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254 MILLIARDS DE FCFA POUR DECARBONER LA SIR : La BOAD joue les chefs d’orchestre


Rédigé par leral.net le Lundi 15 Juin 2026 à 00:00 | | 0 commentaire(s)|

La Côte d'Ivoire a jusqu'au 1er janvier 2031 pour mettre son gasoil aux normes CEDEAO. Pour financer les 254 milliards FCFA que coûte cette mise à niveau de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), l'État a choisi de ne pas faire payer le consommateur. C'est la BOAD qui a rendu l'équation possible, en fédérant huit banques ivoiriennes autour d'un montage inédit, qui ont signé la convention de financement en marge de la 2ème édition des BOAD Development Days à Lomé (Togo).
254 MILLIARDS DE FCFA POUR DECARBONER LA SIR : La BOAD joue les chefs d’orchestre
C'est à Lomé, en marge de la deuxième édition des BOAD Development Days, que l'opération a été officialisée. Le 11 juin 2026, la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et un consortium de huit banques ivoiriennes ont signé une convention de crédit syndiqué de 254 milliards de FCFA. L'objet : financer partiellement la construction d'un complexe d'hydrodésulfuration (HDS) du gasoil, une infrastructure industrielle destinée à transformer en profondeur la qualité des carburants produits en Côte d'Ivoire.

Une urgence environnementale devenue incontournable

Le point de départ est réglementaire. La directive CEDEAO du 1er septembre 2020 impose aux États membres de ramener la teneur en soufre de leur gasoil à moins de 10 parties par million. Un seuil drastique au regard de la situation actuelle de la SIR, dont le gasoil affiche encore plus de 2 000 ppm (soit plus de deux cents fois la norme exigée). « L'État de Côte d'Ivoire a pris l'engagement de produire ce gasoil dès le 1er janvier 2031 », a rappelé Tiotioho Soro, directeur général de la SIR, à l'occasion de la signature.

Au-delà de la conformité réglementaire, l'enjeu est sanitaire : la réduction du soufre dans le gasoil contribue directement à l'amélioration de la qualité de l'air pour des millions d'habitants en Côte d'Ivoire et dans toute la région ouest-africaine qui s'approvisionne à la raffinerie d'Abidjan.

Un montage qui préserve le pouvoir d'achat

L'une des particularités de l'opération réside dans son équilibre politique. Moderniser une raffinerie de cette envergure aurait pu se traduire mécaniquement par une hausse des prix à la pompe. Il n'en sera rien. « Le gasoil de meilleure qualité sera vendu au même prix », a assuré le directeur général de la SIR. C’est le point le plus remarquable de cette opération.
C'est l'État ivoirien qui absorbe le différentiel de coût, un choix délibéré pour éviter tout impact sur le consommateur dans un contexte de pression sur les revenus des ménages. Un arbitrage politique fort, qui dit aussi quelque chose de la volonté d'Abidjan de mener sa transition énergétique sans en faire supporter le prix aux plus vulnérables.

La BOAD en architecte, les banques en bâtisseurs

Mais la véritable nouveauté de l'opération est ailleurs. Dans ce montage, la BOAD n'apparaît pas comme prêteur, mais plutôt comme structureur. C'est la BOAD qui a conçu, arrangé et sécurisé l'opération avant de la soumettre aux banques commerciales. Le pool ainsi constitué regroupe huit établissements ivoiriens : Banque Atlantique, BICICI, Bridge Bank, Ecobank, NSIA Banque, Société Générale et Société Ivoirienne de Banque. Ecobank Côte d'Ivoire en est le premier contributeur, avec 52 milliards FCFA, assumant également les fonctions d'Agent du Crédit, d'Agent des Sûretés et de Teneur de Comptes.

Ce positionnement n'est pas anodin. Il illustre concrètement le virage stratégique que la BOAD opère dans le cadre de son plan Djoliba… The Next Step 2026-2030 : moins de prêts directs, davantage d'effet de levier sur les banques locales. La banque régionale devient une plateforme de structuration, capable de mobiliser des ressources que les banques commerciales n'auraient pas déployées seules sur un projet de cette complexité et de cette durée.

Un signal pour toute la région

Signée le premier jour des BOAD Development Days, sous le thème de la souveraineté énergétique, cette convention n'est pas tombée par hasard dans l'agenda. Elle a valeur de démonstration : la transition énergétique en Afrique de l'Ouest n'est pas une vue de l'esprit, elle se finance, elle se structure, elle se signe. Et elle peut se faire sans délester le consommateur.

Reste une question que l'opération pose en creux : 8 banques ivoiriennes uniquement. Le pool est entièrement national. ce modèle, rodé en Côte d'Ivoire grâce à la profondeur de son secteur bancaire, est-il reproductible dans les pays de l'UEMOA disposant d'un tissu financier local moins développé ? C'est peut-être le vrai défi que la Déclaration de Lomé devra adresser.
Malick NDAW, Envoyé spécial à Lomé



Source : https://www.lejecos.com/254-MILLIARDS-DE-FCFA-POUR...

La rédaction