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"JE N’AIMERAIS PAS ÊTRE À LA PLACE DE MACKY..."


Rédigé par leral.net le Mardi 16 Mars 2021 à 20:52 | | 0 commentaire(s)|

Paul Valéry disait je cite " quand l'État est trop fort, il nous écrase, s'il est trop faible, nous périssons".

Et entre la posture de fermeté pour symboliser la force de l'Etat qu'il incarne et lâcher du lest pour se conformer au "Ndigeul" et répondre à l'appel à la paix et la stabilité sociale, c'est un casse-tête chinois.

En ces temps qui courent, je n’aimerais pas être à la place du président de la République. En effet, les récents événements qui se sont produits, place ce dernier dans un dilemme cornélien pour ne pas dire qu'il est entre le marteau et l'enclume. Un bon étudiant de la première année de droit peut bien réciter les différents types de régimes constitutionnels; soit il est présidentiel ou parlementaire ou hybride.

Mais il n'est pas donné à tout étudiant de la faculté de droit de pouvoir qualifier le type de régime ici au Sénégal et dans plusieurs pays d'Afrique, où les constitutions sont taillées sur mesure. En effet, du moment que les mécanismes classiques d'identification et de qualification des régimes comme (le bicéphalisme de l'Exécutif, les moyens d'actions réciproques etc.) au Sénégal, ce n'est ni un régime présidentiel ni un régime parlementaire mais un régime hybride, hyper présidentiel, qui s'y est installé.

Et, cela a pour conséquence l'immixtion du pouvoir exécutif dans le judiciaire (permettant de mettre certains dossiers sous le coude du Président) mais aussi son ascendance sur le législatif qui devait jouer le rôle de contre-pouvoir, ce qui explique par le biais de la majorité mécanique (Les votes sans débat et le mode fast-track de certaines lois qui passent comme lettre à la poste).

Alors ces immenses pouvoirs laissés entre les mains d'un seul homme, pousse certains Présidents à se comparer au roi Birima Maïssa Tindeu Dior, ou à s'imposer comme Marshall (le cas de Tchad) ou encore His Excellency, Dr., Professor, Abdoul Aziz Yaya Djoukoune Jameh Babali Mansa, que son altesse me pardonne si j'ai omis quelques titres, j'étais à bout de souffle dans l'énumération.

Rappelons que Montesquieu disait que: "tout homme qui détient un pouvoir, tente d'en abuser". Et si nous savons que "le pouvoir absolu rend fou absolument". Alors et puisqu'il faudrait que "le pouvoir arrête le pouvoir" et que hyper présidentialisme expliqué plus haut, a un effet anesthésiste sur le législatif et le judiciaire, dans certains pays la presse se dresse comme étant un 4e pouvoir et un denier rempart, pour freiner l'exécutif.

Et là encore, nous constatons qu'en Afrique, l'aide à la presse, le code de la presse, les subventions et contrats publicitaires, deviennent des moyens de pression pour bâillonner celle-ci. Encore mieux, quand on a les patrons de presse à ses côtés et que la fiscalité et le CNRA comme épée de Damoclès sur la tête de certains organes de presse qui se veulent libres.

Cependant, notre chance au Sénégal, est que contrairement aux autres pays du monde, nous constatons un 5e pouvoir qu'est l'autorité des chefs religieux. L'implication des chefs religieux fortement écoutés dans un pays à 95% musulmans pratiquants, l'islam confrérique devient un ultime recours pour stopper l'excès de pouvoir quand les barrières de la judiciaire et du législatif cèdent.

À la lumière de tout ce qui précède, on peut bien imaginer que le dilemme où se trouve le Président est sacrément cornélien. En effet s'il campe sur ses positions pour que le dossier aille jusqu'au bout, alors qu'il avait malencontreusement avoué qu'il avait les pouvoirs de stopper toute poursuite judiciaire si la stabilité du pays en dépendait, dans ce cas-là il risque d'être pris comme un jusqu'au boutisme et de ne pas respecter les demandes formulées et réitérées par les chefs religieux et tout le monde le sait, vaut mieux ne pas les tourner le dos encore moins les avoir sur le dos, car leur mot d'ordre pour ne pas dire leur Ndigeul peuvent faire vaciller toute une République.

Mais s'il recule dans ce dossier considéré comme étant une affaire purement privée, opposant deux particuliers, dans ce cas, les prochains étudiants en droit pourront s'exercer sur les motifs de la décision qui sera prise (un classement sans suite, un non-lieu) ou comme ce qui s'est passé récemment au Mali avec le capitaine putschiste, un procès sans verdict ? Et le cas échéant, quels seront les motifs et les motivations fondés sur la base juridique d'une telle décision ?

Bref, l'affaire Sonko vs Adji Sarr simple au départ (Les éléments constitutifs d'un viol étant clairement établis par le code pénal) est devenue une véritable patate chaude pour l'Etat et un véritable cas pratique pour les juristes, apprentis juristes avocats, auxiliaires de justice et même pour le chef de la magistrature.

Alors, l'obstacle des chefs religieux et le devoir de fermeté d'un Etat qui ne veut pas se sentir faible, les marges de manœuvre d'un super Président se retrouvent très minces. C'est pourquoi, je n'aimerais pas être à la place du Président en ce moment...



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