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Cartes nationales d’identité à l’étranger : quand le Sénégal renouera-t-il avec la production dans ses consulats ? par ( Elhadji Amadou Ndao )

Rédigé par leral.net le Samedi 7 Novembre 2026 à 15:10 |

Dès les premières années de son accession à la magistrature suprême, le Président Macky Sall avait donné des instructions fermes en vue de l'implantation de centres d'enrôlement et de production de cartes nationales d'identité dans nos représentations diplomatiques et consulaires à l'étranger.

Cette orientation avait permis à plusieurs postes de disposer de capacités opérationnelles appréciables pour accompagner nos compatriotes dans l'obtention de documents administratifs essentiels. Le Consulat général du Sénégal figurait notamment parmi les rares représentations africaines, à New-York, capables de produire la carte nationale d’identité et éventuellement le passeport sur place, le même jour. Cela facilitait considérablement le traitement des requêtes liées à l'immatriculation, à l'identification, à l'état civil, aux légalisations, aux transcriptions de naissance et, naturellement, à l'organisation du vote des Sénégalais de l'extérieur.
Le Sénégal faisait alors figure de précurseur. Cette avance était reconnue et parfois enviée par d'autres représentations diplomatiques et consulaires de notre continent.
Avec le passage, en 2017, de la carte nationale d'identité numérisée à la carte biométrique CEDEAO, les capacités de production dans nos postes à l'étranger ont été suspendues. Cette transition vers un nouveau dispositif nécessitait, dans un premier temps, une appropriation technique par les services compétents du ministère de l'Intérieur, avant d'envisager son déploiement dans nos représentations extérieures.
Depuis lors, les postes consulaires procèdent à l'enrôlement des demandes, tandis que la production des cartes est centralisée à Dakar, au niveau de la Direction de l'automatisation du fichier (DAF).
Cette organisation n'est pas sans conséquences. Elle occasionne des délais particulièrement longs, parfois de plusieurs mois, pour des Sénégalais dont les besoins administratifs ne peuvent souffrir aucune attente. Qu'il s'agisse de régulariser un séjour, de renouveler un document ou d'accomplir une formalité administrative nécessitant impérativement la présentation de la carte nationale d'identité biométrique CEDEAO, les retards peuvent avoir des conséquences considérables.
Il en résulte une frustration grandissante au sein de nos communautés établies à l'étranger. Une frustration qui se déverse malheureusement sur les agents consulaires, souvent en première ligne face à l'incompréhension des usagers, alors même que ces derniers n'ont ni la maîtrise des délais de production ni celle de l'acheminement des cartes depuis Dakar.
Une situation d'autant plus regrettable qu'il existe aujourd'hui des possibilités de faire autrement. Hier, j'ai ainsi relevé l'annonce faite par le consulat d'un pays de notre sous-région concernant le lancement de la formation de ses agents en vue de leur permettre d'assurer la production des cartes nationales d'identité au sein de leur représentation consulaire.
Cette initiative mérite d'être saluée. Mais elle nous interpelle également sur notre propre situation.
Comment comprendre que le Sénégal, qui avait pris une longueur d'avance dans ce domaine, se retrouve aujourd'hui à la traîne, pendant que d'autres États africains entreprennent de rapprocher davantage ces services de leurs ressortissants ?
Il faut se ressaisir, à mon avis, et également prendre la pleine mesure des réalités géographiques et démographiques auxquelles sont confrontés certains de nos postes consulaires.
Le Consulat général du Sénégal à New York, par exemple, couvre une circonscription qui s'étend sur un territoire immense, que l'on pourrait presque qualifier de continent à lui seul. Certains compatriotes doivent effectuer six heures de vol (direct) pour rejoindre le Consulat, tandis que d'autres passent plusieurs jours dans les transports terrestres pour accéder à un service consulaire.
Les chefs de poste qui se succédés se sont évertués à effectuer des missions consulaires communément appelées « consulats mobiles » pour rapprocher le service aux ayants droit résidant dans d’autres localités de la circonscription consulaire. Cependant, bien qu'utiles et nécessaires, elles ne sauraient constituer une réponse suffisante. La taille de nos communautés a considérablement augmenté depuis 2020 et appelle désormais des solutions structurelles, adaptées à cette nouvelle réalité.
Prenons le cas concret d'un compatriote qui souhaite obtenir un passeport, mais qui ne dispose pas encore d'une carte nationale d'identité biométrique CEDEAO. Il devra d'abord effectuer un déplacement pour se faire enrôler en vue de l'obtention de sa carte nationale d'identité. Il lui faudra ensuite patienter plusieurs mois, dans l'espoir que le document soit produit à Dakar et acheminé jusqu'au Consulat. Ce n'est qu'après cette première étape qu'il pourra envisager un second déplacement pour procéder à l'enrôlement de sa demande de passeport.
Deux déplacements, des frais supplémentaires, du temps perdu et, parfois, des contraintes personnelles et professionnelles considérables, alors que ces formalités pourraient être considérablement simplifiées par une capacité de production locale.
Il faut aussi prendre en considération la vulnérabilité particulière de certains de nos compatriotes dans les pays d'accueil. Les déplacements sur de longues distances pour accéder aux services consulaires peuvent les exposer à des contrôles migratoires et à d'autres situations délicates. Au-delà de la fatigue et des contraintes financières, il y a parfois des risques humains qu'il serait irresponsable d'ignorer.
À mon humble avis, le Sénégal ne peut continuer à différer cette question. Nos compatriotes de l'extérieur sont en droit de demander le rétablissement des capacités de production des cartes nationales d'identité biométriques CEDEAO dans nos représentations diplomatiques et consulaires, à commencer par les postes qui couvrent les circonscriptions les plus importantes.
Il ne s'agit pas nécessairement de généraliser immédiatement le dispositif à toutes nos représentations. Une approche progressive pourrait être envisagée, en donnant la priorité aux consulats qui accueillent les communautés sénégalaises les plus nombreuses et couvrent les territoires les plus étendus. Cette démarche pourrait s'accompagner de la formation des agents, de l'installation des équipements techniques nécessaires et d'une coordination renforcée avec la Direction de l'automatisation du fichier.
Au-delà de la simple délivrance d'un document administratif, il s'agit d'une question d'accessibilité du service public et de considération envers nos compatriotes établis hors du territoire national.
Le Sénégal doit renouer avec l'esprit d'innovation et d'anticipation qui a fait sa réputation dans la gestion de ses services consulaires au service de sa diaspora. Celle-ci ne réclame aucun privilège: elle demande simplement à accéder, dans des conditions raisonnables de proximité et de dignité, aux services publics essentiels pour son bien-être, pour son intégration, et pour honorer son attachement à la terre mère.

Elhadji Amadou Ndao
Ancien Consul général du Sénégal à New-York




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