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Quand Kiné Lam fait parler les ancêtres : l’histoire derrière le Ñaani

Rédigé par leral.net le Mardi 3 Novembre 2026 à 09:50 | | 0 commentaire(s)|

Lors de la cérémonie des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, vous avez pu entendre Adjaratou Kiné Lam interpréter le Ñaani, l’un des chants traditionnels les plus célèbres du Sénégal. Hymne de bataille du célèbre Dammeel-Teeñ Lat-Joor Ngóone Latiir Jóob, sa popularité s’est notamment étendue au-delà des frontières du Kajoor et du Bawool grâce à sa diffusion par le grand chanteur rufisquois Gallo Mbaye, dans la première moitié du XXe siècle, puis à sa reprise, en 1966, par Amadou Ndiaye Samb, à l’occasion du Festival mondial des Arts nègres de Dakar.

Le Ñaani fut composé par le Mabo Sàmba Kumba Kalaado Juum vers 1865, durant l’exil de Lat-Joor au Rip. Le griot entendait rappeler à son souverain le courage héroïque de Ñaani, qui avait refusé de se soumettre à l’armée de Lat-Joor, pourtant supérieure en nombre et en puissance.

Ainsi, le griot lançait un défi à son geer, l’exhortant à se montrer à la hauteur de ses adversaires et à ne pas démériter face à eux. Par un jeu de juxtaposition historique, le refus de Ñaani de se plier à Lat-Joor rappellera plus tard celui de Lat-Joor de se soumettre aux colons. Aujourd’hui, le Ñaani bañ na est généralement devenu l’hymne du refus.

Vous avez également pu entendre Kiné Lam chanter le couplet suivant : « Sàmba Binta Maam Jéey Jóob Geet lañu ko aaye mu dem Trarza indi ay Naar », souvent associé au Ñaani, dans ce même esprit de rappel du griot à son geer. Dans ce cas, c’est l’héroïsme de l’un des ancêtres de Lat-Joor, appartenant au même meen et portant le même sant, qui est mis en parallèle avec sa propre valeur.

Pour les curieux d’histoire, le personnage évoqué dans ce couplet est le célèbre Saaxewar Binta Masàmba, fils du Buurub Ngoy Ahmadu Farimata Ngóone Kura Mbisaan Jóob et de Binta Masàmba Jeŋ, elle-même fille du Sëriñ Ndogal Masàmba Maram Kaala et de Maam Jéey Jaxate. Cette dernière était la fille du Sëriñ Kiri Muse Faa Penda Anta Ndaane Jeng et d’Aysata Jóob, princesse Géej, qui faisait partie des célèbres « juróom lingeer yi lañu Saaxewar ay seen baay », dont dépendait la relève du Néegub Isaa Tend Wéjj.

Vers la fin des années 1830, un différend éclata avec le Dammeel Maysa Tend Joor, son parent. En effet, Maysa Tend Joor était le fils de Joor Jeŋ, elle-même fille de Maxuréeja Jóob, sœur germaine d’Aysata Jóob. Maysa Tend Joor refusa à Saaxewar Binta Masàmba l’accès au trône du Geet. Se sentant dépossédé de ses droits, ce dernier prit alors le chemin de l’exil avec sa mère, Binta Maam Jéey, en direction du Trarza. C’est là qu’il noua des alliances avec l’émir Muhammed El Habib et le prince Hamet Shey.

À deux reprises, Saaxewar Binta Masàmba descendit dans le Kajoor, accompagné de ce dernier et à la tête d’une armée de guerriers du Trarza, pour attaquer Maysa Tend Joor et tenter de reconquérir le trône du Geet. En 1840 et en 1841, ils envahirent ainsi le Kajoor. Le Dammeel Maysa Tend Joor riposta avec vigueur et, lors de la seconde invasion, le frère de Muhammed El Habib tomba au champ d’honneur.

Un peu plus d’un an après ces événements, Lat-Joor, fils du Bër Geet Saaxewar Soxna Mbay et de la princesse Géej Ngóone Latiir, verra le jour à Kër Ahmadu Yàlla.

Source: Lorenzo Tesserini 





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