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Chronique

DUNDAL JOJ : L’ARTIFICE DES INSPECTEURS DES TRAVAUX FINIS. ( Jean Pierre Corréa )

Rédigé par leral.net le Dimanche 13 Septembre 2026 à 20:30 |

« Un Conseiller, c’est une posture, un choix : celui de l’ombre pour laisser l’autorité sous la lumière. C’est important, car la véritable influence n’a pas besoin d’éclat, elle se mesure à la justesse de la décision prise et au succès de celui qu’elle guide ». Parole d’un homme d’état de notre pays, formé à la liturgie de notre République.


Samedi dernier, Stade Iba Mar Diop. Grande pompe, grands boubous, grand discours. Sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, on a lancé « Dundal JOJ ». Traduction : Faisons survivre les JOJ. Voire ressuscitons les JOJ. Les JOJ seraient-ils morts avant d’avoir vécu ? Quelle belle et involontaire hérésie !!! Sauf que pour les JOJ, des acteurs de la 25ème heure dorment depuis 2020. Et pendant qu’ils dormaient, d’autres veillaient. Au cœur de l’opération, une signature : Djamil Faye. Conseiller sports du chef de l’État. Un profil controversé, perdant à ses dépens le procès fait au GFC devant le Tas, et se faisant éjecter de l’environnement des Lions au Mondial 2026, pour conduite inconvenante. Mission supposée et autoproclamée : collecte auprès des entreprises, sollicitation de mécènes, utilisation du label olympique, dans le but sous camouflage, de faire rentrer l’argent présupposé pour Dakar 2026. L’intention est belle. Le motif l’est moins. Parce que voilà le problème : il y a déjà quelqu’un pour ça. Il y a un ministère des Sports. Il y a un COJOJ. Le Comité d’Organisation des JOJ. Et il y a une cellule de veille, sous l’autorité du PM. Des gens qui travaillent dessus depuis 2020. Qui ont bossé. Qui ont fait les dossiers. Qui ont vécu les nuits blanches avec le CIO, à coups de drafts toujours renouvelés. Et voilà qu’en 2025, débarque l’inspecteur des travaux finis. Casque blanc, gilet jaune, carnet à la main. Il n’était pas là quand on creusait les fondations. Il n’était pas là quand eux négociaient avec Lausanne. Il n’était pas là quand eux expliquaient aux sponsors que l’Afrique pouvait accueillir les Jeux. Les plus sarcastiques rajouteront avec une juste malice : « Heureusement d’ailleurs » !!! Mais il est là maintenant. Au moment de couper le ruban. Avec sur le visage, la béatitude du « ravi de la crèche ». Juste au moment de passer une tête pour tendre la sébile.

L’OBSESSION D’ETRE SUR LA PHOTO.

D’un côté le ministère. De l’autre le COJOJ. Et dans le décor, un conseiller aux sports de la Présidence, qui lance sa propre histoire, en utilisant, de son propre chef, le nom des JOJ. Comment on appelle ça ? Une gouvernance olympique ? Non. On appelle ça une fausse-note. De surcroit stridentissime. Le plus grave : cette opération Dundal-JOJ semble avoir été montée sans le COJOJ. Il semblerait d’ailleurs que ce concept, Dundal JOJ, avait naguère été proposée à la Mairie de Dakar, avant sa nomination au Palais. Et sans approbation préalable du CIO. Autrement dit, on utilise la marque olympique comme on utiliserait le nom d’une ONG de quartier. On collecte. On mobilise. On fait du bruit. Mais qui répond si ça se passe mal ? Qui signe ? Qui rend compte ? L’État cellule de veille ? Le COJOJ ? Le conseiller ? Une structure privée ? Un collectif de mécènes ? Dans une organisation olympique, la confusion des responsabilités tue. Elle tue la crédibilité. Elle tue les financements. Elle tue les Jeux. Le CIO n’aime pas les zones grises. Il aime les organigrammes clairs. Or là, on a inventé l’organigramme flou. L’architecture à quatre têtes. Et comme chacun sait, un monstre à quatre têtes finit toujours par se mordre la queue. Il convient donc de mettre le holà !

CONSEILLER, OUI. SE SUBSTITUER, NON.

Que le Président veuille mobiliser la nation, très bien. Qu’il demande à ses conseillers de réfléchir, parfait. L’état doit siffler la fin de la récréation, parce qu’il y a une frontière. Une ligne rouge. Entre conseiller le Président et se substituer aux institutions, il y a un monde. Djamil Faye conseille. Il propose. Il porte une mission. Mais alors, qu’on rende cette mission publique. Qu’on la date. Qu’on la cadre. Et si cette mission ne lui a pas été confiée, alors le pouvoir doit l’expliquer, et lui imposer la limite de la décence dans l’art de la récupération forcenée, basée sur une opération de communication personnelle et à une tentative de s’approprier une dynamique qui ne lui appartient pas. Le problème, voire le « hic », c’est que c’est le seul conseiller de la Présidence qu’on entend matin-midi-soir, sur tous les sujets, y énervant tout le monde à vouloir vampiriser de son envahissant entregent supposé, toutes les décisions en voie d’être considérées par la présidence. Or, comme le disaient nos sages hommes d’état, « un conseiller, c’est le choix de l’ombre pour laisser l’autorité sous la lumière, car la véritable influence se mesure à la justesse de la décision prise et au succès de celui qu’elle guide ». CQFD.

J’ACCUSE LES PROFITEURS DE FIN DE CHANTIER.

J’accuse les inspecteurs des travaux finis. Ceux qui arrivent quand les murs sont montés pour dire qu’il fallait mettre du carrelage. Ceux qui n’ont rien fait entre 2020 et 2025, mais qui en 2026 viendront dire « c’est grâce à moi ». Les JOJ ne sont pas une affaire de cabinet. Ce ne sont pas les JOJ de Djamil Faye. Ce ne sont pas les JOJ de la Primature. Ce sont les JOJ du Sénégal.
Le premier événement olympique sur le continent africain. Un engagement international. Un contrat de confiance avec le monde. Et un contrat de confiance, ça se gère avec des règles.
Une chaîne de responsabilités lisible.
Des compétences respectées.
Des mécanismes de contrôles transparents.
Pas avec des lancements en grande pompe de concepts fumeux, à la limite du « trafic d’influences », sous couvert du COJOJ pour brouiller les pistes et enfumer le chaland.
Alors, Monsieur le conseiller, si vous avez une mission, montrez-la. Si vous n’en avez pas, laissez travailler ceux qui l’ont.
Sinon, Monsieur le secrétaire général de la présidence, son patron, a le devoir de clarifier une situation que ce conseiller est en train de barbouiller à ses dépens, et de redresser tout ce qui ressemble à de l’agitation, voire pire, à de la gesticulation.
Le Sénégal ne peut pas se permettre le luxe de la confusion à 2 mois des Jeux. Parce que le 31 octobre 2026, quand la flamme s’allumera à Diamniadio, il faudra un seul maître d’ouvrage. Il faudra des comptes clairs. Pas des zones d’ombre. Il faudra des résultats. Pas des photos. Un « Héritage ». Pas du brouillage.
Aux inspecteurs des travaux finis, on dit merci pour la visite. Maintenant, laissez les maçons finir. Le peuple jugera. Le CIO jugera. L’Histoire jugera. Notre jeunesse africaine appréciera.

Jean Pierre Corréa