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Cheick Modibo Diarra, l’astrophysicien qui veut sauver le Mali

Rédigé par leral.net le Mercredi 18 Avril 2012 à 15:34 | | 0 commentaire(s)|

C’est fait. Le Mali a enfin un Premier ministre de transition. Le consensus entre les différents acteurs s’est fait autour de l’astrophysicien de renommée mondiale, Cheick Modibo Diarra. Mais quelle sera la marge de manœuvre de ce nouveau Premier ministre, face à une junte omniprésente ?


Cheick Modibo Diarra, l’astrophysicien qui veut sauver le Mali
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il devra apprendre à cohabiter avec les turbulents hommes du capitaine Sanogo. D’ailleurs, la tension est montée d’un cran à Bamako, le 16 avril. Plusieurs personnalités, essentiellement des anciens dignitaires du régime d’Amadou Toumani Touré, ont été arrêtées et conduites au camp militaire de Kati, du nom de ce bastion qui a opéré le coup de force de mars dernier.

Entre autres personnalités interpellées, il y a l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, l’ex-ministre de la Défense Sadio Gassama, l’ex-conseiller à la présidence Bani Kanté et l’ancien chef d’état-major, le général Amadou Cissoko. De gros bonnets, pour ainsi dire.

Les choses, disons-le net, semblent se compliquer davantage au Mali, alors que l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra vient d’être nommé Premier ministre.

Virginité politique de l’homme

C’est lui donc qui devra, en collaboration avec le président par intérim, conduire le pays à des élections libres et transparentes.

Un choix qui se justifie par la virginité politique de l’homme, plus fin connaisseur des faits scientifiques que politiques. Mais c’est en même temps un grand et patriotique sacrifice qu’il vient de consentir, en renonçant à la course à la magistrature suprême pour se consacrer à éteindre le feu qui brûle son pays.

Le Mali n’aurait pas été peu fier, loin s’en faut, de l’avoir comme président à l’issue des prochaines consultations générales. Mais l’astrophysicien a encore du temps devant lui et cette première charge politique pourrait lui servir de marchepied pour les hautes cimes de l’Etat.

Torpiller les efforts du médiateur ?

Il faudra donc attendre une autre fois, pour espérer voir ce brillant scientifique qui fait la fierté de l’Afrique, aspirer à diriger le Mali en tant que chef de l’Etat. Au fait, on pourrait penser que la chasse à l’homme organisée par les putschistes s’inscrit dans les conclusions issues du récent round tenu à Ouagadougou les 14 et 15 avril sous l’égide du président Blaise Compaoré.

Est-ce une manière délibérée de torpiller les efforts du médiateur ? Ou bien s’agit-il d’une simple volonté d’épuration de la classe politique malienne ? En tout cas, le Mali, toutes proportions gardées, semble aller à vau-l’eau.

On ne sait plus qui gouverne qui, et qui fait office de chef d’Etat ! La junte dont on a tant ménagé les susceptibilités, semble avoir toujours le pied à l’étrier et n’entend pas se mettre en retrait de la gestion du pouvoir politique.

Elle est au cœur de tout, si bien que le président Dioncounda Traoré apparaît parfois comme une girouette qui suit le mouvement d’ensemble des putschistes. Peut-être, lui-même, en sa qualité d’ancien hiérarque du régime ATT, n’aurait pas échappé à la furie des hommes en treillis, s’il n’était pas promu circonstanciellement au poste de chef de l’Etat.

De toute évidence, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à l’heure actuelle, il est difficile de dire si les Maliens vivent dans un Etat d’exception ou dans un régime constitutionnellement établi. Et à l’allure où vont les choses, le processus de transition en cours risque de péricliter, et l’hypothèse d’un second putsch n’est pas à exclure.

Pourtant, le vrai combat qui consiste à restaurer l’intégrité du territoire malien, semble loin d’être gagné, permettant ainsi aux rebelles touaregs et autres opportunistes d’asseoir sereinement leurs bases.

La junte, manipulée du bout des doigts par une poignée de politicards tapis dans l’ombre, veut jouer les prolongations. On sait, du reste, que ce n’était pas de gaieté de cœur qu’elle a accepté de quitter le pouvoir.

Seulement, l’erreur qu’il ne faut pas commettre, c’est de croire qu’il est possible de mettre en place une transition sans les caciques du régime ATT. En tout cas, le médiateur mandaté de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et le nouveau Premier ministre ont du pain sur la planche car tout porte à croire que la résolution d’un problème à Bamako, en crée un autre dans le camp des centurions de Kati.

Boundi Ouoba (Slateafrique.com)