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Fondation Sénégal Solidaire Quand l’inédit appelle l’analyse (Mamadou Thiam Expert en stratégies, performance et transition)


Rédigé par leral.net le Mercredi 8 Avril 2026 à 22:31 | | 0 commentaire(s)|

Fondation Sénégal Solidaire Quand l’inédit appelle l’analyse  (Mamadou Thiam Expert en stratégies, performance et transition)
La création de la Fondation Sénégal Solidaire, portée conjointement par Absa Faye et Marie Khone Faye, referme un débat couvant depuis deux ans. Plutôt que de saluer ou critiquer par réflexe, il est temps d’analyser — et de proposer.


I. Déconstruire un amalgame

Aucun texte constitutionnel ou réglementaire n’impose à une première dame de créer une fondation, ni ne le lui interdit. Le concept même de « première dame » — hérité d’une tradition américaine — reste partout un usage protocolaire, non une fonction légale. Confondre absence de fondation et vide moral, c’est méconnaître cette réalité juridique fondamentale.
La fondation obéit, elle, à un cadre strict. Et c’est précisément ce cadre — avec le décret présidentiel qu’il requiert — qui place le chef de l’État au cœur du dispositif, à la fois époux et signataire. L’absence de fondation est donc aussi, toujours, une décision présidentielle.

REPÈRES JURIDIQUES ET COMPARAISONS INTERNATIONALES

🇸🇳 Sénégal — Loi 95-11 du 7 avril 1995
La fondation est définie comme « une personne morale créée pour affecter irrévocablement des biens à une œuvre d’intérêt général ». Son existence est conditionnée par un décret présidentiel lui conférant le statut d’établissement d’utilité publique.
→ Aucune disposition n’interdit à une première dame d’en être fondatrice ou présidente.

Comparaisons internationales
🇺🇸 États-Unis : Cabinet officiel créé par loi en 1978 seulement.
🇫🇷 France : Charte sans valeur légale adoptée en 2017. Brigitte Macron préside la Fondation Hôpitaux de France indépendamment de l’Élysée.
All., R.-U., Japon : Pas de fondation de première dame. Tissu associatif en substitut.
Sénégal (précédents) : Fondations Solidarité Partage, Éducation Santé, Servir le Sénégal — toutes à dénominations génériques.
Au Sénégal, la fondation de première dame n’est ni une obligation, ni une tradition personnalisée : c’est un choix institutionnel encadré par la loi et validé par le Président.

II. Une absence politiquement chargée

L’absence de fondation sous Diomaye Faye n’était pas un oubli. Elle était une position — cohérente avec l’ADN idéologique du Pastef, construit sur la dénonciation de la patrimonialisation de l’État. Dans ce récit fondateur, la fondation de première dame symbolisait ce qu’il fallait réformer : un instrument hybride, à mi-chemin entre action publique et initiative privée.
Le silence présidentiel prolongé n’était pas une fin de non-recevoir. C’était une réserve stratégique. Dans l’intervalle, une ingénierie discrète s’était mise en place : périmètres d’action distincts pour chacune des deux premières dames, segmentation thématique entre jeunes filles et enfants en bas âge. Efficace, mais limité faute de personnalité morale.
Attendre deux ans, puis concevoir une fondation commune et impersonnelle : c’est peut-être la manière choisie de réconcilier l’instrument avec l’idéologie — sans renier l’une ni abandonner l’autre.

III. Une solution inédite

Une fondation commune à deux premières dames : la décision est apparemment technique, mais politiquement remarquable. Elle neutralise le risque de compétition symbolique en faisant de la complémentarité une architecture. Une seule entité, deux visages, une mission partagée.

Le Président Diomaye Faye avait déjà réussi le pari protocolaire d’assumer officiellement la coépousie sans répercussion majeure. La fondation commune prolonge cette logique : c’est une réponse institutionnelle originale à une situation sans précédent mondial connu.
J’ai eu le privilège de travailler au sein d’une fondation portée par une première dame. J’y ai appris que la rigueur dans la séparation des sphères et le désintéressement dans l’action ne sont pas des postures : ce sont des disciplines qui se construisent dans la durée. C’est à cette aune que la Fondation Sénégal Solidaire devra être jugée — non à celle de l’annonce, mais de la pratique.

IV. Ce que cette fondation devra prouver — et dépasser

Trois conditions de crédibilité s’imposent. Premièrement, la séparation stricte entre ressources publiques et ressources privées. Deuxièmement, la transparence financière : rapport annuel accessible, comptes vérifiés, publication obligatoire. Troisièmement — et c’est l’enjeu le plus structurant — la pérennité institutionnelle.
Les fondations de premières dames disparaissent avec les régimes qui les ont vus naître. Elles emportent réseaux, expertises et capital social. C’est un gaspillage que le Sénégal ne peut plus se permettre.

L’opportunité est historique : doter dès aujourd’hui la Fondation Sénégal Solidaire d’un cadre institutionnel impersonnel. Des statuts stables. Un conseil d’administration à mandats fixes. Une direction exécutive professionnelle. Et une présidence d’honneur assurée par la ou les premières dames en exercice — si elles le souhaitent — alignée sur la durée du mandat présidentiel. La fondation ne disparaît pas. Elle accueille chaque nouvelle présidence et continue.
Passer d’une fondation de premières dames à une institution nationale dont les premières dames assurent la présidence : le glissement est subtil, le changement de paradigme est radical. Si le Président Diomaye Faye l’inscrit dans les actes fondateurs, il pose un acte de réforme institutionnelle durable, cohérent avec la rupture promise.

Une leçon de maturité à inscrire dans le marbre

Le Sénégal vient peut-être d’inventer un modèle inédit de gestion institutionnelle de la coépousie à l’échelle présidentielle. Remarquable. Mais l’innovation conjoncturelle ne suffit pas. Ce qui distingue une réforme d’une improvisation, c’est sa capacité à durer.
La Fondation Sénégal Solidaire tient entre ses mains quelque chose de rare : une légitimité de naissance, une forme inédite, un contexte favorable. L’occasion de bâtir ce que le Sénégal n’a jamais eu : une institution sociale para-présidentielle qui traverse les régimes, résiste aux alternances et serve durablement les plus vulnérables.
C’est une promesse institutionnelle.
Il reste à l’inscrire dans le marbre.

Mamadou Thiam
Expert en stratégies, performance et transition
mamadouthiam@hotmail.com