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Podor, 1890 : Sidiki Sall et Baïdy Kathié Pam, deux figures de la résistance au Fuuta Toro

Rédigé par leral.net le Mercredi 9 Septembre 2026 à 12:09 |

En septembre 1890, la répression coloniale frappe durement le Fuuta Toro après l’assassinat de l’administrateur français Abel Jeandet à Aéré Lao. Le Lamtoro Bokar Sidiki Sall et le jeune résistant Baïdy Kathié Pam figurent parmi les principales victimes de cette période. Leur histoire est restée ancrée dans la mémoire du Fuuta Toro comme un épisode majeur de la résistance à la pénétration coloniale française.


À Podor, certains épisodes de l’histoire du Fuuta Toro continuent de résonner dans la mémoire collective. Celui de Bokar Sidiki Sall, Lamtoro du Toro, et de Baïdy Kathié Pam, jeune combattant originaire de la région, appartient à cette histoire marquée par la confrontation avec l’administration coloniale française.

À la fin du XIXᵉ siècle, la progression de l’administration française dans le Fuuta Toro suscite des résistances. En septembre 1890, la situation se tend davantage après la mort de l’administrateur colonial Abel Jeandet, tué à Aéré Lao par Baïdy Kathié Pam le 2 septembre.

Selon plusieurs récits historiques, le jeune homme s’était opposé à la mobilisation de combattants du Toro pour participer à la campagne française contre le Bosséya. Après avoir été sanctionné par l’administration, il aurait finalement pris les armes contre Jeandet.

Sidiki Sall dans le viseur de l’administration

L’affaire ne s'est pas limitée à la poursuite de Baïdy Kathié Pam. Bokar Sidiki Sall, ancien Lamtoro, fut également accusé d’avoir été impliqué dans l’affaire.

Les relations entre le Lamtoro et l’administration de Podor étaient déjà particulièrement tendues. Des sources historiques rapportent les nombreux conflits qui opposaient Sidiki Sall aux autorités coloniales et aux responsables locaux placés sous leur influence.

Après l’assassinat de Jeandet, Sidiki Sall et d’autres personnalités du Toro furent arrêtés. Les récits divergent cependant sur les circonstances précises de leur jugement et de leur exécution.

Une source consacrée à l’histoire de la région rapporte que Baïdy Kathié Pam fut exécuté le 10 septembre 1890 à Podor, devant des chefs du Toro convoqués par l’administration coloniale. Sidiki Sall et Mamadou Yero Sall auraient, selon cette même source, été exécutés quelques jours plus tard.

Baïdy Kathié Pam, une figure devenue légendaire

La mort de Baïdy Kathié Pam a donné naissance à une mémoire particulièrement forte dans le Fuuta Toro.

Les récits historiques rapportent que l'administration coloniale aurait voulu faire de son exécution un exemple destiné à dissuader toute nouvelle contestation. Certaines sources évoquent une décapitation suivie de l'exposition de sa tête et de l'abandon de son corps dans le fleuve Sénégal.

Cette dimension spectaculaire de la répression aurait cependant produit l'effet inverse dans la mémoire collective : celui de transformer le jeune combattant en symbole de défi face à la domination coloniale.

Un ravin situé à l'entrée de Podor porte d'ailleurs le nom de « Thiatngol Baïdy », appellation qui demeure associée à sa mémoire.

Une mémoire transmise par la tradition orale

Au-delà des documents historiques, l'histoire de Sidiki Sall et de Baïdy Kathié Pam s'est largement transmise par la tradition orale du Fuuta Toro.

Des récits racontent notamment que, dans ses derniers instants, Baïdy Kathié Pam aurait souhaité entendre les louanges de son souverain, le Lamtoro Sidiki Sall. Cet épisode, dont les détails relèvent principalement de la tradition orale, symbolise la fidélité au souverain et l'attachement aux valeurs du Toro jusque face à la mort.

Cette mémoire a également été popularisée par la culture contemporaine. Le chanteur Baaba Maal a notamment consacré une œuvre à la figure du Lam-Toro Bocar Sidiki Sall, contribuant à maintenir cette page d'histoire dans la mémoire collective.

Un épisode majeur de la résistance au Fuuta Toro

Plus de 130 ans après les événements de 1890, les figures de Sidiki Sall et de Baïdy Kathié Pam demeurent associées à la résistance du Fuuta Toro face à la pénétration coloniale.

Leur histoire rappelle surtout la complexité de cette période, marquée à la fois par les rivalités politiques locales, les stratégies de l'administration française et les différentes formes de résistance à l'expansion coloniale.

À Podor comme dans d'autres localités de la vallée du fleuve Sénégal, cette mémoire continue ainsi de nourrir le récit historique transmis aux nouvelles générations.