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RD Congo: l'alliance entre Tshisekedi et Kabila au grand jour

Rédigé par Alain Lolade le 25 Janvier 2019 à 09:39

Avant de céder le fauteuil présidentiel, Joseph Kabila s'est exprimé à la télévision nationale pour une dernière adresse à la nation en tant que président de la RDC. En filigrane, il a tracé les termes du partage du futur pouvoir.


« L'indépendance, la dignité et la souveraineté de la République démocratique du Congo n'ont pas de prix », a affirmé sur un ton solennel le président Joseph Kabila, 47 ans, dans son dernier discours à la nation à la veille de son départ. L'occasion pour le dirigeant au pouvoir depuis dix-huit ans de dresser le bilan de son action à la tête du plus vaste pays d'Afrique centrale.

Kabila défend son bilan à la tête de la RDC

Joseph Kabila s'est d'abord félicité de la réunification du pays divisé à son accession au pouvoir, en janvier 2001, en « autant des principautés qu'il y avait de chefs de guerre », a-t-il avancé. « Grâce à la mobilisation de l'ensemble de notre peuple, aux dialogues permanents avec les forces politiques et sociales, à l'action de nos vaillantes forces de défense et de sécurité – chaque jour mieux équipées, plus professionnelles et efficaces –, à une diplomatie agissante, à des reformes institutionnelles courageuses, notamment la décentralisation et la récente révision du code minier, et à une politique monétaire et une gestion des finances publiques rigoureuses, le pays a été pacifié et réunifié, l'économie stabilisée puis relancée, la reconstruction engagée […], et les avancées sans précédent enregistrées en matière de démocratisation et de l'instauration de l'État de droit », a-t-il déclaré sur la chaîne d'État RTNC, un brin ému.

Un soutien total et appuyé à l'endroit de Tshisekedi

Au moment de quitter sa fonction, « grâce à la maturité du peuple » légué à son successeur, « avec des élections intégralement financées sur fonds propres », un pays précurseur dans la sous-région, demain, il va « passer la main (à son successeur) sans regret ni remords », a insisté Kabila fils, qui a félicité le nouveau président issu de l'opposition.

« C'est le lieu pour moi de réitérer en votre nom comme en mon nom propre, les félicitations ainsi que nos vœux de plein succès au président élu M. Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo », a-t-il déclaré. « Qu'il soit assuré de pouvoir compter sur moi chaque fois qu'il le souhaite et que l'intérêt du pays l'exigera », a-t-il promis.

Avant de lancer un appel à « une grande coalition de toutes les forces progressistes. Coalition contre les forces prédatrices qui se sont liguées et qui tenteront toujours de se liguer pour s'accaparer nos ressources naturelles », a encore déclaré le président Kabila dans ce premier discours depuis l'élection présidentielle du 30 décembre.

Entre cohabitation et coalition : le partage du pouvoir

En effet, pour la première fois, la République démocratique du Congo s'apprête à vivre une transmission pacifique du pouvoir présidentiel, qui va passer des mains de Joseph Kabila à Félix Tshisekedi. Cet événement inédit au Congo et rare en Afrique centrale, est le résultat, outre les élections du 30 décembre, d'un « rapprochement » entre le président sortant et son successeur issu de l'opposition et des pressions sur le pouvoir en place depuis quatre ans. Avant la prestation de serment de Félix Tshisekedi, ses proches ont rencontré des officiels et des généraux issus des appareils d'État et sécuritaire sur lesquels Joseph Kabila règne depuis dix-huit ans.

Il ressort de ces échanges que le président Tshisekedi devra désigner un « informateur », pour identifier un chef de gouvernement au sein de la majorité de l'Assemblée nationale qui reste largement acquise au parti au pouvoir.

Les deux coalitions pro-Kabila, Front commun pour le Congo (FCC), et pro-Tshisekedi, Cap pour le changement (Cach), ont signé un « accord de coalition politique » et de « partage de pouvoir », d'après un document que l'AFP s'est procuré. Ce document prévoit une « répartition par famille politique des postes ministériels et autres postes administratifs ». Il prévoit que les ministères régaliens (Affaires étrangères, Défense et Intérieur) doivent, « comme cela est de doctrine certaine, revenir à la famille politique du président élu ».

Le résultat contradictoire de la présidentielle et des législatives « veut dire non pas un appel à la cohabitation » mais un appel aux leaders politiques « à regarder dans la même direction, à coaliser leurs efforts et à travailler ensemble », a-t-il insisté.







Le Point