plus pour pouvoir songer à garder de l’argent à côté. Autrement dit, il est préférable d’avoir 100 000 FCfa par mois, d’avoir peu comme dépenses mensuelles, être peu dépensier (essayer de vivre encore en famille pour économiser, moins d’orgies et beuveries) et être capable de mettre 30 000 FCfa par exemple de côté par mois, plutôt que de gagner un salaire de 200 000 FCfa (le double) et d’avoir des dépenses telles qu’on ne peut même pas mettre, ne serait-ce que 15 000 FCfa, de côté (parce qu’on s’engage dans trop de dépenses, dés fois inutiles ou pas encore nécessaires).

Pour cette raison, il est important de savoir comment on utilise son argent, est-ce à bon escient. D’ailleurs Warren Buffet (homme d'affaires, investisseur et milliardaire américain) dit que la première ponction importante et intelligente de son gain qu’il faisait après chaque fin de mois, était la somme qu’il compte épargner et le reste, il essaie de vivre avec. La morale à retenir ici, est : il faut s’auto-éduquer, afin de ne pas être trop dépensier, prendre en compte la conjointure actuelle que nous vivons et que l’épargne n’est qu’une consommation différée.


Quelle est votre analyse de la pandémie par rapport à l'économie du Sénégal et du monde entier?

La crise de covid-19 a ralenti toutes les croissances économiques. Selon un rapport de l’INSEE (institut national de statistiques et des études économiques), l’activité économique a beaucoup reculé, en 2020, dans la plupart des pays, et ce, jusqu’au premier trimestre 2021. L’économie mondiale est encore impactée par les conséquences de restrictions sanitaires et ralentissement d’activité partout dans le monde. Ces conséquences se sont observées dans l’ouverture de nouveaux commerces, de nouvelles entreprises, dans la consommation de biens et services.

C’est en mai 2020, que j’avais écrit pour alerter sur les conséquences du protectionnisme sanitaire face aux économies trop libérales, notamment celle de notre pays le Sénégal. Il est vrai qu’au cours de ce troisième trimestre de 2021, les marchés reprennent progressivement, grâce aux vaccins et probablement, la possibilité de trouver un traitement à cette maladie. Raison pour laquelle, on constate aussi sur le marché, à une reprise progressivement de la vente en détail, du transport et de la restauration. On peut donc avoir espoir que les activités économiques reprendront en Europe, progressivement en Amérique et chine, ce qui forcément impactera l’Afrique.

Par contre, le secteur du tourisme (8% du PIB sénégalais) et ceux du transport et de l’hébergement restent à la traîne au Sénégal, et surtout une baisse importante des transferts d’argents des Sénégalais de l’extérieur (contribuant entre 10 et 15% du Pib selon Coface Trade).

D’ailleurs, dans mon article publié chez "Financial Afrik" en mai 2020, je précisais l’urgence pour ces états africains (tous des économies libérales) de se réinventer, d’apprendre de cette crise et le protectionnisme sanitaire imposé, en commerçant entre eux. Donc la création de la ZLECAF (zone de libre-échange continentale africaine), vient à point nommé. Mais elle doit être accompagnée par une vraie volonté politique. Sur ce, je pense que c’est une occasion en or pour certains Etats de s’en sortir, car si les états africains ne commercent pas suffisamment entre eux, certains Etats risqueront d’entrer dans une crise économique et sociale sans précédent.

Pour finir, retracez-nous votre parcours

En 2020, j’ai obtenu un certificat de « Maitrise du trading FOREX », une formation dispensée par un ancien Trader de la BNP et la Banque de France, Philippe LHERMIE. Je suis membre de quelques organisations à but non lucratif au Sénégal, œuvrant dans des actions sociales, activité de développement personnel etc. Je suis de philosophie libérale, mais je prône le libéralisme réaliste, qui prend en compte les réalités socio-culturelles de notre continent, donc de nos us et coutumes.

La chose politique m’intéresse beaucoup, car qu’on le veuille ou pas, concomitamment, la politique impacte notre vie quotidienne, religieusement, culturellement, socialement ... Ce qui m’a poussé à soutenir bénévolement des organisations politiques, ou des associations comme l’Association avocats sans frontières (ASF) : là où la défense n’a plus la parole, qui lutte pour les principes de l’état de droit, des droits fondamentaux des humains, de la démocratie et contre les inégalités sociales.




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