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Quand Bill Gates prédisait l’apparition d’une pandémie ( février 2017 )

CORONAVIRUS : BILL GATES AVAIT-IL TOUT PRÉVU ?

Rédigé par leral.net le Mercredi 18 Mars 2020 à 03:54 | | 0 commentaire(s)|

Bill Gates avait lancé l'alerte. Lors d’une conférence sur la sécurité, en février 2017 à Munich (Allemagne), le fondateur de Microsoft avait appelé les dirigeants internationaux à investir dans la recherche pour se préparer à une pandémie mondiale.

Sur ce sujet, la deuxième fortune du monde avait alerté : «Qu’ils apparaissent dans la nature ou dans les mains d’un terroriste, les épidémiologistes disent qu’un pathogène transmis dans l’air et se propageant rapidement peut tuer 30 millions de personnes en moins d’un an».

Bill Gates: La prochaine épidémie ? Nous ne sommes pas prêts


Dans le même discours, Bill Gates avait annoncé une épidémie «dans les 10 à 15 ans à venir». «C’est pourquoi nous nous mettons en danger en ignorant le lien entre sécurité sanitaire et sécurité internationale», avait-il prévenu.

UNE PANDÉMIE POURRAIT PROVOQUER UNE PERTE DE 570 MILLIARDS
Craignant également une grave et profonde crise économique, il espérait ainsi que les classes dirigeantes anticipent une éventuelle pandémie mondiale en développant des technologies pour créer des vaccins le plus vite possible. «Le coût global de la préparation à une pandémie est de 3,4 millions de dollars par an (environ 3,05 milliards d’euros). La perte qu’une pandémie provoquerait pourrait atteindre 570 milliards (environ 511 milliards d’euros)», avait-il estimé.

Depuis deux ans, par le biais de sa Fondation Bill & Melinda Gates, le fondateur de Microsoft envoie des tests de dépistage de la grippe classique pour étudier la propagation du virus.

Dans une conférence TED donnée en 2015, qui a ressurgi ces dernières heures sur les réseaux sociaux à l’occasion de la crise sanitaire de COVID-19, le milliardaire américain Bill Gates suggérait l'apparition imminente d’une pandémie incontrôlable. Plusieurs rapports mettent en garde, depuis plusieurs années, contre des risques similaires.

« L’algorithme YouTube a un certain sens de l’humour. » Avec des dizaines de milliers de « J’aime », ce commentaire posté sur la plateforme américaine résume parfaitement la situation. Celle du succès récent et inattendu d’une conférence TED signée Bill Gates, intitulée « La prochaine épidémie ? Nous ne sommes pas prêts » et publiée en 2015 par le compte officiel de la célèbre série de conférences de la Fondation Sapling.

En raison du (très opaque) système de recommandations YouTube et du contexte inédit de la pandémie à laquelle sont confrontés l’Europe et les États-Unis depuis quelques semaines, la vidéo se retrouve ainsi « remise en avant » sur les pages d’accueil et dans la section « À suivre » de la plateforme. Partagée par beaucoup d’internautes sur les réseaux sociaux, elle bénéficie aussi, à en croire les statistiques officielles de Google, d’un regain de popularité grâce aux recherches de certains mots-clés auxquels elle renvoie.

Que raconte au juste Bill Gates dans cette vidéo ? Pull-over rose et grosses lunettes noires, le milliardaire américain débarque sur scène en poussant devant lui une sorte de baril nucléaire. Et va droit au but : « Quand j'étais gamin, la catastrophe dont on avait le plus peur était une guerre nucléaire (...) Mais aujourd’hui, le plus grand risque de catastrophe mondiale ne ressemble pas à ça. Il ressemble à ça. » Et de montrer, sur son diaporama, la modélisation en noir et blanc du virus H1N1.

« Si quelque chose tue plus de 10 millions de gens dans les prochaines décennies, ça sera probablement un virus hautement contagieux plutôt qu'une guerre, avertit ensuite le cofondateur de Microsoft. Pas des missiles, mais des microbes. Une des raisons est que l'on a investi énormément dans la dissuasion nucléaire, mais qu'on a très peu investi dans un système pour arrêter les épidémies. Nous ne sommes pas prêts pour la prochaine épidémie. »

Des propos qui résonnent évidemment avec force quand on les entend aujourd’hui, mais qu’il faut également resituer… dans leur contexte : dans cette vidéo, Bill Gates prend la parole en avril 2015, soit quelques semaines après le « début de la fin » de l’épidémie du virus Ebola, dont les autorités considèrent alors qu’elle ne se réduit plus qu’à des transmission limitées. Touchant d’abord le sud-est de la Guinée en décembre 2013 avant de s’étendre à toute l’Afrique de l'Ouest, cette épidémie avait fait, selon le bilan de l'OMS  (bilan sous-évalué, de l'aveu même de l'institution), au moins 28 000 cas pour plus de 11 000 décès.

« On peut avoir des outils, mais ces outils doivent être employés par un système de santé mondial »

Or, comme nous vous l’expliquions déjà en 2017, Bill Gates a décidé depuis quelques années de se poser en « héros en mission » du continent africain grâce à sa fondation. D’où son discours acharné, souvent relayé par les médias, en faveur d’une « réponse très efficace » contre les épidemies, qui passerait notamment par « les bénéfices de la science et de la technologie » : « On a des portables pour recevoir et diffuser l'information au public. On a des cartes satellites où l'on peut voir les gens et où ils vont. On a les avancées en biologie qui pourraient changer notre manière de voir un agent pathogène et nous permettre de fabriquer des médicaments et des vaccins adaptés. On peut avoir des outils, mais ces outils doivent être employés par un système de santé mondial. »

« Bien pire » qu'Ebola

Manière d’avancer ses propres intérêts ? Sans doute, mais pas seulement. Difficile de ne pas songer aux modalités de transmission du COVID-19 lorsque le philanthrope redoute une situation potentiellement « bien pire » qu’Ebola en cas d’apparition d’un virus « où les gens infectés se sentent en bonne santé et prennent l'avion ou vont au supermarché » et qui toucherait davantage les zones urbaines. Cette situation correspond peu ou prou à l’épidémie actuelle de coronavirus  et c’est ce qui explique, notamment, que le nombre de patients testés positifs soit largement inférieur au chiffre réel de contaminations  dans certains pays comme la France.

« En fait, s'il y a une chose positive qui peut ressortir de l'épidémie d'Ebola, c'est que ça sert d'avertissement, de prise de conscience, pour se préparer, suggère finalement Bill Gates dans sa conférence. Si nous commençons maintenant, nous pouvons être prêts pour la prochaine épidémie. »

Des rapports aux conclusions similaires

Comme l’ont souligné certains médias  et spécialistes  sur les réseaux sociaux, Bill Gates n'est pas le seul à avoir envisagé un scénario proche de celui que nous traversons actuellement. Dans Le nouveau rapport de la CIA : comment sera le monde en 2025 ? , dont l’édition française est parue aux éditions Robert Laffont en février 2009, une partie intitulée « Le déclenchement possible d’une pandémie mondiale » résume les mêmes craintes. « L’apparition d’une nouvelle maladie respiratoire humaine virulente, extrêmement contagieuse » fait partie des (nombreuses) prédictions de ce texte, rédigé par des experts du renseignement américain.

Capture d'écran Twitter.

Sur la question de la naissance du virus, ce rapport suggère même que « si une maladie pandémique se déclare, ce sera sans doute dans une zone à forte densité de population, de grande proximité entre humains et animaux, comme il en existe en Chine et dans le Sud-Est asiatique où les populations vivent au contact du bétail. »

« Il faudrait des semaines pour que les laboratoires fournissent des résultats définitifs confirmant l’existence d’une maladie risquant de muter en pandémie, poursuit la CIA (...) En dépit des restrictions limitant les déplacements internationaux, des voyageurs présentant peu ou pas de symptômes pourraient transporter le virus sur les autres continents. »

Plus récent et encore plus éloquent, un rapport mené conjointement par l’ONG Nuclear Threat Initiative  et le centre de recherche de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health  publié en octobre 2019 montre qu’aucun pays, « y compris les plus développés », n’est prêt à faire face à « une épidémie ou à une pandémie. » Le co-président de l’association, Ernest Moniz, évoque des résultats « alarmants » et des gouvernements « qui n’investissent pas suffisamment pour se préparer aux risques biologiques. »

« Les risques augmentent, dans de nombreux cas plus rapidement que les systèmes de santé »

« Les risques augmentent, dans de nombreux cas plus rapidement que les systèmes de santé, la sécurité, la science et les gouvernements ne peuvent suivre, explique-t-il dans le résumé introductif du rapport, toujours accessible en ligne. Nous devons nous assurer que tous les pays sont prêts à faire face à ces risques. La plupart ne disposent pas des capacités nécessaires et des systèmes de santé indispensables pour combattre les épidémies et les pandémies. »

Concrètement ? À travers une analyse comparative des systèmes de sécurité sanitaire dans 195 pays, les analystes parviennent à la conclusion d’un indice de GHS (« Global Health Security index ») évalué à 40,2 sur 100. Même parmi les 60 pays à revenu élevé évalués, le score moyen est fixé à 51,9. Pour l’améliorer, 33 recommandations sont proposées, parmi lesquelles la transparence et la mesure régulière des capacités de sécurité sanitaire dans chaque État, ou encore la création de nouveaux mécanismes de financement pour « combler les lacunes » en matière de préparation des systèmes de santé.

Quid de l’après-épidémie ? Nous vous en parlions déjà en 2017  : chaque président élu américain reçoit, lors de son entrée en fonction, un rapport du National Intelligence Council  (NIC, l’une des nombreuses branches des services de renseignement américains) pour répondre à la question « À quoi ressemblera le monde dans vingt ans ? ». Rendue publique début janvier 2017, la dernière édition de ce texte, intitulé Global trends 2035, propose justement le scénario… d’une pandémie mondiale ayant lieu en 2023. A la suite de cet épisode, le commerce mondial et le voyage reculeraient largement, et la planète deviendrait alors « segmentée », « démondialisée ». Les prochains mois nous diront si (et à quel point) ces analystes avaient vu juste avant tout le monde.

 



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