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Mercredi 11 Mars 2026

Affaire des billets noirs : un commandant de l’armée et trois coaccusés risquent 10 ans de prison


Une affaire de faux billets noirs estimés à près d’un milliard de FCFA a été examinée mardi devant le Tribunal correctionnel de Pikine-Guédiawaye. Selon des informations rapportées par le quotidien L’Observateur, un officier supérieur de l’armée sénégalaise et trois autres prévenus comparaissaient dans ce dossier qui avait déjà suscité une vive attention en 2023.



Quatre prévenus devant la justice

Au cœur de l’affaire figure Ibrahima Chimère Barro, commandant et chef de corps du Bataillon de la musique principale des forces armées, fonction qu’il occupe depuis plus de trente ans.

À ses côtés comparaissent également :

Hubert Assogba, ancien technicien audiovisuel reconverti dans l’immobilier,

Mbacké Sow Ndiaye, étudiant,

Mamadou Fatou Ndiaye, agent des Postes basé à la Médina.

Les quatre hommes sont poursuivis pour association de malfaiteurs, tentative de falsification de billets de banque, contrefaçon de signes monétaires et détention de matériel de contrefaçon. Tous ont cependant rejeté les accusations portées contre eux.

Le commandant Barro revient sur ses aveux

Lors de l’audience, Ibrahima Chimère Barro a surpris l’assistance en revenant totalement sur les déclarations faites lors de l’enquête préliminaire.

Devant le tribunal, il affirme avoir inventé l’histoire qu’il avait racontée aux gendarmes.

« Je nie les faits. J’ai raconté une histoire parce qu’un supérieur m’avait dit de reconnaître les faits. Il m’avait assuré que l’affaire allait se régler en quinze jours », a-t-il déclaré.

Lors de l’enquête, l’officier avait pourtant indiqué avoir reçu un colis contenant des billets noirs remis par un individu identifié comme Serigne Mbaye, domicilié à Touba. Devant les juges, il a finalement rejeté cette version.

Selon lui, le jour de son arrestation, il avait simplement quitté le Camp Leclerc avant de prendre deux jeunes en auto-stop à hauteur de la Foire, tous se rendant à Keur Massar pour visiter un appartement à louer.

Une arrestation contestée

Toujours d’après le récit présenté à l’audience, les gendarmes auraient ensuite encerclé le groupe avant de les conduire dans un appartement, où une sacoche contenant les fameux billets noirs aurait été découverte.

Le commandant conteste toute implication :

« Je n’ai jamais détenu ces billets. Je ne les ai vus qu’à la brigade quand le Major Kandji m’en a montré un. »

Les coaccusés rejettent également les faits

Les trois autres prévenus ont eux aussi nié toute participation au supposé réseau.

Hubert Assogba affirme avoir rencontré le commandant une seule fois dans son bureau au Camp Leclerc pour discuter d’un projet lié à des instruments à vent. Il soutient que le jour de son arrestation, il se trouvait à Keur Massar pour installer une sonorisation dans une église.

De son côté, Mamadou Fatou Ndiaye reconnaît seulement connaître l’étudiant Mbacké Sow Ndiaye. Les deux hommes affirment s’être rendus à Keur Massar pour visiter un appartement à louer.

L’étudiant soutient quant à lui avoir été arrêté à la sortie d’une boutique où il rechargeait son téléphone.

« Je n’avais sur moi qu’un parfum et de l’argent que je devais remettre à ma mère à Malika. Je n’ai jamais vu ces billets noirs », a-t-il affirmé.

La défense dénonce un dossier incomplet

Au cours des débats, les avocats de la défense ont vivement critiqué le dossier de l’accusation. Selon eux, plusieurs éléments essentiels manqueraient à la procédure.

D’après les informations rapportées par L’Observateur :

aucun billet noir n’a été présenté au tribunal,

aucun matériel de contrefaçon n’a été saisi,

aucun scellé officiel ne figure dans la procédure.

L’un des avocats a ainsi estimé que l’absence de scellés fragilisait fortement l’accusation.

« Sans scellés, le procès est tué dans l’œuf », a-t-il déclaré.

La défense a également pointé l’absence d’expertise technique permettant d’établir si les supposés billets noirs pouvaient réellement être transformés en véritables billets.

Le parquet requiert 10 ans de prison

Le ministère public, pour sa part, estime que les gendarmes ont démantelé un réseau structuré autour de la technique des billets noirs.

Selon le procureur :

Ibrahima Chimère Barro aurait détenu les billets,

Hubert Assogba aurait servi de démarcheur,

les deux Ndiaye auraient été chargés du lavage et de la mise en circulation des faux billets.

Le parquet regrette également que les prévenus reviennent aujourd’hui sur les aveux faits lors de l’enquête.

Estimant les faits particulièrement graves, le procureur a requis 10 ans de prison ferme et une amende de 20 millions de FCFA contre chacun des accusés.

Verdict attendu le 15 avril

Placés en détention depuis près de trois ans, les quatre prévenus attendent désormais la décision de la justice.

Après plusieurs heures de débats, le Tribunal correctionnel de Pikine-Guédiawaye a mis l’affaire en délibéré.

Le verdict est attendu le 15 avril prochain.






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