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Mondial 2018

Éliminés au fair-play : l'histoire de la règle qui a sorti le Sénégal du Mondial 2018

Rédigé par leral.net le Mardi 15 Septembre 2026 à 21:00 |

Le 28 juin 2018, au coup de sifflet final de Sénégal-Colombie à Samara, les Lions ont compris qu'ils n'étaient pas éliminés par un but, ni par une différence de buts, ni même par un tirage au sort. Ils étaient éliminés par des cartons jaunes. Une première dans l'histoire de la Coupe du monde, et une leçon de règlement que le football sénégalais n'a pas oubliée.

Une égalité parfaite

Pour comprendre, il faut revenir au classement final du groupe H. La Colombie termine première avec six points. Derrière, le Japon et le Sénégal ont exactement le même bilan : quatre points (une victoire, un nul, une défaite), une différence de buts nulle, quatre buts marqués et quatre buts encaissés. Leur confrontation directe, le 24 juin à Ekaterinbourg, s'est terminée sur un 2-2. Aucun des critères sportifs habituels ne permet donc de les séparer.

Le règlement de la FIFA pour cette édition prévoyait, dans ce cas précis, un dernier échelon avant le tirage au sort : le classement du fair-play. Ce système attribue des points négatifs selon les sanctions reçues pendant les matchs de groupe : un carton jaune vaut un point de pénalité, un deuxième carton jaune dans le même match (donc une expulsion) en vaut trois, un carton rouge direct quatre. L'équipe la moins pénalisée l'emporte.

Quatre cartons contre six

Sur les trois rencontres, le Japon avait reçu quatre avertissements, le Sénégal six. Soit un total de moins quatre pour les Japonais, moins six pour les Sénégalais. Deux cartons jaunes de différence : c'est tout ce qui séparait les Lions d'un huitième de finale contre la Belgique. Le critère avait été intégré au règlement pour éviter le tirage au sort, jugé trop arbitraire. C'était la première fois qu'il s'appliquait réellement dans un Mondial.

La fin de match qui a fait polémique

Le débat est né de ce qui s'est passé au même moment à Volgograd. Le Japon, mené 1-0 par une Pologne déjà éliminée, a appris que Mina avait marqué pour la Colombie face au Sénégal. Les Japonais savaient alors qu'en conservant ce score, ils seraient qualifiés grâce au fair-play. Pendant les dix dernières minutes, ils ont fait circuler le ballon dans leur propre camp, sans chercher à attaquer, tandis que les Polonais ne pressaient pas. Le public a sifflé, la presse mondiale a débattu : le Japon avait-il respecté l'esprit du fair-play en calculant froidement pour se qualifier grâce à un classement du fair-play ? Le sélectionneur japonais Akira Nishino a reconnu que ce choix ne lui plaisait pas, mais qu'il l'assumait. Côté sénégalais, Aliou Cissé a préféré souligner que son équipe avait eu son destin en main et n'avait pas su prendre le point nécessaire face à la Colombie.

Ce que dit le règlement aujourd'hui

Le critère du fair-play figure toujours dans les règlements des grandes compétitions de la FIFA, après la confrontation directe et avant le tirage au sort. Il n'a plus été décisif depuis. Il a en revanche changé la façon dont les sélections gèrent les avertissements : des joueurs sont désormais avertis dès les premiers matchs de ne pas contester inutilement, de ne pas retarder la reprise du jeu, de ne pas retirer leur maillot après un but.

À retenir : le Sénégal n'a pas été éliminé « par le Japon », mais par une égalité totale sur tous les critères sportifs, tranchée par deux cartons jaunes. La leçon a servi. Quatre ans plus tard, au Qatar, les Lions ont franchi la phase de groupes, et l'équipe de 2018 a fourni la colonne vertébrale des champions d'Afrique de février 2022.

Photo : Wild Child / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)



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