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Cheikh Anta Diop: 7 février 1986 - 7 février 2018, 32 ans après sa disparition

Cheikh Anta Diop (né le 29 décembre 1923 à Thieytou dans la région de Diourbel - mort le 7 février 1986 à Dakar) est un historien, anthropologue, égyptologue et homme politique sénégalais. Il s'est attaché sa vie durant à montrer l'apport de l'Afrique et en particulier de l'Afrique noire à la culture et à la civilisation mondiale.

Ses thèses restent aujourd'hui controversées et sont peu reprises au sein de la communauté scientifique, en particulier au sujet de l'Égypte antique et quant à l'origine de la langue wolof.

Cheikh Anta Diop a cependant été un précurseur dans sa volonté d'écrire l'histoire africaine précédant la colonisation.


Rédigé par leral.net le Mercredi 7 Février 2018 à 21:29 | | 0 commentaire(s)|

Biographie et carrière professionnelle

 

Cheikh Anta Diop est né le  à Thieytou , dans le département de Bambey , région de Diourbel  (Sénégal ). Sa famille est d'origine artistocratique wolof . À l'âge de 23 ans, il part pour Paris  afin d'étudier la physique et la chimie mais se tourne aussi vers l'histoire  et les sciences sociales . Il suit en particulier les cours de Gaston Bachelard  et de Frédéric Joliot-Curie . Il adopte un point de vue spécifiquement africain face à la vision de certains auteurs de l'époque selon laquelle les Africains sont des peuples sans passé.
 

En 1951 , Diop prépare sous la direction de Marcel Griaule  une thèse de doctorat à l'Université de Paris , dans laquelle il affirme que l'Égypte antique  était peuplée d'Africains noirs, et que la langue et la culture égyptiennes se sont ensuite diffusées dans l'Afrique de l'Ouest. Il ne parvient pas dans un premier temps à réunir un jury mais, d'après Doué Gnonsoa, sa thèse rencontre un « grand écho » sous la forme d'un livre, Nations nègres et culture, publié en 1954 . Il obtiendra finalement son doctorat  en 1960.

Il poursuit dans le même temps une spécialisation en 
physique nucléaire  au laboratoire de chimie nucléaire du Collège de France . Diop met à profit sa formation pluridisciplinaire pour combiner plusieurs méthodes d'approche.

Il s'appuie sur des citations d'auteurs anciens comme Hérodote  et Strabon  pour illustrer sa théorie selon laquelle les Égyptiens anciens présentaient les mêmes traits physiques que les Africains noirs d'aujourd'hui (couleur de la peau, aspect des cheveux, du nez et des lèvres). Son interprétation de données d'ordre anthropologique (comme le rôle du matriarcat ) et archéologique l'amène à conclure que la culture égyptienne est une culture nègre. Sur le plan linguistique, il considère en particulier que le wolof, parlé aujourd'hui en Afrique occidentale, est phonétiquement apparenté  à la langue égyptienne antique.

Lorsqu'il obtient son doctorat en 1960 , il revient au Sénégal enseigner comme maître de conférences à l'université de Dakar  (depuis rebaptisée université Cheikh-Anta-Diop , UCAD). Il y obtiendra en 1981 le titre de professeur. Mais dès 1966, il crée au sein de cette université de Dakar le premier laboratoire africain de datation des fossiles archéologiques au radiocarbone, en collaboration avec celui du Commissariat français à l'énergie atomique  (CEA) de Gif-sur-Yvette . Il y effectue des tests de mélanine sur des échantillons de peau de momies égyptiennes, dont l'interprétation permettrait, selon Diop, de confirmer les récits des auteurs grecs anciens sur la mélanodermie des anciens Égyptiens.
 

Dans les années 1970, Diop participe au comité scientifique international qui dirige, dans le cadre de l'UNESCO, l'élaboration de l'Histoire générale de l'Afrique  (HGA), un projet éditorial ambitieux qui comptera huit volumes. Pour la rédaction de cet ouvrage, il participe en 1974  au Colloque international du Caire  où il confronte les méthodes et résultats de ses recherches avec ceux des principaux spécialistes mondiaux.

À la suite de ce colloque international, Diop rédige un chapitre sur « L'origine des anciens Égyptiens », et G. Mokhtar, professeur à l'université du Caire rédige le chapitre sur « L'Égypte pharaonique ». À la suite du chapitre 1, est publié un compte-rendu des débats lors du colloque qui mentionne l'accord des spécialistes — à l'exception de l'un d'entre eux — sur les éléments apportés par Cheikh Anta Diop et 
Théophile Obenga  au sujet du peuplement de l'Égypte ancienne. Cependant, il est précisé que « de nombreuses objections ont été faites aux propositions du professeur Diop ; elles révèlent l'étendue d'un désaccord qui est demeuré profond ».

Si, pour le professeur 
Jean Vercoutter « l'Égypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser », la communauté scientifique reste néanmoins partagée sur la nature du peuplement de l'Égypte ancienne.
 

Par ailleurs, dès 1947, Diop s'est engagé politiquement en faveur de l'indépendance des pays africains et de la constitution d'un État fédéral en Afrique. Jusqu'en 1960, il lutte pour l'indépendance de l'Afrique et du Sénégal et contribue à la politisation de nombreux intellectuels africains en France. Entre 1950 et 1953, il est secrétaire général des étudiants du Rassemblement démocratique africain  (RDA) et dénonce très tôt, à travers un article paru dans La Voix de l'Afrique noire, l'Union française , qui, « quel que soit l'angle sous lequel on l'envisage, apparaît comme défavorable aux intérêts des Africains ». Poursuivant la lutte sur un plan plus culturel, il participe aux différents congrès des artistes et écrivains noirs et, en 1960, il publie ce qui va devenir sa plate-forme politique : Les fondements économiques et culturels d'un futur État fédéral en Afrique noire. »
 

Selon Doué Gnonsoa, Diop sera l'un des principaux instigateurs de la démocratisation du débat politique au Sénégal, où il animera l'opposition institutionnelle au régime de Léopold Sédar Senghor, à travers la création de partis politiques (le FNS  en 1961, le RND en 1976), d'un journal d'opposition (Siggi, renommé par la suite Taxaw) et d'un syndicat de paysans. Sa confrontation, au Sénégal, avec le chantre de la négritude, serait l'un des épisodes intellectuels et politiques les plus marquants de l'histoire contemporaine de l'Afrique noire.
 

Cheikh Anta Diop meurt dans son sommeil à Dakar , le . Avec Théophile Obenga  et Asante Kete Molefe, il est considéré comme l'un des inspirateurs du courant épistémologique de l'afrocentricité . En 1966 , lors du premier Festival mondial des arts nègres  de Dakar, Diop a été distingué comme « l'auteur africain qui a exercé le plus d'influence sur le xxe siècle ».
 

Le , le ministre de la Culture du Sénégal, Mame Biram Diouf  inaugure un mausolée perpétuant la mémoire du chercheur à Thieytou , son village natal où il repose17 . Ce mausolée figure sur la liste des sites et monuments classés du Sénégal .

L'université de Dakar porte le nom d'université Cheikh-Anta-Diop  (UCAD) depuis mars 1987.

Cheikh Anta Diop a été honoré du Grand Prix de la Mémoire à l'édition 2015 des Grands prix des associations littéraires .